30/12/2012

Gérard Klein et les étoiles douées de conscience

gerard-klein-le-gambit-des-etoiles.jpgDans son premier roman, Le Gambit des étoiles, écrit alors qu’il était tout jeune, Gérard Klein, auteur de science-fiction remarquable, raconte l’histoire d’un certain Jerg Algan, vivant dans le futur, et qui atteint le bout de l’univers en prenant une substance qui le lui permet - une sorte de soma, comme on dirait en Inde.
 
Il découvre que des êtres grandioses ont semé la Civilisation depuis Bételgeuse, au cœur du cosmos - le système solaire n’étant qu’à sa périphérie extrême. Les hommes ne sont que des robots qu’ils ont créés, et ils font parvenir certains à l’immortalité - selon leurs mystérieux desseins.
 
Jerg Algan les appelle les Maîtres, et leur vie est immensément longue, quoiqu’ils ne soient pas éternels: leur conscience se confond avec celle des étoiles: ils sont eux-mêmes les étoiles, les consciences qui y vivent et sont nées avec elles! 
 
Jerg Algan annonce ces grandes vérités aux autres hommes, leur montrant que l’univers n’a rien de sombre, dénué de pensées, qu’il est traversé d’ondes de conscience, et qu’il est à leur mesure - comme eût dit Teilhard de Chardin: que l’homme pourrait devenir le serviteur conscient des étoiles et porter le flambeau de la conscience universelle au cours de son évolution!
 
De prime abord, Gérard Klein semble tendre au mystique, voire au mythologique; mais il se refuse au religieux, car il dit que les étoiles elles-mêmes ne savent pas d’où elles viennent!
 
Cela revient à dire qu’elles en savent moins que les hommes, puisqu'eux savent qu’ils viennent des étoiles! Les hommes en quelque sorte sont supérieurs aux anges.
 
siudmak_illus2.jpgCela rappelle ces anges qui ne croyaient pas en Dieu dont parlait saint Augustin et dont il affirmait qu’il fallait se défier, et ne pas attendre d’eux de révélation authentique. Il blâmait les Néoplatoniciens de les invoquer. D’un autre côté, il s’est lui-même beaucoup nourri de leurs écrits, qui l’ont aidé à comprendre certains mystères du christianisme.
 
Gérard Klein essaie de bâtir une mythologie laïque, dont les images restent dans les limites de l’intelligence spéculative. Est-ce lié à l'influence de ce qui domine culturellement la France - je dirais, une certaine ligne agnostique? Si l'on compare son livre à Star Maker, d'Olaf Stapledon, on est étonné de la proximité de certains concepts: pour l'écrivain écossais aussi les étoiles avaient une âme, une conscience. Cependant, au-delà, Stapledon évoque la figure du Créateur, du Père de toute chose. Il a l'allure d'un démiurge dont les créations évoluent selon sa vie propre. De fait, il n'est pas le dieu absolu et incompréhensible d'Augustin: il est comme un esprit qui a sa jeunesse, sa maturité, et qui aura sa vieillesse; il est comme un grand ange de l'univers - un artiste cosmique. Mais il n'en est pas moins supérieur et antérieur aux esprits des étoiles. Nous en reparlerons, à l'occasion: car Stapledon est un monument.
 
Wojtek Siudmak - Genese.jpgIl faut seulement remarquer qu'il n'avait pas les mêmes scrupules que les Français en général à évoquer cet esprit créateur de l'univers - comme s'il était en fait distinct du dieu absolu d'Augustin. Le catholicisme a toujours assimilé les deux, rendant impossible une parole intelligible sur ce Père; mais certains les ont dissociés, par exemple H. P. Blavatsky, qui a même assuré que les sages de l'Inde et du bouddhisme les dissociaient aussi. Stapledon profite peut-être de l'héritage protestant de l'Angleterre pour avoir un autre point de vue que celui qui a prévalu en France à cause du poids en son sein de la tradition catholique - augustinienne, pour ainsi dire.
 
[Nota Bene: dans une précédente version de cet article, j'affirmais que Gérard Klein s'était inspiré de Stapledon; j'étais persuadé que je l'avais lu quelque part: qu'il avait même reconnu l'influence de Stapledon et Bradbury. Il n'en est rien. Il m'a personnellement écrit pour le démentir. L'idée d'étoiles douées de conscience émane de son génie propre. Cela le rend d'autant plus admirable à mes yeux: j'ai toujours aimé son inspiration, qui ose spéculer intellectuellement jusqu'au point où, comme le disait Arthur C. Clarke, la science rejoint la magie.]

