19/04/2013

Bouvard et Pécuchet et les étoiles

bouvardetpecuchet_bernard_naudin_1930.jpgAu cours de leur cheminement intellectuel, les célèbres falots personnages de Flaubert Bouvard et Pécuchet se posent la question de la vie dans les étoiles: Enfin ils se demandèrent s’il y avait des hommes dans les étoiles. Pourquoi pas? Et comme la création est harmonique, les habitants de Sirius devaient être démesurés, ceux de Mars d’une taille moyenne, ceux de Vénus très petits. A moins que ce ne soit partout la même chose? Il existe là-haut des commerçants, des gendarmes; on y trafique, on s’y bat, on y détrône des rois!…
 
De riches perspectives, qui annoncent plaisamment la science-fiction ordinaire, s’appuyant sur des conjectures vraisemblables, lesquelles soit partent de la nature des astres pour en déduire des spécificités pour les extraterrestres, soit partent de la nature humaine pour en déduire l’identité, l’universalité du fonctionnement des êtres doués de raison. La portée ironique de telles imaginations est assez sensible. Flaubert, à travers ses deux personnages, voulait stigmatiser un mode de raisonnement mécanique, une manière de créer des hypothèses à partir d’idées simplistes. Il faudrait, assurément, observer la part de la science-fiction qui entre dans de tels schémas de pensée. Et parvenir à déceler ce qui en sort, ce qui va plus loin.
 
Si on suit la logique de Flaubert même, on dira que peu importe le sujet: l’important est le style. Les extraterrestres, les habitants des astres seront dignes de l’Art s’ils sont décrits dans le sens du Beau. Lequel pour Flaubert rejoignait, à sa cime, le Vrai.
 
Les Martiens et les Vénusiens deviennent alors, je crois, tirés du cœur humain, mais en gardant un g48.jpgsemblant de logique: comme dans le romantisme allemand, le langage éclaire ce qui vit dans le rêve. Ce n’est pas possible autrement, puisqu’on n’a encore jamais rencontré d’authentiques créatures des étoiles! La seule observation qu’on puisse effectuer vient bien de l’éclat des astres, de leurs couleurs, de leurs formes. On rejoint alors de manière consciente les mythes antiques, qui créaient pour les astres des figures idéales à partir de ce que les poètes ressentaient en les contemplant. Flaubert lui-même a procédé de cette manière avec le soleil, dans lequel son saint Antoine aperçoit Jésus-Christ…
 
C. S. Lewis, tout en concédant beaucoup aux conjectures de la science, créa des figures angéliques et des mondes paradisiaques, sur Mars et Vénus, qui étaient censés s’accorder avec l’atmosphère dégagée par ces planètes au sein de l’âme humaine…
 
La lune de Cyrano de Bergerac - lequel Flaubert admirait - illustre de façon mythologique l’idée qu’elle reflète l’éclat du soleil: les êtres qui y viennent de l’astre du jour, mais ils ont déchu; leur lumière est froide, dénuée d’amour. Et en même temps, ils sont des sortes de messagers, intermédiaires entre les dieux et des hommes… C’est en allant dans l’essence élémentaire que l’artiste peut créer du sublime; juste avant de voir le Christ dans le disque du soleil, saint Antoine avait pénétré de son œil intérieur le monde des Formes Premières…

09:14 Publié dans Exploration spatiale | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Merci pour ce super post, tout en sincérité et partage

Écrit par : kamagra | 20/04/2013

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