12/07/2013

André Chénier et l’exploration spatiale

André_de_Chénier.jpgDans ses vers, André Chénier illustra l’essor des sciences au dix-huitième siècle. Disciple de Voltaire, enfant des Lumières, il voyait dans la connaissance un secret de transfiguration intérieure. Il se voyait conquérant en pensée le ciel, explorant ses mystères, sondant ses obscurités:
 
Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon,
Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton,
La ceinture d'azur sur le globe étendue.
Je vois l'être et la vie et leur source inconnue,
Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants;
Je poursuis la comète aux crins étincelants,
Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;
Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses.
Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux;
Dans l'éternel concert je me place avec eux:
En moi leurs doubles lois agissent et respirent;       
Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent; 
Sur moi qui les attire ils pèsent tour à tour.
Les éléments divers, leur haine, leur amour,
Les causes, l'infini s'ouvre à mon  œil avide.
Bientôt redescendu sur notre fange humide, 
J'y rapporte des vers de nature enflammés,
Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés.
 
En rien il ne se contentait d’évaluer intellectuellement les poids et les nombres: il voulait sentir en lui les forces universelles, les pensant agissantes jusque dans l’âme. Il se conçoit astre lui-même, et voit dans les éléments non pas de simples mécanismes passifs, mais aussi la haine et 9_Nebuleuse_de_la_tete_de_c.jpgl’amour. Déjà panthéiste, il annonce Teilhard de Chardin, qui regardait chaque atome comme doué de psychisme! Cela renvoie probablement à sa culture grecque: les anciens concevaient les choses de cette façon. Cela se lit chez Empédocle.
 
À l’œil avide de l’explorateur cosmique se dévoilent non seulement les mouvements intimes des éléments, mais aussi leurs causes, et l’infini! Alors, vibrante de force divine, l’âme redescend et compose des vers. Le chemin de la connaissance a traversé la nappe spirituelle de l’univers, et le cœur en est revenu grandi. Cette conception mystique de la science était alors assez nouvelle, la religion ne regardant comme mystique que le chemin moral. On songe à Goethe. Mais Chénier ne crée pas de figures pour donner à voir les causes secrètes des choses, ou l’infini. Il en reste, à cet égard, à la fable antique, qu’on n’assimilait plus à la nature, mais à de la rhétorique. On ne peut pas dire de lui qu’il était déjà romantique au plein sens du terme, même s’il y tendait.
 
Bientôt, dans des poèmes tels que Plein Ciel, Hugo allait peupler d’imaginations grandioses les mêmes principes, faisant évoluer la poésie vers ce que je crois être son essence propre…

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