28/03/2013

Le Seigneur des Mouches (Degolio XIV)

occulte9.jpgDans les précédents épisodes de cette série, nous avons dit comment, après avoir vu se détacher de lui une sorte d’esprit pouvant se matérialiser à volonté, Charles de Gaulle assista à sa victoire sur deux voyous dangereux qui s’en prenaient à une pauvre femme, et l’écouta lui dire qui il était. Mais des questions demeurent en suspens.
 
Charles comprit, en tout cas, que lorsqu’il avait cru voir la fée de la République - Marianne - lui donner un saphir rayonnant, il n’avait pas rêvé, comme il lui avait d’abord semblé. Et désormais, il n’aurait de cesse de chercher à se rendre digne d’elle, de la beauté qu’il lui avait vue, de la lumière qu’il avait distinguée dans ses yeux! Car elle reflétait la gloire des dieux, et contenait l’éclat des étoiles: de cela il était sûr.
 
Mais pour l’heure, il rentra chez lui. Il était temps! Son épouse s’était beaucoup inquiétée. Elle l’accueillit avec un air effaré, pâle et l’œil enfoncé dans son orbite - mais, quand elle vit que son mari était joyeux, plein d’énergie, de feu, et qu’il l’embrassait avec passion, elle fut heureuse, et son visage s’éclaira, la couleur lui revint aux joues.
 
La vie ordinaire du général reprit son cours. Mais un soir, en lisant son journal, il apprit quelque chose de curieux: une nuée de mouches s’était installée dans un immeuble en ruines, et gênait les voisins. Leur nombre dépassait toute mesure; de mémoire d’homme, à Paris, on n’avait jamais vu cela! Or, quand il regarda la photographie qui illustrait l’article, avec l’adresse précise de l’immeuble dessous, il eut la surprise de découvrir que celui-ci n’était autre que le bâtiment ayant soutenu le corps de Solcum au moment où il lui était apparu clairement, lui avait parlé! N’était autre que l'édifice où il avait vu s’enfoncer le voyou et sur lequel il avait cru être transporté en vision par un spectre étrange venu d’ailleurs qui était dans le même temps son bon ange, son astre matérialisé!
 
fly.jpgIl demeura songeur. Y avait-il un lien entre cet être et ces mouches - ou n’était-ce là qu’une coïncidence? Il était difficile de croire le fait entièrement fortuit.
 
A cette époque, on donnait à Paris une pièce de théâtre célèbre: Les Mouches, de Jean-Paul Sartre. Charles avait toujours dans l’idée que les grands écrivains, même athées, avaient une sorte de don qui les mettait en relation avec le monde divin et leur faisait révéler, à leur insu, des faits occultes: ils sentaient l’esprit qui volait, qui circulait dans l’air au moment où ils écrivaient, qui dominait l’époque, et leurs figures le représentaient, même quand ils croyaient ne les créer que pour se divertir ou se moquer.
 
La prochaine fois, nous continuerons, si cela est possible, de retracer le cours des réflexions de Charles de Gaulle sur la littérature en général et celle de Sartre en particulier.

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26/03/2013

Théophile Gautier, Voyant

gautier 3.jpgArthur Rimbaud disait que Théophile Gautier était un voyant.
 
Dans son Roman de la momie, de fait, il a, par-delà le décor grandiose de l’Égypte ancienne, pénétré les mystères antiques tels que les concevaient les Égyptiens. Par son luxe de détails transcendé par des croyances présentées comme des réalités, il a annoncé Salammbô, de Flaubert - chef-d’œuvre accompli de la littérature occidentale. S'appuyant sur les mages qui entouraient le Roi et leurs voies initiatiques étranges, il a créé une véritable épopée, plein d’esprits obscurs, de divinités ambiguës, de rêves visionnaires!
 
