13/04/2013

Degolio XV: l’écrivain voyant

mouches.jpgDans le précédent épisode de cette série, nous avons dit de quelle façon Charles de Gaulle fut intrigué par la présence de mouches nombreuses dans l’immeuble au pied duquel le spectre Solcum lui était apparu, et plus encore par la représentation, au théâtre de la Cité - à Paris -, de la pièce de Jean-Paul Sartre appelée Les Mouches; il pensait que, les écrivains ayant, souvent à leur insu, un don de seconde vue, il pouvait y avoir un rapport.
 
En particulier, ce Sartre lui semblait justement avoir un certain génie pour représenter par ses figures bizarres l’esprit de son temps. S’il était athée, c’était, paradoxalement, à cause de cela: tout proche de l'esprit qui ne cessait de grandir, en France, depuis plusieurs décennies, il en sentait tellement la présence, il en restituait si précisément les contours que le dieu abstrait des chrétiens lui semblait être, en face, pure fumée.
 
Charles se souvint alors d’une étrange idée perçue dans les Confessions de saint Augustin - lesquelles il avait lues récemment: il existait des anges qui n’avaient pas rallié le Christ et qui enseignaient aux Lucifer_az_urral_szemben_(Madach).jpghommes une science ne s’appuyant que sur eux-mêmes. Ils refusaient en quelque sorte de croire en Dieu, n'ayant foi qu’en leur propre intelligence sublime, et, de ce fait, la connaissance qu’ils livraient était géniale - mais froide, dénuée d’amour, vide de substance morale. Elle enorgueillissait tout homme qui y avait accès, car elle était assez profonde pour sembler le placer par-dessus sa propre essence et l’arracher à la matière et à son abominable pesanteur. La condition de l’être humain était comme surmontée par ses perspectives: le surhomme était en vue, la liberté toute proche. L’éternité dormait juste derrière une porte qu’on allait bientôt franchir!
 
La raison détachée des contraintes de la vie matérielle n’allait-elle pas permettre de créer une cité idéale? Lui servirait de base Paris - capitale de la France. Déjà s’y étaient concentrées les forces de l’univers - lesquelles lui avaient fait, au siècle précédent, changer de visage - et, au regard clairvoyant, elle brillait de l’éclat d’un astre! L’être humain, par son intellect délivré des principes contraignants de l'existence, avait saisi l’essence des choses - et il la maniait à sa guise. Par elle, il allait pouvoir créer un monde nouveau! Tout serait transfiguré.
 
Les êtres qui montraient à la conscience de tels horizons étaient réellement grandioses: on ne pouvait le nier. Ils portaient, aux yeux intérieurs de De Gaulle, une amure brillante. Pareille à un miroir poli, elle reflétait ce qui se trouvait devant elle. Or, consciemment ou pas, les philosophes pouvaient y percevoir de véritables mystères, et en restituer, dans leurs écrits, des fragments. Le souffle qui fait aller d’un objet à un œil la lumière d’une image leur parlait, et, voici! ils passaient pour avoir du génie - ce qui n’était pas faux.
 
Sans doute Jean-Paul Sartre était un tel voyant. Il avait, ainsi, fort bien pu distinguer le rayonnement de Solcum… Ce qu’il en est véritablement sera dit une autre fois.

08:52 Publié dans Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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