09/05/2013

Ludwig Tieck et le pays de la Lune

tieck.jpgLudwig Tieck est une des figures les plus importantes du Romantisme allemand. Il a écrit les premières féeries modernes. Il est également l’auteur d’un roman inachevé consacré à un artiste du Moyen Âge dont il dressait le portrait idéal, Franz Sternbalds Wanderungen. Or, regardant la Lune, ce héros a une rêverie visionnaire  véritablement fondatrice, en ce sens qu’elle donne à voir ce qui vit sous le culte de la Lune qui a traversé le Romantisme, d’une part, et que, d’autre part, elle rend manifeste le lien existant entre le Romantisme et la science-fiction.
 
Car la Lune n’est pas chez Tieck un astre mort, mais un pays enchanté, la terre des fées, le monde qui s’étend entre la Terre et le Ciel - le premier seuil du second, mais qui a conservé du premier sa solidité: Le disque de la Lune se trouvait être exactement en face de la fenêtre de sa chambre. Il la considérait avec des yeux nostalgiques. Il cherchait à découvrir parmi les taches de ce cercle étincelant des montagnes et des forêts, des châteaux magnifiques et des jardins enchantés pleins de fleurs inconnues et d’arbres embaumants. Il crut apercevoir des lacs avec des cygnes éclatants et le Helene_glorifiee.jpgpassage de bateaux, une coque qui le portait lui et sa bien-aimée, et tout autour de charmantes nymphes qui soufflaient dans des conques recourbées et leur tendaient dans leur barque des fleurs marines. Hélas! là! là! cria-t-il, se trouve peut-être le lieu de repos de toutes les nos nostalgies et de tous nos désirs. Une douce mélancolie et un tendre ravissement viennent s’emparer de nous quand la calme lumière s’élève pleine et dorée jusqu’au ciel, et qu’elle répand sur nous son éclat d’argent. Oui, le ciel nous attend, il nous prépare notre bonheur, et il jette un regard mélancolique jusqu’à nous, afin que nous puissions encore demeurer parmi le crépuscule de la Terre.

La Lune est le lieu où la mythologie est encore vivante. Ses habitants parlent aux hommes: ils leur promettent le bonheur. Cela correspond à ce dont parlait déjà Cyrano de Bergerac, qui plaçait sur l’astre des nuits le paradis terrestre et les démons inspirateurs des philosophes antiques, les fées, les êtres élémentaires, et qui les disait confinés à présent sur la Lune, mais toujours aptes à faire parvenir aux mortels leurs ondoyantes et géniales pensées. La différence étant que Tieck n’est pas ici dans la plaisanterie; en vrai Romantique, il est dans l’aspiration au divin, plein de gravité et de dévotion pour la beauté du satellite d’argent! Elle est pour lui véritablement une porte vers le sublime.
 
Le Romantisme fut d’abord la liberté de prendre l’imagination au sérieux. Les liens qu’il entretient avec la science-fiction sont ainsi manifestes.

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