11/05/2013

Le roman du mystérieux Docteur Cornélius

cornelius.jpgOn se souvient peut-être que, dans Bourlinguer, Blaise Cendrars fait l’éloge de Gustave Le Rouge et de son roman du Mystérieux Docteur Cornélius, dont il aurait convaincu l’auteur qu’il était une œuvre de haute poésie en détachant des phrases de l’ensemble et en les publiant précisément comme un recueil poétique. Or, tout récemment, j’ai achevé la lecture de ce feuilleton sans fin, qui est bondissant et fait se croiser les destins de personnages dans un cercle digne de celui que Jean-Pierre Melville a dit rouge… Cette façon de lier les existences est propre au roman populaire, et était déjà présente dans Les Misérables de Victor Hugo: par delà l’apparence de réalisme, on est dans le mythologique.
 
Cela dit, Blaise Cendrars a raison, Le Rouge a de belles pages sur New York, le train, les gratte-ciel et les machines - auxquelles il attribue toute sorte de prodiges bien illusoires et naturellement destinés à porter l’humanité vers l’Idéal! Par exemple, il affirme qu’avec des champs électriques on peut faire croître les légumes jusqu’à des volumes énormes et ainsi nourrir toute la planète sans problème. Aujourd’hui, on est un peu plus sceptique. Le vivant n’est pas réductible à des formules mathématiques ou à des forces calculables, et se nourrir ne consiste pas simplement à se remplir le ventre. Mais le discours de Le Rouge n’a pas disparu: cela va de soi. Au reste, personne ne souhaite qu’il reste dans le monde des foyers de famine. On est donc toujours prompt à accorder foi à ceux qui promettent qu’il n’y en aura plus, et qu’ils en ont trouvé le moyen!
 
dvd_tintin_03_01.jpgLe Mystérieux Docteur Cornélius n’est pas très original dans ses conceptions, mais il est sympathique et facile à lire, et il a dû avoir un grand succès de son temps, car on reconnaît l’ambiance des bandes dessinées célèbres que sont Tintin et Blake et Mortimer. L’idée des cercueils flottants sur la mer, qu’on peut trouver dans Les Cigares du Pharaon, était déjà chez Le Rouge, et même le nom du professeur Tournesol. Ce livre a marqué les esprits plus qu’on ne pourrait le penser: il appartient au folklore français, et comme la littérature populaire n’est rien d’autre que l’insertion du folklore dans la langue écrite, il est aussi un des fondateurs de la littérature populaire en France. La différence avec les conteurs anciens étant que son nom a pu être imprimé! On s’en souvient encore…

07:39 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour, c'est un très bel article, fort intéressant, et je vous en remercie. Je regardais la mini-série dans les années 80. Pour mon site, je suis en train justement de préparer un petit article sur cette série, et j'apprends ici qu'elle est issue d'un roman (merci le Club des Savanturiers) que je n'ai pas lu.

M'autoriseriez-vous svp à mettre un lien sur mon article vers le vôtre, afin que nos visiteurs puissent se faire une idée du roman ?

Mon site est suisse, et il a pour sujet la SF et l'Imaginaire.

Cordialement
Koyolite Tseila

Écrit par : Koyolite Tseila | 19/05/2013

Bonjour,

Naturellement je le permets, c'est moi qui suis flatté. Merci de votre commentaire.

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/05/2013

Les commentaires sont fermés.