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28/12/2012

Degolio VIII: l’écrasement du mal

spawn-wallpaper-hd-2-721388.jpgDans le dernier épisode de cette série, je me suis arrêté au moment où l’étrange spectre masqué - ou plutôt casqué - appelé communément et vulgairement Colonel Degolio - son véritable nom demeurant pour le moment secret - venait de réduire en poudre la volonté perverse d’un premier voyou en lui assénant un terrible coup de sa baguette d’or; mais ils étaient deux. Et l’autre, voyant son ami aussi aisément vaincu, sortit un pistolet de sa veste, et sans hésiter une seconde tira trois fois dans la direction du héros. Celui-ci, sachez-le, devint alors comme vibrant - sembla devenir transparent. Et voici! les balles passèrent à travers lui - comme s’il n’eût été qu’une ombre.
 
Or, l’instant d’après, il donna un coup du revers de sa main au voyou. Celui-ci tomba en arrière. Regardant alors un bref instant l’étrange créature qui se tenait devant lui et qui paraissait être née des ténèbres mêmes, il se releva et courut vers une porte délabrée qui s’ouvrait sur un immeuble à l’abandon.
 
Cette vivante pensée cristallisée du général de Gaulle - qu’est le fantôme dont nous narrons les aventures - regarda sans mot dire le lâche fuyard, ne fit non plus aucun geste, puis disparut comme tour-eiffel-34.jpgdans une fumée. L’instant d’après, Charles de Gaulle le vit au sommet de l’immeuble. Il s'y était instantanément transporté!
 
Alors, curieusement, il se mit à voir par les yeux de ce héros masqué. Il se sentait comme hors de lui-même. Et il voyait Paris depuis les hauteurs; les lumières de la ville s’étendaient au loin, et il voyait la tour Eiffel briller sous la lune, illuminée de ses feux propres, semblant défier par son éclat métallique et électrique l’astre des nuits, comme si elle fût l’aileron d’un vaisseau spatial à la conquête des étoiles! Car Paris, n’est-ce pas, est appelé à devenir une cité de l’espace, et à s’éclairer de son propre feu, à disposer de sa propre énergie: de son foyer occulte, un jour, les hommes seront les seuls maîtres, ayant remplacé les dieux! Les génies de la ville, les bons anges de la cité seront les esclaves des mages, et se confondront avec eux. Alors, aucune limite ne pourra être fixée à cette noble ville: elle pourra s’arracher du sol et évoluer parmi les astres!
 
Du moins, c’est ce que certains s’imaginent - c’est ce que certains croient. Ils prévoient un temps où Paris, après avoir montré sa capacité à sa passer de la Lune et des étoiles en s’éclairant de ses propres lumières durant la nuit, pourra aussi se passer du Soleil durant le jour... Mais, malgré son admiration pour Paris, il faut avouer que Charles de Gaulle, chrétien de la vieille mode, continuait à croire que la sainte Vierge rayonnerait toujours sur la France et sa capitale depuis les cieux - ou si ce n’était elle, ce stgenevieve.jpgserait sainte Geneviève, qui se tenait dans une étoile dont les rayons scintillaient sur la ville aux mille clartés. Sans doute, son orgueil, sa fierté, le poussaient à se réjouir que Paris devînt une cité du ciel; mais y croyait-il? Tout au plus pouvait-elle devenir un quartier important de la Jérusalem d'en haut, si les dieux le permettaient, si la grâce lui en était faite. Et pour cela, il fallait déjà que sainte Geneviève - le bon ange de la ville, son visage - fût dignement honorée. Au fait, n’était-ce pas aussi cette fée qu’il avait rencontrée en rêve, ou dans ce qu’il prenait pour un rêve, lorsque l’anneau qui brillait à présent d’une façon éclatante à son doigt lui avait été confié? Un jour le saurait-il.
 
Quant à ce qu’il advint du second brigand que son ombre vivante poursuivait, cela sera évoqué une fois prochaine, si la destinée le permet.

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26/12/2012

Crèches des esprits en Thaïlande

MaisonEsprits2.jpgEn Thaïlande, devant chaque maison, se trouve une réplique de celle-ci en plus petit, siège des esprits. On y place des statuettes qui figurent ces esprits - ancêtres, ou sages réputés. L’ange du foyer y a l’allure d’un guerrier avec une épée, et il est au centre. Car les anges sont connus en Asie, mais on ne les représente pas avec des ailes. Des offrandes sont placées tous les jours sur cet autel domestique: il s’agit d’aliments, dont les divinités tirent la moelle invisible.
 
A l’intérieur des maisons se trouvent aussi des autels aux génies. Une amie poétesse me racontait que des Occidentaux de sa connaissance qui s’étaient installés à Bangkok ne parvenaient pas à garder leurs femmes de ménage: elles partaient toutes les unes après les autres. La raison en était que les maîtres de la maison n’honoraient pas les esprits, ne leur faisaient pas d’offrandes.
 