Cependant, après avoir montré que l’Égypte païenne le fascinait, dans ce livre, il choisit d’adopter le point de vue biblique, d’une façon surprenante et plutôt incohérente, comme s’il s’y était moralement senti obligé. Flaubert disait de lui qu’il était catholique comme un Espagnol du douzième siècle… Cela ne se voit pas forcément dans ce qu'il a publié, mais cela peut expliquer certaines choses. 
 
La fin du Roman de la momie, pourtant, voit la jeune fille amoureuse d’un Hébreu épouser Pharaon - qui est le véritable maître: les prodiges divins qui l’ont forcé à laisser partir Moïse et les siens, et qui sont repris de l’Ancien Testament, apparaissent comme secondaires. La vraie figure immortelle est le roi d’Égypte! Gautier faisait de magnifiques descriptions, mais je suis sceptique quant à sa capacité à créer des histoires cohérentes. Des idées contradictoires semblent l’avoir traversé.
 
Je l’ai beaucoup cité dans mon livre De Bonneville au mont Blanc: c’est lui qui, pour les lieux décrits, crée les images les plus grandioses: il voit des cyclopes, ou leurs forteresses, dans des massifs rocheux, assimile le mont Blanc à une déesse ou au mont Thabor, les nuages voletant sur ses flancs gautier 4.jpgétant dans sa prose enflammée des anges qui montent et descendent comme sur l’échelle de Jacob. Il crée une vraie mythologie.
 
Néanmoins, il tend à se répéter, à paraître créer des images éblouissantes comme on accumule des perles qu’on ne dispose pas en motifs d’ensemble bien nets. Au bout d’un certain temps, pourquoi le cacher? cela apparaît comme mécanique.
 
La poésie de Gautier avait d’ailleurs cette réputation, et Flaubert le disait gâté par le feuilleton…
 
Cependant, il a écrit une nouvelle, Le Pied de momie, qui est un des récits les plus impressionnants de la littérature française, quoiqu’il soit court; Lovecraft l’aimait beaucoup. Les pharaons y apparaissaient comme immortels au fond d’un monde sublime dont les pyramides n’étaient que les portes. On retrouvait le culte de Pharaon, dieu visible, réceptacle des forces cosmiques… Mélange curieux de mysticisme et de matérialisme qui lui faisait donner une image des plus concrètes aux concepts les plus élevés! Et qui lui permet d’être le premier à avoir créé une vraie épopée, ou de vrais récits fantastiques en français moderne.
 
Le jugement de Rimbaud était juste, sans doute.

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20/03/2013

Bouddhisme et agnosticisme

blavatsky.jpgBeaucoup d’Occidentaux, ayant remarqué les différences profondes existant entre le christianisme et le bouddhisme, les ont opposés. En particulier, l’absence en son sein d’un Père  absolu créateur et éternel les a poussés à croire que le bouddhisme était agnostique, ou athée. Or, dans The Secret Doctrine, H. P. Blavatsky le dément en des termes qui - je l’avoue - correspondent à ma pensée: The Svabhâvikas, or philosophers of the oldest school of Buddhism (which still exists in Nepaul), speculate only upon the active condition of this ‘Essence’, which they call Svâbhâvat, and deem it foolish to theorise upon the abstract and ‘unknowable’ power in its passive condition. Hence they are called atheists by both Christian theologians and modern scientists, for neither of the two are able to understand the profound logic of their philosophy. The former will allow of no other God than the personified secondary power which have worked out the visible universe, and which became with them the anthropomorphic God of the Christians-the male Jehovah, roaring amid thunder and lightning. In its turn, rationalistic science greets the Buddhists and the Svabhâvikas as the ’positivists’ of the archaic ages. If we take a one-sided view of the philosophy of the latter, our materialists may be right in their own way. The Buddhists maintained that there is no Creator, but an infinitude of creative powers, which collectively form the one eternal substance, the essence of which is inscrutable-hence not a subject for speculation for any true philosopher.
 
