07/01/2013

Jean-Marc Ayrault et les gros groupes

Jean-Marc-Ayrault-nomme-premier-ministre-par-Francois-Hollande_article_main.jpgBeaucoup de gens s’en prennent au gouvernement français, actuellement, et j’avoue n’avoir pas envie de défendre Jean-Marc Ayrault, notamment à cause de ce qu’il a dit lorsqu’il a annoncé des mesures pour améliorer la compétitivité des entreprises. Quelle que soit l’intention qu’il a eue en parlant de cela, il a mentionné les gros groupes qui font la fierté de la France; or, pour moi, la France n’est fière que de ses citoyens pris un à un, pauvres ou riches, petits ou gros, qu’ils soient solitaires ou qu'ils vivent en groupe. Ennoblir d’emblée de cette façon les gros groupes qui permettent aux Français de s’imposer à l’étranger m’a paru ressortir à l’impérialisme monarchique.
 
D’ailleurs, ce n’est pas la fierté de la France, qui compte, en économie, mais la capacité à créer des produits qui se vendent, qu’on ait envie d’acheter. Or, contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette elprimero.jpgcapacité n’est pas forcément liée aux gros groupes. L’horlogerie suisse marche bien justement parce qu’elle n’est pas monopolisée par un gros groupe, mais animée par de petites et moyennes entreprises qui rivalisent d’efforts pour créer de belles montres. Le gros groupe - tout comme l’État centralisé - tend à figer l’innovation, à faire obstacle à la créativité - laquelle ne vient pas de la multitude des cerveaux mis ensemble en connexion électromagnétique, comme on se l’imagine ici ou là, mais des individus qui trouvent au fond d’eux-mêmes des idées nouvelles et de leur entourage qui accepte de les appliquer après les avoir comprises.
 
En tout cas, personne n’achète un produit parce qu’il est français.
 
Et puis, personnellement, je crois que les gros groupes qui font la fierté de la France coûtent souvent plus qu’ils ne rapportent. Je suis favorable à ce que leurs monopoles soient brisés. Plusieurs de ces gros groupes, d’un côté sont soutenus par l’Etat, de l’autre se parent du concept de service public pour mieux s’imposer. C’est le cas du gros groupe qui s’occupe de l’électricité. Il a une politique v-21-1028727.jpgcommerciale agressive, et se prévaut de décisions politiques allant dans le sens de l’écologie, dans le même temps. Or, cela tend à uniformiser les pratiques, et à empêcher des petits groupes d’être innovants dans les transports, le chauffage, l’éclairage - ou même les individus de faire des choix autres, de dépenser différemment leur argent. En soi, par conséquent, ce monopole coûte cher et a des avantages plus politiques qu’économiques.
 
Car les gros groupes qui font la fierté de la France participent du sentiment national, qui n’a jamais servi l’économie, et qui, sur le plan culturel, n’est qu’une couleur parmi d'autres. On peut aussi aimer les petits groupes qui font la fierté de la Savoie, pourquoi pas? Ou les petits groupes qui font la fierté de mon village. Ou les individus qui font la fierté de l’humanité. L'échelon national n'est pas sacré.

15:55 Publié dans Economie, France, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Excellente analyse fort pertinente!
C'est vrai qu'un individu noyé dans un gros groupe sera plutôt étouffé dans sa créativité et ses élans participatifs, même si sa participation est suscitée par des actions, forcément ponctuelles ou limitées, qui ne touchent pas l'être en profondeur.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/01/2013

Oui, un gros groupe est anonyme. Et la vie dans l'entreprise n'est pas faite seulement de vie mystique, on peut être inventif même pour les détails pratiques, et à mes yeux, paradoxalement, on en est capable surtout quand on prend les choses de l'extérieur, cela permet d'y voir clair; or, cela ne peut se faire que par la pensée individuelle libre, sans laquelle de toute façon il n'y a pas de véritable progrès intérieur non plus. L'être en profondeur peut aussi prendre l'allure d'un mécanisme d'horlogerie, on ne sait pas, cela dépend de la direction où on regarde.

Écrit par : Rémi Mogenet | 07/01/2013

En glorifiant les "gros" groupes le premier ministre français choisit de mettre l'accent sur le quantitatif (le poids économique) plutôt que sur le qualitatif (l'innovation, le rôle sociétal...). Cela revient à persévérer dans l'erreur suivant l'adage "Errare humanum est, perseverare diabolicum". EDF en est l'illustration: avec son principe -plus on consomme moins on paie cher son kilowatt- elle fait le contraire de ce qui permettrait de réduire la consommation énergétique. Plutôt que de concentrer les efforts de l'Etat sur un seul acteur, ne vaudrait-il pas mieux favoriser un modèle qui tiendrait compte des besoins avec une politique de développement des PME-PMI encadrés par les collectivités territoriales? C'est ce que fait l'Allemagne depuis dix ans! Mais le premier ministre français prolonge aveuglément le combat éternel de la République depuis 1792, celui de Paris contre les régions: les Jacobins contre les Girondins!

Écrit par : Frassu | 08/01/2013

Je suis tout à fait d'accord. L'Etat central aime les gros groupes parce qu'il essaye de se créer ses propres revenus, de contrôler ses rentrées d'argent. Il se mêle donc d'économie. Mais c'est ce qui sur le long terme lui nuit.

Écrit par : Rémi Mogenet | 08/01/2013

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