04/06/2013

Vamireh, roman préhistorique

vamireh-200442.jpgOn connaît La Guerre du feu, chef-d’œuvre du roman préhistorique écrit par J. H. Rosny aîné, mais le premier du genre est Vamireh, que le même écrivit et que j’ai lu récemment. Les frères Rosny ont essayé de créer des épopées scientifiques en imitant, dans son style, Victor Hugo, et en exploitant les récentes données de la paléontologie - mélange de réalisme et de romantisme qui fonctionnait sans doute mieux dans Salammbô, de Flaubert, parce que celui-ci pouvait s’appuyer sur des écrits antiques, toujours chargés de mythologie, tandis que les Rosny s’appuyaient sur la seule science moderne, presque toujours aride, prosaïque. L’écart entre les termes techniques qu’ils emploient et leurs métaphores sidérales crée parfois une impression burlesque. Les peuples par exemple sont nommés d’après la forme de leurs crânes, non d’après leurs idoles, et cela réduit tout de suite la perspective!
 
Cependant, le livre ne manque pas de souffle: les scènes de bataille sont bien racontées; elles rappellent H. Rider Haggard et Robert E. Howard, maîtres de l’épopée barbare! Les Rosny ne sont sans doute pas indignes d’eux.
 
Ils ne manquent pas d’une certaine grandeur philosophique, également: dans leur récit, l’Évolution tient lieu de Providence. Elle agit dans les âmes à l’insu des personnages, leur donnant des désirs qui les poussent à se mêler fructueusement les uns aux autres, à s’élever moralement - à lever les yeux vers les astres, ouvrant leur cœur aux mystères de l’infini! Dans ce monde dominé par les sensations, l’appel de l’Avenir n’est jamais vraiment conscient: comme chez Joseph de Maistre, l’Histoire meut les hommes en créant en eux des aspirations obscures et en se servant d’eux comme de rouages.
 
Il est du reste dommage que leurs rêves ne soient pas décrits: on reste à la surface. Les Rosny sont d’ailleurs contradictoires, à cet égard, disant tantôt que la conscience alors était dominée par les 014hzdenekburnbg.jpgperceptions sensibles, tantôt que les rêves contenaient déjà les germes des futures religions. Il est pour ainsi dire étrange que, le jour venu, les ayant complètement oubliés, ils ne soient plus que dans les perceptions physiques!
 
Cependant, c’était la doctrine qui dominait l’Université - et, je crois, ça l’est toujours. Owen Barfield lui a pourtant fait un sort, montrant que plus on remontait dans le passé, plus la littérature mêlait les rêves - les images intérieures -, à la réalité extérieure: le sens de cette dernière est en fait récent. Naturellement, on peut toujours postuler une forme de conscience antérieure aux écrits les plus anciens. Mais elle est attestée surtout à notre époque! D’ailleurs, si celle-ci retrouve la plus ancienne, peut-on encore parler d’évolution? Ce serait plutôt l’Éternel Retour de Nietzsche!
 
Au demeurant, peut-être bien que les hommes préhistoriques agissaient corporellement comme dans le roman, qui procède des principes du Naturalisme: je ne sais pas. Mais je trouve le Naturalisme réducteur, de toute façon: l’humanité y manque de respiration; on y reste à la surface.

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