Certains croient ces pratiques contraires au bouddhisme, mais en Thaïlande, on estime que les bons esprits sont justement liés au Bouddha, et que la ferveur permet de les attirer; si on n’a pas de pratique religieuse, si on ne pense pas aux esprits, si on ne leur offre rien, les génies mauvais arrivent jost_prod09_bouddha03.jpg- ceux qui vivent naturellement dans le monde, hantent les forêts, les lieux obscurs, et qui étaient présents avant que la civilisation n’apparaisse: ils sont liés au chaos primordial. Car la cité est à l’origine structurée autour de la pagode. Le Bouddha est le maître des bons esprits.
 
En vérité, les Savoyards autrefois plaçaient chaque soir une coupe de lait pour le sarvan, l’esprit du foyer: si on pensait à lui, il faisait le ménage durant la nuit - attirait sur la maison mille bénédictions. Si on l’oubliait, il nouait la queue des vaches - mettait tout sens dessus dessous!
 
Mais, sur le plan formel, ce qui ressemble le plus à ces maisons des esprits de la Thaïlande, ce sont les crèches de Noël. Le christianisme a peu à peu amené à ce que l’hommage aux génies du foyer soit rendu d’abord à Jésus. Les esprits de la maison ne sont plus simplement rendus bons par le Christ, comme c’était sans doute encore le cas avec les sarvans; ils sont devenus la Sainte-Famille elle-même - avec Joseph, Marie, Jésus, les animaux de la ferme, les Rois Mages, et Crèche_de_noël.JPGl’ange qui veille! Les parents leur font les offrandes qui le matin sont mangées par les enfants - car autrefois, il ne s’agissait que de nourriture. Pendant la nuit, la bénédiction est tombée sur ce cadeau. Car il a été touché par le génie.
 
Dans les pays latins, soumis à la Contre-Réforme, nul Père Noël, même, ne venait troubler la perfection formelle du culte: les esprits n’étaient que les figures de la Sainte-Famille et des Rois Mages. La maison ne pouvait pas en contenir d’autres. Le Père Noël qui emprunte la cheminée a un rapport clair avec le génie du foyer. Les souliers vides rappellent la coupe dans laquelle on plaçait l’offrande.
 
La croyance aux esprits est universelle; mais ses formes changent selon les lieux et les temps.

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22/12/2012

De rouille et d'os

arton7725.jpgJ’ai vu ce film si célébré de Jacques Audiard, De Rouille et d’os. Cela m’a fait penser à Guy de Maupassant, par exemple Le Papa de Simon, qui essaie de manifester dans le monde ordinaire des forces morales qui l’imprègnent d’une forme de magie, le sanctifient.
 
Le héros est une espèce d’animal simple et candide qui peu à peu s’humanise au contact d’une femme qui a perdu ses deux jambes dans un accident de baleine: une des orques qu’elle avait dressées s’était jetée sur elle.
 
Son bon fond l’avait tout de suite porté à s’occuper gentiment d’elle; mais c’est seulement peu à peu qu’il devient son véritable époux - quoiqu’ils ne soient pas mariés: je l’entends au sens moral.
 
Le point culminant de cette transformation d’un homme naturel en un homme socialisé tenant dignement son rôle de père et de mari potentiel est le danger que dans sa bêtise il fait courir à son fils en le laissant marcher à volonté sur un lac gelé. L’enfant tombe dans un trou, et alors, de façon inexplicable, au lieu de se jeter à l’eau à sa suite, il s’imagine qu’il flotte juste sous la glace, et le cherche un peu plus loin en enlevant la neige. Finalement, un bon ange a dû le guider, et un autre porter l’enfant qui en principe aurait dû couler, car il le voit effectivement en transparence à travers le cristal. Un troisième être céleste intervient sans doute alors, car il parvient à casser la glace avec ses poings!
 
Mais ce faisant, il se brise aussi les mains. Cela constitue sa pénitence, car il est boxeur, et le film dit que quand on se casse les innombrables os de la main, ensuite, on sent toujours comme des aiguilles, quand on boxe.
 
Il n'en devient pas moins champion, après avoir sauvé son fils.
 
Bref, pour transformer un animal en homme véritable, il faut pas mal de miracles. Le film toutefois reste de ce côté-ci des apparences: nul éclair céleste ne vient faire flamboyer les deux poings du père désespéré; nul ange n’est rendu visible! Ce n’est pas comme dans Twin Peaks, de David Lynch, quand un ange vient délier les mains d’une jeune fille ligotée par un assassin, après qu’elle a prié Dieu de ne pas la faire mourir dans son état impur! Jacques Audiard pratique le naturalisme jusqu’au bout.
 
Mais dans la nature, le miracle est-il possible? La magie qui transforme un animal en homme n’est-elle large_wild_at_heart_blu-ray_5.jpgpas plutôt la grâce que Terrence Malick, dans The Tree of Life, opposait justement à la nature? Flaubert avait bien vu que tout miracle émanant du quotidien touchait, hélas, à l’invraisemblable.
 
