21/05/2013

Visite dans l’imaginaire de nos châteaux

bocklin45.jpgDimanche prochain, 26 mai, à 16 h, au château de Clermont-en-Genevois, j’effectuerai une visite guidée de l’exposition qui y a actuellement lieu, sur la représentation des châteaux de Haute-Savoie dans les arts. En ce qui me concerne, je suis responsable de la partie sur la littérature, qui évidemment est la moins spectaculaire; mais il y a des bornes auxquelles on peut se brancher pour écouter des extraits d’écrivains. La visite guidée consistera à passer devant les images et à entendre, par moi, présenter et lire d’autres extraits encore, ou les mêmes, car certains sont incontournables.
 
Or, la littérature fait en réalité comme la peinture: elle crée des images, soutenues ou tissées mystérieusement par le rythme des phrases - ou des vers, lorsqu’ils sont présents. Elle fait entrer plus clairement dans un monde d’images intérieures, la peinture les ayant placées à l’extérieur de soi, et ne les créant à l’intérieur que par réfraction. Cela donne à l’art des mots une liberté supplémentaire, et des possibilités insoupçonnées, tandis que l’image plastique est plus limitée. Quand j’étais jeune, je dessinais et peignais, en même temps que j’écrivais, et j’ai choisi l’écriture à cause de cela. Le monde poétique est plus difficile d’accès que le monde plastique, mais il est, à mes yeux, plus profond.
 
Les auteurs ont créé une véritable mythologie des châteaux. Le seul qui soit bien connu est Victor Hugo, pour la Haute-Savoie, mais il en est d’autres que j’aime infiniment, à commencer par le Savoyard Jacques Replat, injustement méconnu, un romantique qui avait le sens de la nostalgie du monde divin, ce que les Allemands ont appelé Sehnsucht. Il regardait les châteaux, et en lui surgissaient des légendes, des êtres fabuleux, des énigmes, ouvrant l’âme aux lointains, la tirant vers une vie inconnue. Proche à cet égard d’un Gérard de Nerval, il sut garder assez d’humour et de Hugo_Chateau.jpgmodestie pour demeurer dans les bornes de la raison. Mais d’autres écrivains seront présents, qui avaient aussi du charme, et ont ramené avec poésie les vieux souvenirs, ou créé de nouvelles figures.
 
La visite se fait sur réservation. On trouvera les renseignements nécessaires ici.
 
J’ajoute qu’on vend sur place un catalogue de l’exposition, dans lequel se trouve un texte sur le sujet que j’avais en charge, exposant ma problématique, celle de savoir si les images liées aux châteaux étaient arbitraires, ou si la forme même des châteaux soit les faisait naître, soit les faisait choisir parmi les motifs ou archétypes qui dorment au-dessous de la conscience. On sait que Victor Hugo par exemple pensait que les lieux mêmes suscitaient dans l’âme les images fabuleuses que le poète y plaçait: qu’il y avait quelque chose d’objectif dans la création mythologique. Je dois dire que c’est plutôt la solution que j’ai retenue: la silhouette d’un édifice inspire déjà un sentiment qui oriente l’invention.

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