27/04/2013

Simples Femmes de Viviane Sontag

sontag_viviane.jpgViviane Sontag est ma marraine au sein de la Société des Auteurs savoyards. Je l’ai rencontrée à Genève, du temps où elle fréquentait feu Charles P. Marie. Comme elle a écrit de belles nouvelles fantastiques, je lui ai tout de suite voué une grande sympathie. En 2012, elle a fait paraître, au Vert-Galant, un roman autobiographique appelé Simples Femmes, qui évoque son enfance et son adolescence en Algérie d’une façon qui n’est pas sans rappeler Un Barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras, mais en beaucoup plus doux, velouté. Car Viviane a un style souple et intériorisé, qui place les choses dans une atmosphère chatoyante.
 
Le sujet est la ruine des modèles de l’enfance, la dissolution d’un monde. Le père se désintéresse de sa femme et va voir ailleurs; il est arrogant, orgueilleux, impatient, et, pendant ce temps, la mère, se pensant responsable, baisse la tête, se résigne, essaie de ne penser à rien. La fille en est indignée.
 
Mais elle aussi apprendra la trahison contre laquelle on ne peut rien, quand le garçon qu’elle a voulu faire attendre a embrassé sa meilleure amie en cachette. Le rêve s’effondre, faisant place au quotidien qui apporte du bon, du mauvais, et qu’on espère voir simplement aller vers le mieux, à mesure que le temps passe. Et comment? Par l’art, en se perfectionnant en musique, ou en développant l’écriture, par laquelle la personne se regarde comme un autre, par laquelle elle se crée un double qui agit d’une façon ferme et logique, à partir d’une conscience claire de ce qu’est la vie. L’identification avec cette figure adoucit la peine, et mène dans le flot de l’existence, dans le rythme du monde.
 
algerie.jpgLe père finalement revient, tête basse, abandonné par sa maîtresse, et l’épouse finit par lui pardonner. La vie reprend son cours ordinaire, dans cette Algérie où l’on ne divorce pas, et où la femme a peu de pouvoir. Si Françoise subit finalement le sort de sa mère, c’est parce que l’amie qui a trahi était une mauvaise fille - légère, inconsciente. Si elle-même n’a pas cédé au garçon qui cherchait à l’embrasser, c’était par respect pour le code moral. D’ailleurs, chez les Arabes, le mariage était décidé par les parents: l’exemple d’une servante que le père vient chercher pour lui faire épouser un homme qu’elle ne connaît pas vient donner une profondeur à ce monde fait de rigueur, dans lequel l’équilibre penchait forcément dans le sens de la retenue, ou de la soumission.
 
En toile de fond, l’Algérie brille de sa chaleur écrasante, de ses indigènes qui vivent au rythme lent des saisons, immergés dans l’atmosphère. J’aurais aimé que des rêves s’enfonçassent davantage dans cette direction, comme dans le Dune de Frank Herbert ou Le Gardien du feu de Pierre Rabhi - qui mêle, aux bruits du désert, les hymnes aux anges, dans le campement bédouin. Mais la fin du livre sonne aussi le glas de la vie en Algérie, avec les évocations des velléités indépendantistes et l’annonce implicite du départ pour la France.
 
Bref, un livre d’une poésie discrète mais authentique.

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