Les sentiments du film sont beaux, mais est-ce crédible? La nature les a-t-elle aussi? Je ne suis pas réellement optimiste. Pour moi, c’est de l’extérieur que le miracle vient. Et l’image, étant créée par l’être humain, peut montrer ce que l’œil qu’a créé la nature ne voit pas, mais que l’esprit conçoit. Je donne raison à David Lynch d’avoir montré la bonne fée qui est apparue à Sailor, quand il a décidé de rejoindre Lula! Le naturalisme n’est pas pour moi.

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20/12/2012

Un voyage sur la Lune en vers

sgate02.jpgJ’ai évoqué plusieurs récits d’exploration de la Lune, de Cyrano de Bergerac à Howard P. Lovecraft. Or, la poésie peut aussi créer des figures oniriques à partir de l’exploration spatiale. J’ai moi-même écrit un poème sur l’espoir que j’avais de rejoindre le monde merveilleux des astres par le biais de la Lune; il a été publié dans La Nef de la première étoile, et mis en musique par mon grand ami, l’excellent musicien Mac Fit; une version en persan y est même audible. En voici le texte en français:
 
Dans un palais dont nul ne franchit plus le seuil
Dorment des rois d’antan sous des lanternes d’or:
La Lune à la fenêtre la façon d’un œil
Éclaire le dallage où brille leur trésor.
 
Au loin j’entends les sons et les chants des cascades;
Et paraît sur le lac une route de rais;
Par un vaisseau d’argent délaissé dans la rade
J’irai dans un pays dont j’ai su les secrets.
 
10008745-peinture-anges-dans-le-bouddhisme-wat-thai-bangkok-thailande.jpgJ’errerai bien longtemps dans l’épais brouillard bleu
Et je rencontrerai tout un peuple d’étoiles;
J’irai me présenter dans des palais de feu:
Sur l’océan du ciel se gonfleront mes voiles.

Le palais désert du début est un palais enchanté, habité par des génies. Ceux qui y sont restés sont dans un sommeil profond dont ils ne s’éveilleront qu’à la fin du monde, mais ceux qui en sont partis demeurent à présent dans les palais lunaires sertis de diamants étincelants - aux murs incrustés d’astres. Ils sont devenus pareils aux dieux, et liés à ceux-ci! Le cœur aspire forcément à les rejoindre. Beaucoup l'ont fait, et en ont parlé. Sans toujours préciser qu'il s'agissait de l'orbe de la Lune, le sol sur lequel s'étaient édifiés ces palais!
 
Comme je l'ai déjà dit, cela n'a réellement commencé qu'avec la Renaissance: jusque-là, le voyage était purement spirituel, et la Lune physique n'intéressait guère. J'ai d'ailleurs trouvé le probable modèle de Cyrano de Bergerac: il s'agit d'un épisode de voyage dans la Lune contenu dans l'Orlando Furioso, de l'Arioste; j'en reparlerai, à l'occasion. Il ressemble beaucoup aux voyages dans l'autre monde de Mahomet, monté sur un oiseau fabuleux: le récit, traduit en latin en Espagne, en avait eu beaucoup de succès en Italie, et il est assez vraisemblable, du coup, que le voyage intersidéral soit d'origine arabe. Cela correspondait probablement à une capacité de l'arabisme à concevoir les planètes d'une façon précise et matérielle.

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18/12/2012

Bible et chamanes: d'autres mondes de Jan Kounen

18380819.jpgBeaucoup savent que le cinéaste Jan Kounen - également l’auteur du psychédélique en même temps qu’impressionnant Lieutenant Blueberry -  a réalisé un film documentaire sur le chamanisme amérindien, intitulé D’Autres Mondes. Or, on y entend dire que sacrifier les animaux permet de pénétrer le pays des esprits. Il existe un lien entre l’âme animale et le monde spirituel, car celui qui sacrifie est censé mêler son âme à celle de ce qu’il sacrifie, et cela lui permet de sortir de lui-même en même temps que l’âme animale s’arrache au corps qu’elle occupait. Naissent alors des images, reflets d’un monde autre.
 
Jan Kounen raconte que dans les premiers temps, ces images sont toujours horribles, avant d’être transformées et de déboucher sur des merveilles.
 
Ces rites s’accompagnent de la prise d’une plante qui favorise l’état de détachement de la conscience.
 
Il existe également des sacrifices rituels d’animaux dans le Deutéronome. Aujourd’hui, conformément à l’idée que le sacrifice a d’abord une portée morale, on le regarde comme devant être intériorisé. Maurice Ruben-Hayoun, qui enseigne la philosophie juive, a déclaré regarder de cette façon les sacrifices évoqués par Moïse: la lecture du livre, remplie de dévotion, permet de les vivre spirituellement, et donne à voir la bête qui est en soi, sous forme de vision intellectuelle, de pensée vivante; dès lors, l’âme s’en arrache et en est purifiée.
 
