08/02/2013

La France est-elle chrétienne?

3424777506_a8d5360f05.jpgCertains voudraient enraciner la France dans le christianisme. Mais est-elle vraiment chrétienne?  Je crois que, fréquemment, et sans s’en rendre compte, on assimile le christianisme à l’héritage de l’ancienne Rome - dont l’influence me paraît, en France, bien plus patente. Dans le film du Parrain, un pape assurait que le christianisme n’était qu’un vernis posé sur des coutumes millénaires; il le disait de la Sicile, mais la France est-elle si différente?
 
J. R. R. Tolkien se disait catholique comme on l’était au treizième siècle; et beaucoup d’intellectuels français prétendent qu’on était encore alors très païen, notamment dans le nord de l’Europe; mais eux-mêmes se réclament fréquemment de Sénèque, de l’agnosticisme à la mode de l’ancienne Rome, qui admettait l’existence d’un dieu, mais le faisait très abstrait, très seneque_par_rubens.1235236473.jpgglobal, impersonnel, indifférent au sort des hommes. Or, je crois qu'inconsciemment, en France, on assimile le christianisme à cette philosophie - que pourtant François de Sales caractérisa comme étant l’essence même du paganisme!
 
Tolkien lisait probablement François de Sales - lequel pensait, aussi, que l’esprit divin était lié à l’âme de façon naturelle -, car son ami C. S. Lewis, que Tolkien a plus ou moins converti, fit un jour le vibrant éloge du pieux évêque de Genève, qui affirmait que les anges, quoiqu'invisibles, vivaient avec les hommes sur Terre - presque à la façon des elfes dans le Seigneur des anneaux. Mais qui en France partage encore avec ferveur cette vision des choses? Ce n’est pas la conception dominante.
 
Le Nouveau Testament parle aussi des anges qui descendent sur Terre: ils annoncent aux bergers la naissance de Jésus. Et saint Pierre parle des anges déchus qui errent sur Terre, et saint Augustin des anges sans morale qui instruisent les philosophes qui les invoquent. Mais la philosophie qu’en France tout le monde trouve normale et qui domine la vie intellectuelle n’est pas celle-là: c’est bien celle de Sénèque - ou de Lucrèce, le disciple d’Épicure. C’est bien celle qui existait sous les anciens empereurs romains - pas celle qui avait cours du temps images (3).jpgde saint Louis.
 
La République a-t-elle vraiment déchristianisé la France, comme on l’entend dire parfois? On peut en douter. Si elle a pu s’imposer, c’est aussi parce que la France s’était déchristianisée toute seule. L’effet de masse a pu accélérer le processus; mais l'a-t-il créé?
 
Au demeurant, dans ce monde que la philosophie moderne a rendu si abstrait et si théorique, un Teilhard de Chardin a pu voir la figure du Christ, d’une façon sublimée, transfigurée, renouvelée - selon moi. Mais il est bien moins une référence que Jean-Paul Sartre, d’abord; et même lui a forgé un langage nouveau, faisant peu appel aux symboles chrétiens traditionnels: il a bien placé le Christ dans une vision du monde héritée de l’ancienne Rome, de l’ancienne philosophie païenne, de Sénèque, de Cicéron.
 
L’important n’est pas forcément les vieilles formes: il faut aussi regarder vers l’avenir.

08:41 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Merci pour ce post très très intéressant

Écrit par : lekhom | 11/02/2013

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