04/03/2013

Amiel et The Tree of Life

tree_of_life_universe_1-650x333.pngJe lisais Amiel, et un passage de son journal m’a rappelé le beau film The Tree of Life de Terrence Malick: Sentiment de repos, même de quiétude. Silence dans la maison et au dehors. Feu tranquille. Bien-être. Le portrait de ma mère semble me sourire. Je ne suis pas confus, mais heureux de cette matinée de paix. Quel que soit le charme des émotions, je ne sais pas s’il égale la suavité de ces heures de muet recueillement, où l’on entrevoit les douceurs contemplatives du paradis. Le désir et la crainte, la tristesse et le souci n’existent plus. On se sent exister sous une forme pure, dans le mode le plus éthéré de l’être, savoir la conscience de soi. (…) Les choses se résorbent alors dans leur principe; les souvenirs multipliés redeviennent le souvenir; l’âme n’est plus qu’une âme et ne se MESS_2.GIFsent plus dans son individualité, dans sa séparation. Elle est quelque chose qui sent la vie universelle, elle est un des points sensibles de Dieu.

Que le souvenir d’une mère qui sourit au-delà de la mort, par l’intermédiaire de son portrait, fasse entrevoir le paradis et unisse l’âme individuelle à celle de l’univers participe clairement du romantisme.
 
On sait qu’Amiel demeurait passif, face au devoir de créer une œuvre: il manquait de volonté. Pareillement, ici, il donne le sentiment de se dissoudre dans la volupté mystique.
 
Se disant au-dessus de toutes les petitesses, des préjugés nationaux, il assurait que son manque d’énergie venait de ce que, vu depuis la lune ou le soleil, le monde lui semblait dérisoire. Idéaliste, il était prompt à se placer parmi les anges! L’humanité lui paraissait dénuée d’importance: il n’entendait pas assumer jusqu’au bout la sienne. Les images qu’il créait ne font que traverser sa prose enchanteresse comme un vol de brillants flocons; elles ne fixaient pas totalement l’indicible - ne s’ordonnaient pas en figures distinctes: elles n’étaient que des épingles sur le tissu de l’infini.
 
Peut-être est-il à cet égard à rapprocher davantage de David treee.jpgLynch que de Terrence Malick: lui aussi pratique une forme de méditation qui l’amène à se fondre dans la vie divine. Ses images étranges évoluent de façon fragmentaire, reflétant un mystère obscur - mais ne le disant pas. Terrence Malick reprend généralement des figures plus classiques, dont le sens est plus net. Cela le rapprochait de Lamartine, qui s’appuya sur le merveilleux chrétien traditionnel. Amiel au contraire se sentait proche de Schopenhauer, qui se réclamait du bouddhisme. Il invoquait volontiers à son secours la spiritualité orientale, quelque peu abstraite mais si pure, si cristalline! Cela heurte moins l’agnosticisme dominant.

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