Je crois qu’à l’origine, c’est aussi le but du chamanisme: il ne s’agit pas d’avoir des visions par jeu, par désir de faire des voyages exotiques dans l’autre monde, mais d’acquérir une véritable connaissance aya.jpgde soi, permettant de chasser les mauvais penchants, selon l’adage qui dit qu’un mauvais penchant ne demeure dans l’âme qu’aussi longtemps qu’il n’est pas perçu pour ce qu’il est - un esprit mauvais, un monstre -, mais est assimilé au contraire à quelque chose de bon ou d'indifférent par l’illusion née de l’amour-propre - source des pensées ordinaires de l’état d’éveil. La connaissance de soi a un but moral, plus que scientifique. D’ailleurs, dans les religions, ou la spiritualité, une science a toujours pour but l’amélioration, le perfectionnement intérieur: elle-même est de nature morale. Le bien-être au sens épicurien n’est pas ce qui est recherché, et c’est la différence principale entre les pratiques des Indiens d’Amérique et celles des Occidentaux qui consomment les mêmes substances, en général.
 
Toutefois, Jan Kounen paraît sincère. En littérature, Charles Duits, qui consomma du peyotl, cherchait lui aussi une voie vers l’Esprit, une révélation permettant de savoir dans quelle direction aller, à un moment où les religions occidentales se dissolvaient dans le néant. Ce fut un grand homme, auteur de livres géniaux, mais méconnus.

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14/12/2012

République et monarchie de droit divin

407bb0ff1d.jpgIl a été fréquemment noté qu’entre la Cinquième République fondée par Charles De Gaulle et la monarchie de droit divin - ou l’empereur déifié de l’ancienne Rome, même -, la différence n’était pas si grande. L’idée nationale, apparue à l’époque moderne, ne l’empêche pas forcément. Dans les temps antiques, chaque peuple se songeait en relation plus intime avec le sacré que les autres. Il n’y avait pas de véritable distinction entre la nation et la religion. Les cités avaient été consacrées à un dieu particulier au moyen de rites définis; le reste en découlait. 
 
Car, d’un autre côté, le foyer de la cité était l’image et l’extension de chaque foyer domestique:  il faisait de la cité une grande famille.
 
Or, au sein même du socialisme, ces idées qu’on peut regarder comme archaïques sont souvent demeurées. Tout le monde connaît l’aspect foncièrement familial des régimes chinois et nord-coréen. Mais Staline même disait que les Russes étaient de tous les peuples le plus à même de saisir dans son essence le communisme. Cela revenait à dire qu’il était lié par nature - et spontanément - à la Vérité.
 
Or, Mitterrand avait, à propos de la France et du peuple gaulois, des croyances assez comparables. Ses allusions fréquentes à Vercingétorix et à Maurice Barrès peuvent en dire assez, à cet égard. Statue_de_Vercingetorix_3__T_Clarte.jpegIl est également remarquable que quand les Savoyards n’ont pas voté pour lui, en 1988, il ait déclaré que c’était parce qu’ils n’étaient pas réellement français: ils ne l’ont pas, lui-même, reconnu comme le père adoptif de la nation!
 
Même le sens social peut être national et renvoyer à l’idée monarchique. La notion que les anciens Romains avaient qu’une filiation par adoption était tout aussi organique qu’une filiation naturelle prélude au droit du sol, et Jésus est allé dans le même sens lorsqu’il a déclaré que Dieu pouvait d’un caillou faire le fils d’Abraham. Les différences entre le régime tenu par une dynastie divinisée et celui que gouverne en théorie une volonté nationale sont plus ténues qu’on pense. Les notions idéologiques - les mots - peuvent masquer, jusqu’à un certain point, des lignes de force profondes. Lorsque les mots perdent de leur pouvoir d’envoûtement, les choses apparaissent comme peu changées d’une époque à l’autre, au sein d’un même pays.

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12/12/2012

L’intervention d’un héros: Degolio VII

Batman_wallpaper_HD_0034.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, j’ai dit que de Charles de Gaulle s’était dégagée une forme d’abord impalpable, qui bientôt se matérialisa, et j’ai commencé à la décrire: j’ai notamment parlé de la tête. Mais qu’en était-il du reste du corps?
 
Sur son poitrail était un saphir scintillant fixé sur une agrafe d'argent qui retenait les deux pans de sa cape noire, dont les plis souples et moirés se tendaient dans son dos. Sous cet épais voile d’ombre, l’on voyait briller une armure dorée, tissée d'écailles luisantes - et elle flamboyait ainsi que les nuages qu'illumine le soleil qui décline. Au-dessous du saphir, à la pointe que forment les courbes inférieures des seins, et diffusant une lumière, une étrange flamme, comme figée, semblait sortir d'un vase d'ivoire; on l'avait sertie dans l'or de sa cuirasse, et elle était de rubis, mais une clarté s'y voyait: comme un feu s'y trouvait. Tout au fond, même, un œil, pareil à une lointaine étoile, semblait vous scruter! Quant au vase, il formait un renflement, et protégeait la naissance du ventre; il était blanc comme neige, mais luisait comme si on l'eût vernis.
 