Pour ceux qui ne connaîtraient pas bien l’anglais, je résumerais en disant que, pour Blavatsky, les sages du bouddhisme considèrent qu’il n’y a pas un Créateur, mais une infinité de puissances créatrices qui collectivement constituent une substance éternelle qu’on ne peut scruter, dont on ne peut rien dire en soi. En revanche, la philosophie peut évoquer de façon précise les puissances spirituelles créatrices kuanyin11.gif- que Blavatsky, ailleurs, assimile aux Anges, tels que saint Paul les nomme, les différenciant selon leur rang (ces noms sont invisibles dans la traduction ordinaire en français, qui les a uniformisés). Pour elle, le dieu unique personnifié dans ses actions n’a de sens que s’il est une puissance angélique agissant en particulier, au nom en quelque sorte du concert universel des Puissances. Car il va sans dire qu’elle partage ce qu’elle regarde comme étant la vraie doctrine bouddhique…
 
Blavatsky s’opposait ainsi à saint Augustin, qui confessait d’ailleurs ne pas comprendre comment il était possible de créer l’idée de création avant qu’elle ne fût créée! Car il assimilait le dieu absolu, éternel, incompréhensible - dont il avait conscience -, au créateur du monde, qui ressemble déjà à un être humain, puisqu’il peut être représenté dans une action: chose contradictoire. Blavatsky rejetait cet anthropomorphisme, mais, à ses yeux, le bouddhisme n’était pas positiviste ou naturaliste, puisqu’il se fondait sur des entités créatrices - qui, quant à elles, entretenaient bien des rapports avec les hommes. De fait, dans le  Dhammapada, il est écrit - par exemple - que l’on doit suivre le chemin d’Indra - l’imiter. Or, ce dieu est censé avoir créé une partie du monde, celle qui entretient un rapport particulier avec les sociétés humaines.
 
Il n’y a d’ailleurs pas, en Thaïlande ou au Cambodge, d’opposition de principe entre le bouddhisme officiel et le Râmâyâna, la grande épopée indienne, que les ballets royaux représentent, et que le peuple récite. Mais on doit admettre que le christianisme classique n’y trouverait pas aisément sa place.

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18/03/2013

Olaf Stapledon et les Martiens (II)

leviathan.jpgDans mon précédent article, j’ai dit de quelle façon Olaf Stapledon avait imaginé que les Martiens étaient des micro-organismes s’organisant en ensembles cohérents.
 
Il dit aussi comment l’un de ces ensembles finit par dominer et par anéantir les autres, étant parvenu à un stade de conscience proche de celui de l’être humain. Fonctionnant sur le mode télépathique, il matérialisait, désormais, cet État qu’un célèbre philosophe anglais avait appelé le Léviathan - organisme abstrait liant toutes les volontés! (On aura reconnu Hobbes.) Mais ce fut précisément la source de sa chute: il était enfermé dans des schémas tout faits, négligeant de considérer que l’évolution vient toujours, dans les faits, d’esprits autonomes - et rendus tels par la solidité de l’enveloppe corporelle et l’hermétisme spontané aux pensées d’autrui. Certes, cela mène à l’égoïsme, dit Stapledon, mais cela permet, par contrecoup, de développer l’amour et de faire naître le sens moral. Les Martiens, vivant en état fusionnel complet, ne connaissaient pas, sans doute, l’individualisme forcené de l’être humain - mais pas, non plus, sa belle aspiration à la fraternité: leur solidarité, imposée, était purement mécanique. Ils n’avaient, ainsi, pas de choix réel entre le bien et le mal - et demeuraient soumis à leur instinct.
 
images (4).jpgStapledon modélisait, au sein de l’espace intersidéral, des mouvements intimes de l’âme: il leur donnait une figure extraterrestre! Une part de satire existait, dans ses textes grandioses - qui donnent à voir ce qui d’ordinaire demeure dans des formes abstraites, créant de véritables symboles. Le plus beau est quand il dit que les Martiens se sont mis à assimiler l’activité spirituelle aux échanges d’idées ou d’informations que permettaient leurs facultés électromagnétiques: réduisant la première aux seconds, ils ont commencé à choir dans l’ordre cosmique! La vie spirituelle ne peut en effet se trouver que dans les profondeurs d’une monade libre; par là seulement la conscience entre en relation avec l’Infini…
 
