22/12/2012

De rouille et d'os

arton7725.jpgJ’ai vu ce film si célébré de Jacques Audiard, De Rouille et d’os. Cela m’a fait penser à Guy de Maupassant, par exemple Le Papa de Simon, qui essaie de manifester dans le monde ordinaire des forces morales qui l’imprègnent d’une forme de magie, le sanctifient.
 
Le héros est une espèce d’animal simple et candide qui peu à peu s’humanise au contact d’une femme qui a perdu ses deux jambes dans un accident de baleine: une des orques qu’elle avait dressées s’était jetée sur elle.
 
Son bon fond l’avait tout de suite porté à s’occuper gentiment d’elle; mais c’est seulement peu à peu qu’il devient son véritable époux - quoiqu’ils ne soient pas mariés: je l’entends au sens moral.
 
Le point culminant de cette transformation d’un homme naturel en un homme socialisé tenant dignement son rôle de père et de mari potentiel est le danger que dans sa bêtise il fait courir à son fils en le laissant marcher à volonté sur un lac gelé. L’enfant tombe dans un trou, et alors, de façon inexplicable, au lieu de se jeter à l’eau à sa suite, il s’imagine qu’il flotte juste sous la glace, et le cherche un peu plus loin en enlevant la neige. Finalement, un bon ange a dû le guider, et un autre porter l’enfant qui en principe aurait dû couler, car il le voit effectivement en transparence à travers le cristal. Un troisième être céleste intervient sans doute alors, car il parvient à casser la glace avec ses poings!
 
Mais ce faisant, il se brise aussi les mains. Cela constitue sa pénitence, car il est boxeur, et le film dit que quand on se casse les innombrables os de la main, ensuite, on sent toujours comme des aiguilles, quand on boxe.
 
Il n'en devient pas moins champion, après avoir sauvé son fils.
 
Bref, pour transformer un animal en homme véritable, il faut pas mal de miracles. Le film toutefois reste de ce côté-ci des apparences: nul éclair céleste ne vient faire flamboyer les deux poings du père désespéré; nul ange n’est rendu visible! Ce n’est pas comme dans Twin Peaks, de David Lynch, quand un ange vient délier les mains d’une jeune fille ligotée par un assassin, après qu’elle a prié Dieu de ne pas la faire mourir dans son état impur! Jacques Audiard pratique le naturalisme jusqu’au bout.
 
Mais dans la nature, le miracle est-il possible? La magie qui transforme un animal en homme n’est-elle large_wild_at_heart_blu-ray_5.jpgpas plutôt la grâce que Terrence Malick, dans The Tree of Life, opposait justement à la nature? Flaubert avait bien vu que tout miracle émanant du quotidien touchait, hélas, à l’invraisemblable.
 
Les sentiments du film sont beaux, mais est-ce crédible? La nature les a-t-elle aussi? Je ne suis pas réellement optimiste. Pour moi, c’est de l’extérieur que le miracle vient. Et l’image, étant créée par l’être humain, peut montrer ce que l’œil qu’a créé la nature ne voit pas, mais que l’esprit conçoit. Je donne raison à David Lynch d’avoir montré la bonne fée qui est apparue à Sailor, quand il a décidé de rejoindre Lula! Le naturalisme n’est pas pour moi.

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