20/02/2013

Degolio XII: le Solcum des rêves

SOLCUM XII D.jpgDans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé notre héros, Docteur Solcum, au moment où il s’avançait, en planant juste au-dessus du sol, vers un malandrin à qui il avait ordonné de se rendre au commissariat le plus proche et de se dénoncer. L’autre reculait, rempli de terreur. Finalement, il s’élança dans la trappe par laquelle il était venu, descendit les escaliers en ratant plusieurs fois une marche et en manquant de se casser le cou. Mais, dès qu’il fut sorti de l’immeuble désaffecté, il se dirigea effectivement vers le poste de police le plus proche, et avoua tout: il confessa l’ensemble de ses crimes, tout ce qu’il avait pu faire de mal et qui était puni par la loi, et même il ajouta ce qui ne l’était pas, et que les policiers furent fort étonnés d’entendre: ils durent lui préciser que cela ne regardait que sa conscience, et que la loi ne prévoyait pas de châtier ceux qui mentaient à leur entourage, délaissaient leur femme, leurs enfants, leurs parents, se moquaient de tout le monde et même des choses que les hommes regardaient comme saintes et sacrées! La liberté de conscience n’est-elle pas un principe incontournable de la République?
 
Puis, il fut mis en prison.
 
Or, par la suite, il regretta son geste: il en eut honte; il se sentit ridicule. Il crut avoir rêvé: car les autres détenus se moquaient de lui et de son Colonel Degolio, comme ils l’appelaient parce que, dans son masque noir, il avait cru voir se dessiner les traits de Charles de Gaulle, comme tracés par la lueur bleue qui sortait des fissures de ses joues. Cela faisait s’esclaffer bruyamment tout le monde, et ce pauvre brigand était pris pour un benêt. 
 
De fait, le nom de Colonel Degolio est venu de l’argot des prisons, et il est demeuré, car le langage puise aux sources les plus obscures, les plus inattendues - comme chacun sait. Le plus troublant était que, parfois, dans ses rêves, le brigand revoyait le docteur Solcum, et que son masque effrayant de nouveau paraissait avoir le visage de Charles de Gaulle! Une nuit, même, il crut rêver de ce sauveur de la France; mais il avait des gants noirs. Et il les porta à son visage, et détacha celui-ci comme s’il eût été postiche. Dessous, deux yeux rouges flamboyants le scrutaient dans une obscurité insondable…
 
Un jour, donc, vexé par les moqueries de ses compagnons de cellule, il voulut se rétracter; et il en fit SOLCUM XII B.jpgpart à son avocat. Mais ses cauchemars devinrent plus atroces encore. Cette fois, Solcum s’avançait tout près de lui, et lui faisait sentir son haleine, qui était abominable, qui était comme celle du soufre, et pleine d’une chaleur insupportable - et des monstres semblaient sortir de son visage fait d’ombre, et s’emparer de lui, et le torturer! Alors il revint sur ses rétractations et confirma, à son procès, ce qu’il avait fait. 
 
Il rêva de choses plus agréables: il eut moins peur de s’endormir, et, avec les années, cela ne cessa de s’améliorer. Un jour, même, Solcum s’effaça, et lui laissa voir une merveilleuse femme, assise sur un trône d’or, rayonnante, semblant respirer la douceur et la bienveillance. En se réveillant, il se souvint à la fois de son catéchisme et de l’éducation qu’il avait reçue, et ces mots lui vinrent spontanément: C’est la sainte Vierge et en même temps, c’est la bonne fée de la France! Et il se sut guéri.
 
Ce qu’il advint ensuite sera dit une fois prochaine.

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