Ne dirait-on pas qu’il a prophétisé les illusions qui se développeraient à propos de la Noosphère chère à Teilhard de Chardin? Qu’il a deviné que certains assimileraient l’esprit à l’énergie?… Ou cerné l’erreur propre au monde moderne, déjà bien présente de son temps? Stapledon avait en lui un génie puissant. C. S. Lewis et H. P. Lovecraft avouaient l’avoir beaucoup lu et médité. Nous reparlerons de lui et de son formidable Star Maker, à l’occasion.

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16/03/2013

Olaf Stapledon et les Martiens (I)

olaf-stapledon-hacedor-de-estrellas.jpgLe livre Last and First Men, d’Olaf Stapledon, raconte l’histoire de l’humanité depuis l’époque de l’auteur jusqu’à celle du dernier représentant de l’espèce. Le narrateur se dit inspiré par celui-ci, qui a appris à faire remonter le temps à ses pensées. Or, au sein de ce vaste tableau plein de perspectives grandioses et de prédictions proches plutôt baroques, l’être humain est amené à rencontrer une nouvelle espèce pensante, celle de Mars, lorsque celle-ci commence à envahir la Terre. L’auteur en profite pour nous expliquer en quoi consistent ces Martiens sur le plan tant physique que moral, et quelle fut leur histoire.
 
D’abord Mars fut couverte de mers, et la faune et la flore s’y déployèrent - à peu près comme sur la Terre. Mais le sol s’assécha, et les corps organiques complexes périclitèrent. Pendant ce temps, dans les marais qui s’étaient formés, se développèrent de minuscules organismes, plus petits encore que les bactéries, et pouvant saisir dans l’air ce dont ils avaient besoin pour se nourrir. En outre, à demi végétaux, ils absorbaient également la lumière, procédant à une photosynthèse qui devait leur donner leur caractéristique couleur verte.
 
stapledon 1.jpgPar-dessus tout, cependant, ils avaient la remarquable faculté de projeter autour d’eux des ondes électromagnétiques, et d’être réceptifs à celles qui leur étaient envoyées. L’information ainsi se développa entre eux pour former des groupes cohérents. Un champ magnétique puissant put aller jusqu’à lier physiquement entre eux ces corps minuscules et constituer des nuages d’une certaine épaisseur, voire les englober dans des sortes de corps gélatineux. Ayant par ce biais prise sur la matière solide, ils se formèrent des yeux collectifs et une conscience crût en eux jusqu’à la raison.
 
Des problèmes alors parurent, leur organisation tendant d’une part à priver l’individu de liberté (le contraignant à se soumettre totalement à la pensée collective), d’autre part à vouer un culte aveugle à ce qui était absolument solide: en effet, ayant saisi que la matière était elle aussi issue de liens électromagnétiques tissés entre les atomes, les corps compacts firent l’objet de leur admiration: ce qu’ils avaient vécu comme étant un progrès immense se voyait accompli, à la façon d’un but, d’un idéal, par le règne minéral, en particulier le diamant. Ils se mirent, par conséquent, à ériger des temples en l’honneur des diamants qu’ils trouvaient, les plaçant au sommet de colonnes votives. Leur évolution commença dès lors à se tasser: ils cessèrent de progresser, la nouveauté géniale, dit Stapledon, ne pouvant naître que dans un esprit individuel autonome et libre de la matière.
 
Nous décrirons une fois prochaine, si cela est possible, les effets de ce déclin - cet article commençant à être long.

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12/03/2013

Dans les rues de Bangkok

thailande.jpgLa Thaïlande est un étonnant mélange de tradition et de modernité. Le Temple Blanc contient une peinture mêlant des symboles bouddhiques aux figures des films de science-fiction; partout se déploie la volonté syncrétiste.
 