À la main du héros était une sorte de sceptre, ou de bâton, ou bien de court javelot, également d’or, orné au pommeau d’une émeraude rayonnante. Autour de cette baguette, des rayons s'enroulaient, également verts, et semblant jaillir de la gemme du pommeau, qui ainsi eût été leur cœur; ils étaient continuellement en mouvement et en harmonie, comme s'ils avaient le flux d'énergie cohérent interne à un être vivant invisible. On eût pu croire à un serpent - et confondre ce bâton avec le caducée de Mercure!
 
Sa ceinture était brillante, mais noire comme le jais, et ornée d’un diamant à la boucle; quant à ses jambes, elles étaient comme couvertes de cnémides elles aussi dorées, et ses pieds étaient chaussés dans de courtes bottes noires; on avait du mal à apercevoir ses membres derrière ses éclats d’or ou de jais, comme s'ils fussent faits d’ombre, d’une sorte de vapeur qui ne se matérialisait jamais vraiment; ils n'avaient pas une couleur de chair, et une sorte de fin tissu noir semblait les revêtir et en même temps être sa peau. En vérité, on eût eu de la peine à trouver une butée avec le doigt, si on eût osé le toucher. Le contact en était d'ailleurs glacé. Car cet être était tel qu’un spectre.
 
Or, sortant de la brume dans laquelle il avait d’abord paru se tenir en se détachant du corps de Charles de Gaulle - dans laquelle il avait semblé comme voulant rester caché -, il s’avança d’un pas souple et 361637-20687-127488-2-captain-britain_super.jpgmajestueux vers les deux hommes, comme s’il eût eu tout le temps de les rejoindre: et de fait, il paraissait glisser sur le sol, comme s’il dansait ou patinait sur de la glace; un de ses pas lui faisait faire le même chemin que deux ou trois d’un homme ordinaire. Il marchait comme au ralenti, mais sa vitesse était sans pareille. Et en un instant, il fut à portée des deux brigands.
 
L’air effaré, surpris, celui qui était le plus proche recula d’un pas, et puis, se reprenant, saisi par la colère, il voulut donner un coup de couteau au héros. Mais celui-ci lui saisit le poignet avant même qu’il pût voir sa main se lever, et de son sceptre, lui donna un coup sur le bras, qui lui fit lâcher le couteau et hurler de douleur: il paraissait s’être changé en cendres! Il était devenu tout blanc. Le voyou le regarda épouvanté, et défaillit, se mettant à genoux et ne trouvant pas même la force de gémir.
 
Pendant ce temps, l’autre malandrin ne resta pas inactif; mais ce qu’il fit sera raconté un autre jour.

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10/12/2012

Ray Bradbury et Leigh Brackett

Bradbury.jpgA l’occasion de sa mort, j’ai parlé de Ray Bradbury. Mais j’ai fini récemment de lire ses Chroniques martiennes, et je n’avais pas mesuré tout l’intérêt de ce livre séduisant.
 
J’ai été, pour commencer, conforté dans mon idée qu’il avait beaucoup imité Leigh Brackett, qu’il connaissait personnellement: il lui a d’ailleurs souvent rendu hommage. Mais comme peu de gens la connaissent, on n’en mesure pas la portée. Car dans de belles nouvelles, elle a décrit des Martiens somptueux, pareils aux Elfes de Tolkien, quoique munis de formes plus étranges, comme d’une crête de peau qui était sur leur crâne; la féerie de leur mode de vie et de leurs pouvoirs ne saurait se redire facilement, tant elle est grande. Mais j’y reviendrai: je citerai Leigh Brackett dans des passages que je trouve sublimes.
 
En outre, elle a évoqué le pouvoir des Martiens de faire survivre sous forme d’images artificielles, d’hologrammes, la vie de leur glorieux passé, ce qui permet aux Terriens de la distinguer. Or, ce thème des fantômes des Martiens, Bradbury le reprend constamment, quoique sans lui donner d’explication particulière. Et cela a un charme profond, infini. Mieux encore, ses Martiens, naviguant sur des mers de sable, pareils à des êtres de cristal, et tout aussi fragiles, ont bien l’aspect d’anges terrestres que leurs yeux d’or dès les premières pages du livre annonçaient.
 
Comment ne pas se souvenir avec émotion de leurs armures luisantes, serties de pierres précieuses? On croirait revoir les êtres fabuleux de la Bible - tel chevalier en armure d’or qui apparaît sur un cheval dans le livre des Macchabées pour protéger le temple de Jérusalem des déprédations des Grecs, par exemple! Les cités de ces Martiens sont également semblables à des rêves, à des constructions de fine glace traversées de couleurs, et Bradbury a un talent poétique indéniable.
 
