29/04/2013

Terra Mater de Pierre Bordage

terra.jpegJ’ai commencé il y a de nombreuses années la lecture d’un roman de science-fiction de Pierre Bordage, Terra Mater, et ne l’ai finie que récemment. Il m’est souvent apparu comme une succession de beaux passages qui ne suivaient pas un fil parfaitement solide, un peu comme la poésie contemporaine. J’ai l’impression que l’auteur a cherché à créer une intrigue pour justifier son désir de se plonger dans des mondes fabuleux, mais que, en soi, l’intrigue a manqué de le toucher en profondeur.
 
Elle ressemble beaucoup à celles de Dune et de Star Wars. Bordage y a ajouté des préoccupations personnelles; mais j’ai eu un peu de mal avec sa ligne philosophique. Il oppose frontalement le vide absolu à la création, le néant aux couleurs, aux sons, aux formes, et je ne saisis pas vraiment le sens de cette opposition, car je crois que le néant est rempli d’une vie qui produit les couleurs, les sons, les formes. Il a l’air d’en vouloir beaucoup aux religions traditionnelles, qui font selon lui une métaphysique du néant, et de défendre Épicure - parlant glorieusement, en particulier, des voluptés charnelles -, et d’un autre côté, il présente des héros qui vainquent des monstres intérieurs dans la lumière divine. Or, l’Église catholique, par exemple, est représentée symboliquement comme la Vierge cosmique qui écrase la tête du Serpent. Je me suis donc trouvé dans une certaine confusion.
 
A un certain moment, il laisse entendre qu’à l’origine, ces religions avaient été fondées par des gua.jpgspiritualistes purs, et que leur message a été détourné. Mais j’ai un peu du mal à croire que les oppositions entre l'avant et l'après soient aussi tranchées.
 
Je trouve que le bien et le mal ne sont pas très clairement définis. Les idées de l’auteur paraissent suivre des goûts, des tendances personnels.
 
S’il s’était limité à un problème simple, comme dans les tragédies grecques, cela aurait mieux fonctionné; on dirait que l’intrigue établit ses nœuds au fur et à mesure.
 
J’espérais découvrir un auteur qui parviendrait à fonder son imagination dans des principes plus substantiels que les auteurs français de science-fiction qui l’ont précédé, mais je dois dire que j’ai surtout trouvé un écrivain plus abondant. Pas forcément inférieur, du reste, même si je continue à préférer les romans de Michel Jeury.
 
Globalement, les Français ont du mal à s’orienter de façon concrète dans des mondes imaginaires. Quelle en est la cause? Je crois qu’ils sont désorientés, d’un point de vue métaphysique, par le rejet de l’Église catholique qui s’est opéré au dix-neuvième siècle. Très souvent, ils essayent d’organiser leurs mondes à partir de concepts venus d’un peu partout, et qui ont du mal à trouver une cohérence.
 
Mais cela viendra certainement.

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