Mais plus encore, Bangkok est d’une incroyable diversité. Boutiques et commerces lumineux, gratte-ciels massifs le jour, scintillants la nuit, côtoient des maisons branlantes, des immeubles noircis par le carbone, des temples, des figures mythologiques et des palais rutilants d’or et de pierreries. Les bonzes vivent au cœur de la ville, sont mêlés à la vie ordinaire. Sur le toit des tours, le flamboyant Garuda, phénix asiatique qui transporte Vishnou à travers les espaces, apparaît sous la forme d’une sculpture énorme - et sert d’emblème  à une entreprise commerciale! On vit parmi les êtres fabuleux, qui ne sont pas une simple occasion de se divertir, comme en Occident: ils sont aussi des symboles, comme les figures des saints. Là des éléphants roses harnachés de vert ornent un rond-point; ici, des tours pyramidales de verre et d’acier illuminent leurs fenêtres sous les étoiles!
 
Bangkok semble contenir le monde entier, et unir les siècles; elle déborde d’une vie foisonnante, faisant partir ses mouvements dans des sens apparemment opposés, mais qu’elle parvient à tenir dans ses limites, et à coordonner entre eux. Alors que l’Occident a créé la modernité contre la culture religieuse indra-avec-ciel-bleu-la-thailande.jpgtraditionnelle, la Thaïlande pense pouvoir tout unir.
 
On se souvient qu’elle n’a pas connu la colonisation: le roi de Siam est resté souverain. Pour autant, l’influence anglaise a existé dès l’origine, et elle a permis à la Thaïlande d’être un pays riche et prospère sous le sceptre du Roi. Cela en fait un pays exceptionnel, dans le monde.
 
Le véritable nom de Bangkok, Krung Thep, signifie cité des anges. Les anges de Vishnou s’y trouvaient, et ont invité le roi de Siam à y bâtir son palais! Le Prince passe, de fait, pour être en lien intime avec les êtres spirituels: il est le représentant d’Indra parmi les hommes (Indra étant une forme de Vishnou placée dans la sphère solaire). Sous l’inspiration des messagers célestes du Seigneur Suprême, les hommes ont bâti le Palais Royal, dit la légende!
 
L’électricité est employée pour orner les rues comme en Occident à Noël, de façon colorée et souvent symbolique, car la capitale est regardée comme sacrée. Le commerce même paraît n’être qu’une manifestation de l’esprit qui tisse des liens entre les hommes dans la pensée orientale. On y vit, en quelque sorte, dans la nappe éthérique de Mercure, messager de l’Olympe, dieu du commerce.

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10/03/2013

Degolio XIII: l’estompement de Solcum

Rossetti_Dante_Gabriel-The_Wedding_of_St_George_and_Princes.jpgDans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé le brigand qu’avait sommé d’aller se rendre à la police Docteur Solcum au moment où, s’étant repenti de tous ses crimes et de toutes ses fautes, il put voir, en rêve, la sainte fée qui veille sur la France - rayonnante et belle. Elle lui apparut au-delà de l’ombre de Solcum même.
 
Dans les rêves suivants, il vit celui-ci sous un autre visage. Il ressemblait à un ange, il souriait; il n’avait pas d’ailes, mais il était vêtu d’une armure étincelante; son visage était visible, et il était beau, il était près de la fée, et elle se levait de son trône d’or, et lui prenait la main, et il se retournait vers elle - et il était pris dans sa lumière, et cette lumière se répandait dans tout le rêve du brigand, qui alors se réveillait. En une nuit, il fit trois fois ce rêve: chaque fois, les deux êtres le regardaient en souriant; aucune ombre ne vint se placer entre lui et eux.
 
