09/04/2013

Cloud Atlas

cloud2.jpgJ’ai vu Cloud Atlas, des Wachowsky, lesquels j’aime assez. Ils ont traité un sujet difficile et nouveau, et je pense qu’ils l’ont fait avec talent. Les liens entre les vies successives sont de nature morale ou symbolique et cela change des films où l’enchaînement des scènes est purement mécanique et s’appuie sur une conception lourde de la relation de cause à effet - fondée sur le seul matérialisme.
 
Autant que je puisse en juger, la doctrine de la réincarnation telle qu’elle est présente en Orient est restituée, sauf pour les délais entre deux vies: en principe, ils sont longs, et le séjour dans le monde inconnu dure bien plus longtemps que l’autre. On ne va pas directement d’une mort à une naissance comme le fait le personnage principal (joué par Tom Hanks). Il s’ensuit que les films asiatiques traitant de la question se contentent de montrer une seule vie antérieure, située dans des temps bien anciens. Et cela est mêlé à des liens avec de purs esprits - comme dans l’excellent Gingko Bed, qui est coréen.
 
Dans Cloud Atlas, un esprit apparaît dans la dernière époque évoquée, située dans un lointain futur: un cloud.jpgméchant homme, qui a commis bien des crimes, n’apparaît plus que sous la forme d’un démon tentateur. On peut supposer que la femme-clone de la Séoul futuriste devient elle aussi une forme d’esprit, d’ange, puisqu’elle fait l’objet d’un culte: on en voit la figure sublime, gravée dans une sorte de temple, levant un bras vers le ciel, abaissant l’autre vers la terre, et on entend sa voix, comme si désormais elle guidait le personnage principal depuis l’Invisible. En cette individualité, les deux esprits s’affrontent: il doit choisir. J’ai d’ailleurs regretté que cela ne fût pas plus clair, que le clone n’apparût pas à l’écran sous la forme d’une fée ravissante, et qu’elle ne combattît pas directement, à coups d’éclairs d’or, le démon - comme l’ange de la Liberté combat le spectre de la Servitude dans La Fin de Satan de Victor Hugo, le dissipant et l’anéantissant de son éblouissante lumière! Je ne sais pas pourquoi les films américains montrent soit des démons, soit des êtres spirituels bienveillants, mais jamais les deux en même temps, comme si on était obligé d’appartenir à un camp ou à un autre; dans Gingko Bed, la fée et le démon apparaissent bien tous deux: les Asiatiques sont plus logiques.
 
La femme-clone est changée en déesse parce qu’elle a subi le martyre alors qu’elle luttait pour la liberté: cela m’a plu. Ses larmes, au moment de son exécution, m’ont ému. Comme disaient les poètes cloud5.jpgromantiques savoyards, les larmes versées par les héros sont des perles au Ciel!
 
La destinée du personnage principal est quand même un peu chaotique: il s’en sort facilement, après avoir fait des choses terribles. Les Wachowski me paraissent souvent d’un optimisme excessif; comme Voltaire, ils croient à un dieu qui récompense beaucoup et punit peu…
 
Sur le plan cinématographique, il est magique et fascinant que chaque existence ait son genre propre. Tous doivent être pleinement vécus, si on veut évoluer! L’amour de la vie sous toutes ses formes à la fois crée les couleurs distinctes des récits et représente le salut: l’idée est belle.

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