16/02/2013

Jacques Audiard et le culte de la femme éternelle

de-rouille-et-d-os-marion-cotillard.jpgIl existe en France une tradition qu’on connaît bien, et qui est probablement d’origine gauloise: le culte de la femme, reflet de la sagesse céleste. Chateaubriand l’a utilisée dans ses Martyrs en créant la figure de Velléda, prêtresse bretonne et magicienne, guérisseuse, inspirée par une femme qui avait dans l’antiquité soulevé les Bretons contre les Romains.
 
Je me souviens de ce film de Jacques Audiard si apprécié du public, De Rouille et d’os, et il m’apparaît qu’il reprend en fait ce mythe, mais en l’insérant dans un monde assez ordinaire pour qu’on croie qu’il s’agit d’une réalité: car le héros de l’histoire était au départ une sorte d’animal humain, certes innocent et sans malice, mais qui, grâce à sa relation avec une dame amputée des deux jambes jouée par Marion Cotillard - elle-même une icône -, devient un être humain à part entière.
 
Est-ce crédible? On attribue à cette femme le rôle d’un ange. Il suffit qu’elle dise qu’elle n’est pas satisfaite, personnellement, de la situation, pour que son ami comprenne ce qui lui reste à faire, devienne celui qu’elle veut - et qui est justement un homme véritable.
 
Je dois dire que rien dans mon expérience ne me paraît correspondre à ce qui se passe dans le film. Je suis certain naturellement qu’on s’humanise en se mariant, mais d’abord, les paroles des dames sont souvent peu éclairantes, à cet égard, car elles ne sont pas si à même de pouvoir exprimer clairement leurs attentes. Dans mon souvenir, que celles-ci ne soient pas comblées s’accompagne plus souvent de l’expression d’un certain mépris dont les causes restent mystérieuses, non dites de façon claire. C’est plutôt à l’homme de les deviner. Car même quand des paroles nettes sont prononcées, elles ne sont pas d’une lumière très sûre, et l’observation des recommandations explicites ne répond pas souvent aux attentes les plus profondes, situées au-delà des mots qu’on peut prononcer.
 
FéeBleue.pngAu bout du compte, seule une grâce déposée sur le front, pour ainsi dire, peut permettre de saisir, intuitivement, les attentes du conjoint - que combler effectivement humanise. C’est le génie tel que le voyaient les anciens: il venait des astres. Or, pour les hommes, il avait justement la figure d’une femme - la forme féminine étant pensée d’origine céleste. Elle était la bonne fée qui éclairait l’âme et y faisait naître des idées nouvelles. Là est la source du mythe.
 
Mais insérer ces miracles de l’existence dans un discours rationnel, ou dans des événements dont la logique n’est que matérielle, me paraît déboucher simplement sur de l’invraisemblable. À mes yeux, cela idéalise la vie d’une façon illusoire. Comme je l’ai déjà dit, j’aime encore mieux, à cet égard, le réalisme pessimiste d’un Flaubert.

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