Peu de temps après, il sortit de prison. Il rejoignit sa famille le cœur plein de clarté - et devint le meilleur des pères, le meilleur des maris, et un excellent collègue de travail dans l’entreprise où il fut engagé. Il était amusant et sympathique, mais il faisait rire aussi à ses dépends, y compris dans sa propre famille, car il continuait à parler de l’ombre qui l’avait sauvé et qui avait le visage de Charles de Gaulle, et on appelait cet être le Colonel Degolio, pour le railler; cependant, il n’en avait cure. D'ailleurs, peu à peu, le public prit au sérieux ce nom, car Docteur Solcum fit d’autres apparitions, et le phénomène qui s’était produit avec ce brigand se répéta plusieurs fois; il se produisit, même, de plus en plus souvent.
 
Le héros, durant ces années d’enfermement du voyou, n’était pas resté inactif. Il faut à présent revenir DEC120163_2.jpgen arrière et dire ce qui s’était passé au moment où Solcum était resté sur le toit pendant que le brigand disparaissait dans la trappe qu’il avait empruntée pour s’y hisser.
 
Or, il se dissipa, à ce moment, dans son habituelle fumée. Mais il reparut bientôt devant Charles de Gaulle, et il entra dans son corps - où l’œil ne put plus le distinguer, une fois nouvelle: car, au moment où le grand Charles crut qu’il allait le toucher, il se changea en cette brume bleutée qui caractérisait ses passages d’un monde à l’autre. Et Charles de Gaulle ne sentit en lui, alors, qu’une vague douceur, qui répandit autour de lui un doux parfum et fit s'allumer le monde à ses yeux - le rendant tout brillant. Bien qu'il fît toujours nuit, tout semblait comme recouvert d’un vernis: son regard faisait comme courir de petites étincelles sur les objets; il avait une véritable force magique! Le souffle mystérieux qui habite les choses lui apparaissait à présent plus clairement qu’il ne l’avait jamais fait. Il s’était pourtant souvent efforcé de le déceler: l’âme de la France, dont il était en quête, ne s’y trouvait-elle pas? Son génie n’y vivait-il pas? Au moins avait-il compris que s’y tenait le Docteur Solcum, son bon ange!
 
Il sut qu’en lui un grand mystère venait de s’accomplir. La suite de cette incroyable histoire sera racontée un autre jour - si cela est possible.

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08/03/2013

La force de la Révolution

m506006_87ee2128_p.jpgLa grande force de la Révolution, en France, fut dans la volonté de détacher le génie de la patrie de la personne d’un homme distinct, et, par conséquent, de dématérialiser le lien social, de le laisser dans l’espace de l’esprit. Ce qui unit les différents citoyens n’est pas un système nerveux physique, comme est celui qui unit les différentes parties du corps d’un roi: le cerveau du prince est remplacé par un cerveau immatériel, éthérique - situé dans l’air. On entrait dans une de ces sociétés imaginées par Olaf Stapledon, dont l’unité était dans des flux cohérents d’énergie. Victor Hugo, dans Quatrevingt-Treize s’exprime de cette manière.
 
Ainsi, à terme, même l’objet physique qu’est Paris ne pourrait plus apparaître comme étant le centre réel d’une république tissée entièrement d’âmes libres. Un tel centre, de fait, ne pouvait être qu’un foyer d’amour - que le feu sur lequel à Rome veillaient les Vestales préfigurait. Cette flamme spirituelle était un rayon du soleil de l’Être suprême - un génie au sens où l’entendaient les anciens Romains: doigt détaché de l'astre fondamental, ange! Envoyé des hauteurs, il exerçait son influence sur tous les hommes qui lui étaient liés, et il n’était, en soi, fixé par aucun objet sensible - ni capitale, ni palais, ni prince. L’affranchissement devenait total.
 
Cependant, à l’esprit, il demeurait abstrait. Il s’agissait de parler de lui au travers d’une trinité - qui, par triangulation, le localisait: apparut, ainsi, le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité. Ces trois joyaux sertissant la parure d'ombre du génie de la patrie traçaient des lignes dont le croisement indiquait sa présence.
 
