10/03/2013

Degolio XIII: l’estompement de Solcum

Rossetti_Dante_Gabriel-The_Wedding_of_St_George_and_Princes.jpgDans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé le brigand qu’avait sommé d’aller se rendre à la police Docteur Solcum au moment où, s’étant repenti de tous ses crimes et de toutes ses fautes, il put voir, en rêve, la sainte fée qui veille sur la France - rayonnante et belle. Elle lui apparut au-delà de l’ombre de Solcum même.
 
Dans les rêves suivants, il vit celui-ci sous un autre visage. Il ressemblait à un ange, il souriait; il n’avait pas d’ailes, mais il était vêtu d’une armure étincelante; son visage était visible, et il était beau, il était près de la fée, et elle se levait de son trône d’or, et lui prenait la main, et il se retournait vers elle - et il était pris dans sa lumière, et cette lumière se répandait dans tout le rêve du brigand, qui alors se réveillait. En une nuit, il fit trois fois ce rêve: chaque fois, les deux êtres le regardaient en souriant; aucune ombre ne vint se placer entre lui et eux.
 
Peu de temps après, il sortit de prison. Il rejoignit sa famille le cœur plein de clarté - et devint le meilleur des pères, le meilleur des maris, et un excellent collègue de travail dans l’entreprise où il fut engagé. Il était amusant et sympathique, mais il faisait rire aussi à ses dépends, y compris dans sa propre famille, car il continuait à parler de l’ombre qui l’avait sauvé et qui avait le visage de Charles de Gaulle, et on appelait cet être le Colonel Degolio, pour le railler; cependant, il n’en avait cure. D'ailleurs, peu à peu, le public prit au sérieux ce nom, car Docteur Solcum fit d’autres apparitions, et le phénomène qui s’était produit avec ce brigand se répéta plusieurs fois; il se produisit, même, de plus en plus souvent.
 
Le héros, durant ces années d’enfermement du voyou, n’était pas resté inactif. Il faut à présent revenir DEC120163_2.jpgen arrière et dire ce qui s’était passé au moment où Solcum était resté sur le toit pendant que le brigand disparaissait dans la trappe qu’il avait empruntée pour s’y hisser.
 
Or, il se dissipa, à ce moment, dans son habituelle fumée. Mais il reparut bientôt devant Charles de Gaulle, et il entra dans son corps - où l’œil ne put plus le distinguer, une fois nouvelle: car, au moment où le grand Charles crut qu’il allait le toucher, il se changea en cette brume bleutée qui caractérisait ses passages d’un monde à l’autre. Et Charles de Gaulle ne sentit en lui, alors, qu’une vague douceur, qui répandit autour de lui un doux parfum et fit s'allumer le monde à ses yeux - le rendant tout brillant. Bien qu'il fît toujours nuit, tout semblait comme recouvert d’un vernis: son regard faisait comme courir de petites étincelles sur les objets; il avait une véritable force magique! Le souffle mystérieux qui habite les choses lui apparaissait à présent plus clairement qu’il ne l’avait jamais fait. Il s’était pourtant souvent efforcé de le déceler: l’âme de la France, dont il était en quête, ne s’y trouvait-elle pas? Son génie n’y vivait-il pas? Au moins avait-il compris que s’y tenait le Docteur Solcum, son bon ange!
 
Il sut qu’en lui un grand mystère venait de s’accomplir. La suite de cette incroyable histoire sera racontée un autre jour - si cela est possible.

09:08 Publié dans Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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