22/06/2013

Gérard Klein et la planète mystérieuse

Der_Planet_mit_den_sieben_Masken.jpgGérard Klein a fait paraître dans ses Histoires comme si… une nouvelle assez étrange, appelée La Planète aux sept masques, qui fond la science-fiction dans le symbolisme. Un homme du futur pénètre dans une planète dominée par le chiffre sept (qu’on sait être sacré): sept portes y mènent, elle a sept lunes, et ses habitants se séparent en sept classes, selon les masques qu’ils portent. Le lien avec les sept voyelles du langage universel est mentionné.
 
Le héros se demande ce que signifient en particulier les masques qui sont d’or, de rubis, d’argent, d’onyx, ou de nacre… Les lunes ont, curieusement, les mêmes teintes.
 
Soudain lui parvient l’extraordinaire demande d’un local qu’il enlève lui aussi son masque! Il ne comprend pas: il n’en porte aucun.
 
Finalement, un des masques lui ôte son visage. Cela ne lui procure aucune douleur. Au contraire, il sent mieux l’air frais. Mais il n’ose se regarder dans le reflet d’une fontaine qui envoie non loin ses gouttes multicolores. Le récit s’achève sur cette énigme.
 
Non seulement il est plein de symbolisme, mais il est d’une grande poésie: les couleurs y sont nombreuses et flamboyantes, l’air est rempli de voiles flottants, d’étincelles; cela rappelle les visions psychédéliques dont fut si souvent remplie la science-fiction à son âge d’or.
 
Cependant, je ne crois pas qu’on puisse dire que cette nouvelle soit complètement mythologique, car Klein reprend l’antienne agnostique du mystère qu’il ne faut en aucun cas déflorer, et qui vaut mieux, dit-il, que la  découverte. Or, la mythologie s’est faite dans l’esprit que si l’on pénétrait le mystère, on le ressentait mieux que si on n’y entrait pas du tout. Il n’est jamais possible de tout dévoiler; mais, paradoxalement, l’ampleur du mystère se décèle plus profondément quand on en franchit la première porte: alors seulement son caractère infini se vit - au lieu de ne faire que se concevoir, de n’être qu’une idée.
 
Il faut quand même remarquer que le tableau symbolique de Klein contient une bizarrerie: traditionnellement, aux sept voyelles et aux sept caractères mystérieux de l’âme humaine, on liait aussi amcl123.jpgles sept planètes connues. Le fond du mystère était dans les visages des esprits reliés à celles-ci, leur forme. On s'efforçait de les peindre sous les traits d'êtres grandioses, divins - images qui n'étaient elles aussi que des masques, sauf à tomber dans l'idolâtrie. Car naturellement, par delà, il était d’autres mystères; cela se poursuivait à l’infini.
 
En déplaçant cette idée dans une planète munie de sept lunes, Klein ramène-t-il - consciemment ou non - la configuration d’une Terre dont on pensait que les planètes n’étaient justement que des lunes? Il est troublant que l’espace copernicien serve d’occasion à la reconstruction, sur une planète inconnue, de l’ancien système!
 
Mais c’est d’une grande beauté, et, malgré tout, cela montre à quel point la science-fiction s’est servie des possibilités de la science moderne pour créer une mythologie nouvelle - ou du moins, un espace symbolique dans lequel de la mythologie pouvait s’insérer. On s’apercevra, quelque jour prochain, de la grandeur de certaines nouvelles de Gérard Klein.

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