Néanmoins, le culte de la Cour, c’est-à-dire de Paris, de sa langue, de sa culture propre - culte qui existait déjà sous l’ancien régime -, ne s’est pas assez estompé pour que cela se manifeste clairement. Le génie national se confond avec l’intelligence des élites, la beauté de la capitale, la richesse des MontpellierPeyrouLouisXIV2_WEB.jpgentreprises, la pureté des institutions… Jamais on ne put l’en détacher; il disparut fréquemment sous l’amas. Or, cela a conduit à sacraliser ce dernier: le rayonnement de ce qu’il recouvrait le faisait luire - et on pensait qu’il brillait de son propre éclat.
 
Mais on agissait déjà de cette façon sous l’ancien régime: le roi était divinisé, au lieu de ne faire que porter le bon ange du pays. On attend toujours que des éléments matériels recoupent entièrement l’élément spirituel qui se tient dans l’ombre. On a ce besoin irrépressible.
 
Saint Augustin disait que, dans la Genèse, lorsqu’il est dit que Dieu créa en principe (in principio) le Ciel et la Terre, il s’agissait en réalité du Ciel et de la Terre sous une forme spirituelle: il créa le principe du Ciel et de la Terre; mais que beaucoup d’esprits trop peu évolués ne pouvaient le comprendre autrement que comme la création initiale du Ciel et de la Terre physiques (ce qui pour lui n’était pas, car sinon le texte eût dit: in primo). Il n’en voulait cependant pas à ceux qui à son idée se trompaient, du moment qu’ils se référaient essentiellement à la Bible. Mais peut-être que notre époque est plus exigeante, la liberté, l’égalité et la fraternité n’étant pas des choses, mais des idées. On ne peut donc plus confondre.

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04/03/2013

Amiel et The Tree of Life

tree_of_life_universe_1-650x333.pngJe lisais Amiel, et un passage de son journal m’a rappelé le beau film The Tree of Life de Terrence Malick: Sentiment de repos, même de quiétude. Silence dans la maison et au dehors. Feu tranquille. Bien-être. Le portrait de ma mère semble me sourire. Je ne suis pas confus, mais heureux de cette matinée de paix. Quel que soit le charme des émotions, je ne sais pas s’il égale la suavité de ces heures de muet recueillement, où l’on entrevoit les douceurs contemplatives du paradis. Le désir et la crainte, la tristesse et le souci n’existent plus. On se sent exister sous une forme pure, dans le mode le plus éthéré de l’être, savoir la conscience de soi. (…) Les choses se résorbent alors dans leur principe; les souvenirs multipliés redeviennent le souvenir; l’âme n’est plus qu’une âme et ne se MESS_2.GIFsent plus dans son individualité, dans sa séparation. Elle est quelque chose qui sent la vie universelle, elle est un des points sensibles de Dieu.

Que le souvenir d’une mère qui sourit au-delà de la mort, par l’intermédiaire de son portrait, fasse entrevoir le paradis et unisse l’âme individuelle à celle de l’univers participe clairement du romantisme.
 
On sait qu’Amiel demeurait passif, face au devoir de créer une œuvre: il manquait de volonté. Pareillement, ici, il donne le sentiment de se dissoudre dans la volupté mystique.
 
Se disant au-dessus de toutes les petitesses, des préjugés nationaux, il assurait que son manque d’énergie venait de ce que, vu depuis la lune ou le soleil, le monde lui semblait dérisoire. Idéaliste, il était prompt à se placer parmi les anges! L’humanité lui paraissait dénuée d’importance: il n’entendait pas assumer jusqu’au bout la sienne. Les images qu’il créait ne font que traverser sa prose enchanteresse comme un vol de brillants flocons; elles ne fixaient pas totalement l’indicible - ne s’ordonnaient pas en figures distinctes: elles n’étaient que des épingles sur le tissu de l’infini.
 