En dehors de cela, il y a ce dont j’ai parlé dans l’article paru à sa mort, l’humour un peu intellectuel dont Mars est souvent le prétexte.
 
Plus léger que Brackett, plus fin, il est aussi moins grandiose, moins inventif. Elle a donné à Mars des dieux, des anges: il a rendu accessible cette mythologie à un public plus large, plus intellectuel, et l’a allégée de certaines lourdeurs, sans pour autant l’approfondir d’une manière significative.

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06/12/2012

A Dangerous Ratage

a-dangerous-method-2.jpgJ’ai vu A Dangerous Method, film de David Cronenberg sur Jung et Freud, et ne l’ai pas aimé. Il opposait l’idéaliste Jung au matérialiste Freud en semblant préférer la position du premier mais en donnant raison dans les faits au second. Car Jung se pensait, dans le film, fasciné par les relations cachées entre les âmes, mais il était finalement soumis à son instinct sexuel. On découvre dans ce film parfois ridicule que Freud avait toujours un cigare avec lui, et que le grand amour se lie volontiers à l’hystérie et à des pratiques déviantes. A mon avis, cela a peu de vraisemblance. Dans les faits, Jung ne devait pas avoir autant souffert que cela d’avoir changé de maîtresse, et il était lui aussi comme Freud est dépeint par Cronenberg: toujours avec le souci de faire comme si sa démarche était scientifiquement des plus sérieuses. Car la dimension mystique de sa pensée n’est apparue que peu à peu, et surtout après sa mort: lui aussi aimait son confort bourgeois, et il n’était pas le Rimbaud de la médecine des âmes que Cronenberg semble imaginer.
 
Il montre aussi que les deux grandes figures de la psychanalyse étaient préoccupées par le judaïsme et sa place dans la société européenne. Au début, Jung, entendant Freud évoquer cela, s’étonne qu’il y accorde de l’importance, mais à la fin, il semble en accorder aussi, en évoquant les origines de sa B4xIWaalGf_Wotan_lance.jpgnouvelle maîtresse auprès de l’ancienne. Personnellement, j’ai bien des origines juives aussi, mais je ne pense pas que cela ait de rapport avec l’étude raisonnée de l’âme. Ni même avec mon affection pour Wagner et Das Rheingold, dont Freud parle dans le film comme d’une marque d’assimilation à la culture aryenne. Quelle qu’ait été la philosophie de Wagner, tout le monde peut ressentir la force de ses compositions. Les dieux de l’Or du Rhin rappellent, même, ces anges chassés du Ciel et ayant engendré les premiers princes de la Terre - les Géants - dans la Genèse. Wagner ne présente pas forcément de façon positive ces êtres divins: or, dans la Bible - dans le livre de Job, je crois -, on évoque ces Géants comme régnant sur les ténèbres de l’abîme...
 
La philosophie théorique ne fait pas tout, et le sentiment du grandiose s’alliant avec des images fabuleuses existe aussi dans la Bible. D’ailleurs, il est probable que Wagner, mal gré qu’il en eût, nourri qu’il était au départ de culture biblique, s’y référait inconsciemment - et qu’il en prenait peut-être les figures pour ce qui peuplait son instinct allemand, lorsqu’il concevait quelque chose de sublime. Il assimilait son éducation protestante, oubliée dans les profondeurs du souvenir, à son héritage ancestral, comme à mon avis Jung l’a fait pour les gens en général: ses fameux archétypes renvoient souvent, je crois, à des figures présentes dans le langage des parents. L’atmosphère des opéras du maître n’est pas forcément celle de l’ancienne mythologie germanique, dont il s’inspirait: elle est très romantique, et annonce la science-fiction, dans laquelle il s’agit de construire un merveilleux nouveau, sur la base d’idées modernes. Cronenberg m’a paru avoir un discours simpliste.

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04/12/2012

Conscience de soi et monde sensible selon Rousseau

RTEmagicC_brain-763982.jpg (1).jpgOn entend parfois dire que le monde dépend, dans sa forme, de l’observateur, parce que le cerveau créerait les images du monde sensible. Rousseau pourtant disait, dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, que l’on était toujours en amont de ce monde sensible: Mes sensations se passent en moi, puisqu’elles me font sentir mon existence; mais leur cause m’est étrangère, puisqu’elles m’affectent malgré que j’en aie, et qu’il ne dépend de moi ni de les produire ni de les anéantir. Je conçois donc clairement que ma sensation qui est en moi, et sa cause ou son objet qui est hors de moi, ne sont pas la même chose. Les recherches récentes sur le cerveau ont pu faire penser que le point de vue de Rousseau était caduc: la conscience étant assimilée au cerveau et celui-ci créant l’image du monde sensible, la conscience et le monde sensible sont apparus comme ne faisant qu’un. Mais à cela, Rousseau aurait simplement répondu que le cerveau fait bien partie du monde sensible, et que le sentiment de soi est aussi en amont du cerveau: ce dernier n’est que le premier seuil du monde sensible. Cela est difficile à concevoir, car on a pris l’habitude d’assimiler la conscience au cerveau, et de voir dans celui-ci la source de la conscience, et donc de dire que la sensation qui est en moi et l'objet qui la suscite sont une seule et même chose. Mais si on y pense, il est logique de considérer qu’il est impossible que le cerveau soit à la source du monde sensible, puisqu’il en est même la production.

