21/01/2013

Le Hobbit de Peter Jackson

1804545_3_7413_bilbo-le-hobbit-martin-freeman-face-a-gandalf_e5aad3cd1e162256ce89ce1920487cc1.jpgÉtant un grand admirateur de J. R. R. Tolkien - sur lequel j'ai travaillé à la Sorbonne -, je suis allé voir le Hobbit de Peter Jackson - et l’ai trouvé plutôt grotesque. Il a ajouté au livre des scènes profondément ridicules, dans la lignée du cinéma américain à grand spectacle, lequel en réalité tient du cirque. La manie de faire suspendre dans le vide des personnages vient de la Mort aux trousses de Hitchcock; le film du Retour du roi avait ajouté au livre la suspension dans le vide de Frodo au-dessus du feu du Mont du Destin, et c’était déjà bien absurde; le Hobbit filmé récidive, non pas une, mais deux fois! C’est abuser. Ce n’est pas du tout dans l’esprit de Tolkien.
 
A l’inverse, les scènes qui dans le livre ressortissent au cauchemar éveillé sont privées de leur aspect onirique, en particulier le séjour dans le monde caché des Gobelins. Dès le départ, c’est gâché, car dans le livre, Bilbo ne sait pas s’il rêve ou non, lorsqu’il voit un mur s’ouvrir au fond de la grotte; ici, on a une simple trappe à la mode des Aventuriers de l’arche perdue. Le roi des Gobelins lui-même n’a rien d’effrayant, il fait penser aux monstres en carton-pâte de l’Opéra de Paris dont Rousseau se moquait.
 
Jackson a réussi quand même quelques petites choses. Les Elfes, en particulier Galadriel, se mêlent bien à la lumière du soleil couchant, comme s’ils en émanaient: cela leur donne l’aspect poétique et divin dont les films du Seigneur des anneaux les avaient globalement privés. L’apparition du Nécromancien n’est pas mauvaise non plus. Le tableau des guerres des Nains est frappant et rappelle Robert E. Howard. Mais ce sont, en général, des scènes rajoutées - quoiqu’inspirées par des notes de Tolkien. Le charme propre au livre est absent.
 
Et on peut en saisir la raison dès les premières images: Tolkien accordait aux couleurs une importance fondamentale; il a pris soin de définir celles des capuchons des Nains dès que Bilbo les voit franchir son seuil. Or, dans le film, elles sont complètement indistinctes. Le Seigneur des anneaux filmé avait lotrbakshijpg-5403e84f30236de8.jpgdéjà ce rédhibitoire défaut. Les couleurs délavées ne correspondent absolument pas à l’esprit du livre, qui créait un rêve éveillé par le biais, précisément, des couleurs. Il était en cela l’héritier de l’art médiéval ou baroque. C’était d’ailleurs bien rendu dans le dessin animé de Ralph Bakshi, dont on s’apercevra dans quelques années que malgré ses défauts techniques, il valait mieux que la version de Peter Jackson. Celui-ci reste à la surface. Il est plus technicien qu’artiste. S’il a pu faire illusion, c’est parce que le livre qu’il adaptait est de toute façon un grand livre: il en reste forcément quelque chose.

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