Peut-être est-il à cet égard à rapprocher davantage de David treee.jpgLynch que de Terrence Malick: lui aussi pratique une forme de méditation qui l’amène à se fondre dans la vie divine. Ses images étranges évoluent de façon fragmentaire, reflétant un mystère obscur - mais ne le disant pas. Terrence Malick reprend généralement des figures plus classiques, dont le sens est plus net. Cela le rapprochait de Lamartine, qui s’appuya sur le merveilleux chrétien traditionnel. Amiel au contraire se sentait proche de Schopenhauer, qui se réclamait du bouddhisme. Il invoquait volontiers à son secours la spiritualité orientale, quelque peu abstraite mais si pure, si cristalline! Cela heurte moins l’agnosticisme dominant.

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02/03/2013

Grèce sacrée

École d'Athène.jpgCe que les Occidentaux regardent comme sacré trouve essentiellement sa source spirituelle dans l’ancienne Grèce et dans les lieux que précisément on visite durant un voyage en Grèce: Athènes, bien sûr, où la philosophie est née; Épidaure, qui est l’origine de la médecine; Olympie, pour la culture de la compétition, omniprésente dans l’économie moderne; Delphes, qui est le fondement secret de la politique - car la république romaine elle-même fut fondée dans sa lumière, une fois que Brutus eut été prendre son oracle: la politique, dans l’Antiquité, s’appuyait sur la Pythie, et son silence ne désespéra pas l’empereur Julien sans cause: n’annonçait-il pas la fin de l’Empire romain?
 
deucalion_pyrrha_hi.jpgLe mont Parnasse, par ailleurs, est l’origine de l’humanité actuelle, selon les Anciens, qui disaient qu’après le Déluge, c’est depuis ce noble sommet que Deucalion et Pyrrha avaient repeuplé la Terre. Il s’agit d’une montagne sainte! Du reste, magnifique à voir.
 
En visitant ces lieux mythiques, on apprend que, pour les Anciens, ils portaient réellement des effluves divins: ce n’est pas une légende.
 
L’archéologie allemande, anglaise, française, a déterré ce qui reste de ces sanctuaires comme s’il s’était agi de les arracher au pouvoir ottoman et d’y faire de libres pèlerinages. La Grèce moderne, dont l’économie repose sur l’agriculture, mais dont la richesse dépend du tourisme, a, au fond, aux yeux des Européens, la charge de les entretenir: elle est la gardienne du vieux Temple!
 
Tout y est pur. Elle est la relique d’un monde enchanté. La mer y est plus propre que partout ailleurs en Méditerranée. Les paysages y sont d’une remarquable pureté - les montagnes, les vallées, la végétation même y ont quelque chose du cristal. Ils rappellent à cet égard la Corse - qui fut liée à la Grèce, au temps des Pythagoriciens. Un diamant sorti du fond des âges, si l’on peut dire! Son éclat se décèle encore - notamment dans les musées, qui sont superbes, même si, parfois, le goût du sensationnel donne une importance excessive à telle statue de bronze qu’on a retrouvée en entier et qui, du coup, semble replonger dans un temps révolu, alors qu’à mon avis, l’art n’en est pas toujours georges-dragon.jpgfulgurant. 
 
Les fragments de frontons de temples représentant des héros et des dieux m’ont bien plus impressionné. J"ai vu à Olympie une sculpture d’Énée qui m’a bouleversé. Il était musculeux, avait des cuisses énormes - et semblait vraiment digne de pouvoir affronter des monstres! Toute l’épopée antique et son essence sacrée se déployaient à mes yeux. Et je ne parle pas d’Héraclès, des géants aux queues de serpent: fantastique.
 
Les évocations du paganisme authentique des vieux mystères - au lieu de la version édulcorée qu’on en donne ordinairement - y prenaient vie, transportant d’admiration, semblant ramener du passé cent secrets enfouis! L’ombre des Immortels planait. Même les figures de saint Georges de l’Athènes moderne les reflétaient. De lui, j’ai ramené une icône. Je la contemple fréquemment. Le cheval blanc dominant le dragon rouge est l’élan de l’âme vers le bien. Il donne envie de bondir par-dessus les misères humaines! La gloire attend celui qui en lui-même anéantit le monstre. Le voyage en Grèce est à faire.

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