28/02/2013

Gérard Klein et la décadence de Mars

peintures-sur-theme-science-fiction-L-zyAiQ9.jpegDans une nouvelle intitulée La Tunique de Nessa (insérée dans le recueil Histoires comme si…), Gérard Klein fit de Mars un tableau qui rappelait beaucoup ceux qu’avaient déjà brossés Ray Bradbury et Leigh Brackett: siège d’une civilisation disparue, ou sur le point de l’être, la ville a des jardins pleins de vivants cristaux, qu’on élève comme des plantes, et les Martiens ne sont plus guère que des ombres de vieillards - formes indicibles chuchotant dans les ténèbres.
 
Toutefois, elles ne sont pas en elles-mêmes démoniaques: elles se contentent de connaître les secrets enfouis dans l’obscurité. Car la nouvelle ne se centre pas sur les Martiens, mais sur une fille d’origine inconnue qui vit parmi eux, et dont la vivante tunique dévore ceux qui s’approchent trop près d’elle, ayant sa vie et sa volonté propres, auxquelles elle-même ne peut rien, ne pouvant pas l’ôter durablement de son corps: elle vit avec elle en symbiose. Or, les Martiens - ou ce qu’il en reste -, savent ce qu’il en est, appelant démon la tunique que porte la jeune fille. Ils s’efforcent de prévenir les Max-Ernst_5_original.jpgTerriens qui s’approchent trop près d’elle: en vain. Tombant sous son charme, ils sont immanquablement dévorés…
 
Mars est un lieu de mystères. Néanmoins, que les êtres difformes qui à présent font d’autant plus corps avec la planète qu’ils y agonisent ne soient pas en soi mauvais, qu’ils soient seulement les dépositaires d’anciens secrets, a quelque chose d’attrayant. 
 
Cela déçoit, également: ils semblent n’avoir pas de volonté propre, et ne jouer dans l’histoire qu’un rôle de second plan. Je ne sais pas si c’est vraisemblable: quand on s’étiole, on se plaint, ou on tente de revenir au premier plan; on ne reste pas sur son quant-à-soi indéfiniment, dans une résignation superbe et majestueuse. D’ailleurs, pourquoi ne pas dire d’où viennent la fille et sa tunique? Pourquoi tant de mystère? La science des Martiens, de nature occulte, est  fascinante, mais on aimerait la partager… On dirait que Gérard Klein refuse de franchir un certain seuil que Leigh Brackett et H. P. Lovecraft n’hésitaient pas à franchir.
 
Toutefois, sa nouvelle est très colorée, et prenante: elle atteste d’un talent indéniable. Le thème du
TempleNuit.JPGsymbiote est peut-être le biais scientifique par lequel Gérard Klein dit estimer nécessaire d’aborder la science-fiction. Car il est de ceux qui rejettent l’idée que ce genre ne soit qu’une porte ouverte à l’imagination débridée: pour lui, il doit rester encadré par le matérialisme.
 
Brackett n’avait pas ce scrupule. Que la science-fiction reste liée à des concepts issus de la science moderne se comprend: si elle ne le fait pas, elle n’est plus elle-même; mais je ne pense pas que, pour autant, il faille s’assujettir à un dogme. Lorsque Brackett évoque les Martiens qui, devenus purs esprits - après avoir appris à vivre sans corps -, pénètrent les âmes des Terriens venus coloniser Mars, elle m’enthousiasme, plus qu’elle ne me rebute.
 
Trop de discipline ennuie. L’art s’y refuse.

10:10 Publié dans Exploration spatiale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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