12/02/2013

Les Lumières et la France éternelle

104_couverture-contrat-social.jpgFace à la perspective fédéraliste, en France, on craint toujours, comme en 1793, que certaines parties en viennent à se détacher de l’ensemble. Le fait est que Rousseau avait prévenu: dans le Contrat social, il affirmait que si des éléments de l’ensemble voulaient se détacher, ils le pouvaient toujours. L’idée d’indivisibilité, qu’on évoque souvent à ce sujet, n’avait, chez lui, aucun rapport avec le caractère sacré des frontières: il s’agissait de l’impossibilité d’imposer une loi à des citoyens qui n’auraient pas eu la possibilité de la voter. Cela s’attaquait plutôt au colonialisme: à la possibilité d’imposer des lois à des gens n’ayant pas le statut de citoyens.
 
On a voulu, en 1793, concilier la liberté de passer un contrat social avec le sentiment national: la liberté devait mener nécessairement à vouloir constituer un pacte se recoupant territorialement avec la France des rois. On postulait que le désir de vivre ensemble existait, et que toute liberté ne pouvait que le laisser pleinement s’exprimer.
 
C’était reconnaître, implicitement, que les rois avaient créé un peuple - continuer à en faire les pères de la nation. Ou c’était estimer qu’ils avaient été une production de cette dernière - ce qui devait déboucher tout naturellement sur le régime actuel, avec son monarque élu par le peuple!
 
Le lien entre la terre, le peuple et le prince vient de temps très anciens. La légende du roi Arthur en est profondément imprégnée. La terre, le peuple et le roi n’y font qu’un, y sont en symbiose. Même si le prince est élu par le peuple, le symbole demeure: il n’est pas si important qu’on croit qu’on lie la terre plus au roi ou au peuple. Le roi dirige le peuple: il le modèle donc; il exécute la volonté du peuple: il est modelé par lui. La fusion est réellement totale, dans les deux cas. Et qui peut prétendre que dans le système représentatif, le monarque élu se contente d’exécuter la volonté du peuple? Par le contrôle sur l’éducation, par exemple, il continue à le modeler...
 
La différence entre un royaume et une république dont la forme se présente comme sacrée ne saute donc pas aux yeux. De Gaulle en était parfaitement conscient, mais il ne s’en plaignait pas: pour lui, les idées des philosophes n’étaient qu’une sorte de bavardage qui planait inefficacement sur les réalités profondes de la nation. Joseph de Maistre s’était d’ailleurs déjà abondamment exprimé dans ce sens à propos de Rousseau. Peut-on vraiment dire qu’il a eu tort?

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