Avant qu’un cerveau soit dans mon crâne, il y avait une nature sensible, dont peuvent témoigner les gens qui avaient déjà un cerveau avant ma naissance. Le plus étonnant est que ce monde sensible qui existaitcerveau.jpg sans moi était déjà le même que celui qui existe depuis que j’ai un cerveau. Il est donc vrai que la cause des sensations se trouve en dehors de ma volonté, de mon esprit. Elles s’imposent à ma conscience. Le cerveau n’est pas même la cause par laquelle il en est ainsi, mais bien le moyen utilisé par les éléments pour créer dans ma conscience l’image du sensible. Tous les organes ont une fonction: on a un œil pour voir, des dents pour manger; il n’y a pas de raison que le cerveau ne soit pas aussi un outil que la nature a créé. Si ce n’était pas le cas, il s’agirait d’une sorte d’objet miraculeux, sacré, magique, créé pour ainsi dire directement par les extraterrestres. Mais le cerveau est en réalité la production de la nature, et Gœthe même a estimé que le crâne était le développement d’une vertèbre et le cerveau celui de la moelle épinière. Teilhard de Chardin le disait le simple développement du système nerveux; et dans ce système est l’espace dans lequel la conscience est possible, mais en soi, l’on est en amont, selon moi.

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02/12/2012

Le Nâga et la protection du Bouddha

Buddha_with_Naga_(snake).jpgJ’ai évoqué il y a déjà pas mal de temps le lien entre le Nâga, ou Esprit-Serpent, et le roi des Khmers. Pour prolonger le sujet, il faudrait parler de celui du Nâga avec le Bouddha, souvent représenté avec ce serpent à neuf (ou sept) têtes qui l’abrite et le protège: il est l’esprit de la Terre soumis. Par cette figure se trouve exprimée l’idée que les esprits des lieux sont devenus les serviteurs du Bouddha, et qu’il n’y a pas d’opposition entre l’animisme et le bouddhisme. L’opposition se résout par l’idée d’une hiérarchie établie entre le Bouddha, qui est au sommet, et le Nâga, qui est au-dessous.
 
Pourquoi ce Nâga a-t-il plusieurs têtes? Cela peut renvoyer aux différentes parties de l’âme humaine: une fois parfaite, une fois réalisée dans ses sept ou neuf parties, elle peut accueillir le Bouddha, qui est l’esprit dans toute sa perfection et est au-delà des divisions apparentes de l’âme.
 
Cependant, le Nâga protégeant le Bouddha a été souvent remplacé par un objet renvoyant davantage à la royauté temporelle: le parasol. Sa portée symbolique, au-delà de son utilité pratique, lui fait bien représenter, par ses différentes naga.jpgstrates superposées, les cieux, qu’on connaît aussi dans la tradition occidentale - chaque ciel étant lié à la fois à une planète et à une qualité de l’âme. La vie canonique du Bouddha rappelle par exemple que celui-ci s’est rendu dans le second niveau du monde divin pour aider sa mère - qui, morte, se trouvait dans le quatrième: il y instruisit sa mère et les dieux. Or, ce quatrième ciel correspond à l’orbe solaire - le premier à être réellement divin, dans le christianisme ancien -, et le second était celui de Mercure, messager des dieux - ange majeur.
 
Mais l’esprit du Nâga est forcément lié au seul premier ciel, qui reflétait passivement la sagesse céleste - comme la Lune la lumière du Soleil. Cependant, ce miroir, justement parce qu’il était passif, renvoyait l’image de toutes les strates célestes, de toutes les couleurs de l’âme: il prenait l’allure de l’arc-en-ciel qu’on peut contempler autour des têtes du Bouddha, dans les temples. La connaissance du bien et du mal s’acquérait par la contemplation de ce miroir divin.
 
Dans la lumière du Bouddha, la vue se perdait: l’éblouissement était total. Mais par le Nâga, les vertus et les vices, par la connaissance desquels on accédait à la lumière suprême, apparaissaient, s’imageaient. La parole à demi terrestre du Nâga, lorsqu’il s’adressait au Roi, dans sa tour d’or, était accessible à son entendement; si le Bouddha lui avait parlé directement, l’excès de clarté eût noyé son esprit. Le Nâga protège l’homme du feu céleste en le filtrant: la Terre est aussi une protection pour l’homme; pas simplement une malédiction.

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