01/04/2013

L'esprit de dérision à la Scène

don-juan-tenorio3.jpgNotre époque témoigne fréquemment d’une tendance à prendre en dérision ce qu’autrefois on regardait comme noble et sacré, à le ridiculiser. Quand j’étais à la Sorbonne, dès qu’un professeur parlait de la mythologie antique, il avait un sourire en coin, et les étudiants riaient comme s’il était évident que tout y était digne de moquerie. Cela arrive aussi au théâtre, dans les adaptations des vieilles pièces imprégnées à l’origine de religiosité: j’ai vu, une fois, à Annemasse, une adaptation du Don Juan de Tirso de Molina - pièce qui devait encore beaucoup aux mystères du Moyen Âge -, et les comédiens avaient choisi d’en faire une bouffonnerie, rejetant le ton grave qu’elle semble avoir à la lecture.
 
Plus récemment, je suis allé voir Das Rheingold, au Grand Théâtre, à Genève, et la chance de l’opéra est que le mode de déclamation du texte est déterminé par la musique! On ne peut pas être déçu par Rheingold.jpgd’étranges choix… Il suffit que l’exécution soit bonne, et je n’ai pas trop à redire sur ce que j’ai vu, à cet égard. Cependant, dans le choix des accessoires, costumes et décors, la mise en scène a plus de liberté, et on constate alors la même tendance à la dérision, le même décalage entre la gravité de Wagner et la légèreté des artistes. Wotan, par exemple, au lieu d’avoir une lance, avait un long bâton fin et pointu… Alberich, contrairement - à mon avis - à ce que suggère le texte, caressait voluptueusement les ondines, palpait en abondance leur corps - ce qui n’était pas même crédible, car ensuite, elles le rejettent, et on a du mal à voir comment elles font pour lui échapper. Une fois qu’on se 
Salammbô-chez-Mâtho(bronze-Sotheby's).jpglaisse caresser, n’est-ce pas trop tard? Salammbô - dans le chef-d’œuvre de Flaubert -, lorsque Mathô commence à lui prendre les genoux, ne sait plus très bien où elle est, et ses sens s’embrasent, de telle sorte qu’elle le laisse lui faire l’amour, alors qu’elle n’en a jamais eu l’intention. C’est plus réaliste! On a le sentiment que la mise en scène en a fait un peu trop dans le but de plaire à un public habitué aux spectacles sensuels…
 
Cela dit, il reste nécessaire d’aller écouter de l’opéra, car la musique directement entendue, sans passer par un enregistrement mécanique, possède une qualité fabuleuse: on croit voir glisser dedans du cristal vivant, une eau semée d’éclats de couleurs. Elle a une vie que n’a pas la machine. C’est comme la viande congelée: elle perd son essence subtile.
 
Et puis il arrive, même au théâtre, que la diction soit bonne, que le jeu soit grave, digne: j’ai assisté une fois, à Paris, à des représentations de pièces de Corneille dans lesquelles le texte était scandé, les alexandrins prononcés avec vigueur, dans un souci rythmique rehaussé par les situations guerrières, le ton martial des personnages, et c’était magnifique. En particulier pour La Mort de Pompée, qui avait peut-être pour chance d’être peu jouée, de telle sorte que le metteur en scène pouvait donner libre cours à son enthousiasme, à ce qu’il avait ressenti au plus profond de son âme. De fait, la troupe était quasiment inconnue, elle ne se produisait que dans des salles de second ordre…

11:31 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

N'y a t-il pas du ridicule dans les tableaux hérités du passé ?

L'Europe, cette fille de la mythologie grecque, de la décadence romaine, des pouvoirs incestueux se voudrait exempte de toute moquerie ?

Parmi les symboles, un ancien Pape impliqué dans des affaires de garçons de choeur à disposition des Cardinaux en robes rouges !
Je dirais le contraire, il faut encore plus se moquer de ces lambeaux de sacralité tombant en désuétude !

Tirons un bon coup la chasse et faisons table rase de ces exemples tragiques et non comiques !

Une Europe dirigée par des lâches incapables de prendre des décisions, des lâches incapables de couper tous liens avec cette corruption endémique favorisant quelques oligarques, cela fait deux siècle que les USA sont une confédération et pourtant ils parlent tous la même langue !

Non, rien ne sert de vouloir s’agripper aux vielles chimères de ce passé sanglant et pourri jusqu'à la moelle, et si on continue, ça va finir par péter fort, pas comme en 68 dans une pseudo-révolution bobo !

C'est un peu comme ces musulmans éduqués et médecin qui préconise l'excision sur les fillettes !

L'occident et le monde musulman persistent dans des chemins abscons, c'est tout !

Écrit par : Corto | 01/04/2013

En ce cas, pourquoi ne pas créer de nouveaux symboles, dignes de respect? Mais cela ne se fait pas non plus. Il ne sert à mon avis à rien de se moquer des symboles du passé quand on n'a rien de nouveau à proposer. Et puis si les symboles illustrés par Wagner ou Tirso de Molina sont ridicules, après tout, pourquoi les mettre en scène, pourquoi perdre du temps avec eux?

Écrit par : Rémi Mogenet | 01/04/2013

Ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain !

Les artistes n'ont cessés de caricaturer le ridicule quitte à en être également ridicule, même si artistiquement il s'agit de chefs-d’œuvres !

Rémi, ne pas mélanger les arts et les pouvoirs, le sort et le destin !

Ceci dit, même dans l'art, de nombreux vestiges ne font que s'appuyer sur l'absurde et tombe dans le kitch, comme dans l'architecture baroque !

Donc l'art est quasiment toujours en réaction aux dérives sociétales, (mot à la mode), comme Pussy-Riot depuis les extravagances des monarques et de l'église russe !

Maintenant que la plupart des bedeaux d'opéra s'agenouille stupidement devant les oeuvres de Rossini, très bien, mais il serait que le public suisse s'instruise un peu !

Écrit par : Corto | 01/04/2013

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