29/07/2013

Gérard Klein et la gloire d’Uranus

uranus2.horo_thumb.jpgDans sa nouvelle Le Cavalier au centipède (du magistral recueil Histoires comme si…), Gérard Klein raconte la magnifique histoire d’un certain Jerg Hazel, représentant sur Uranus conquise de la Loi, du Droit et de la Constitution, qui, pour arrêter des trafiquants d’esclaves, s’emploie à se rendre maître de l’unique être vivant de la planète: le centipède, appelé ainsi parce qu’il a d’innombrables pattes portant sa masse énorme, le faisant ressembler à une montagne. Ce héros rattache son corps à un circuit électrique, et peut ainsi le diriger; car il n’est qu’un animal poussé de l’extérieur, dit Klein, par des impulsions cosmiques, émané des lunes! Les impulsions électriques sont spontanément assimilées à ces ondes venues d’en haut par le monstre. Gérard Klein a assuré que la science-fiction projetait dans l’inconnu les théories scientifiques matérialistes, et je trouve étonnant qu’il ait pu faire émaner les impulsions animales des corps célestes! Cela rappelle plutôt Mesmer et son magnétisme animal relié aux astres - lequel l'Académie de Médecine, à Paris, a déclaré non valide parce que non vérifiable par l'expérience physique. Au reste, je ne laisse pas de regarder cela comme très beau, et j'ai souvent l’impression, en lisant Klein, qu’il n’a jamais vraiment suivi, lorsqu’il écrivait, les préceptes précis qu’il devait énoncer plus tard - et qu'en réalité, il a très bien fait.
 
Peut-être a-t-il voulu seulement dire que l’imagination devait être intelligente, et qui peut sur ce point le contredire? Car même quand elle f8-frank-r-paul-life-on-uranus-600x803.jpgranchit les limites du visible, l’imagination doit rester cohérente, avoir une logique propre.
 
La planète Uranus, par ailleurs, est décrite de façon très poétique, avec des lacs d’ammoniaque immenses et des montagnes de glace violette. Il y a des marais qui mêlent les gaz et les couleurs décomposées, sont pure nourriture, mais sont dénués d'organismes vivants. Pourtant, en principe, me semble-t-il, ce qui est sans vie ne peut pas pourrir. Quand le savant romantique allemand Gottfried Heinrich Schubert disait que le minéral entrait en putréfaction, il estimait en réalité qu'il était vivant, quoique d'une manière plus lente, plus sourde que le végétal ou l'animal. Il considérait que les mouvements propres au minéral étaient les mêmes que ceux de l'organique - et la pourriture de la roche était à ses yeux constituée par les métaux: elle les faisait naître. Gérard Klein a-t-il voulu, obscurément, faire écho à cette idée géniale, quoique contraire en réalité au matérialisme? Refuse-t-il d'être plus précis, dans ce qu'il doit au romantisme scientifique, pour éviter d'être taxé de spiritualisme? Cette allusion à un marais inorganique est étrange. Elle tend à confirmer l'idée, à laquelle je crois, que la science-fiction réintègre le romantisme en le projetant sur d'autres planètes ou dans le futur pour se mettre à l'abri des critiques de la science positive. D'ailleurs, Klein affirme, à un certain moment, que la science est en réalité dominée par des préjugés, des intuitions, des convictions irrationnelles. Point de vue éminemment romantique! En soi, néanmoins, ce marais demeure mystérieux, Klein ne disant pas que les métaux y naissent, et le présentant même comme un phénomène unique au sein de tout le système solaire! Ce qui, à mon avis, n'a pas de vraisemblance.
 
Les motivations de Jerg Hazel - le culte qu’il voue à la Constitution - me paraissent également mal fondées. Personnellement, je crois que les exploits, les miracles, ne sont possibles qu’à partir du sentiment d’une justice vivante, agissant par elle-même, présente au sein même de l'univers. Le culte de lois écrites me semble trop faible. Gilliatt, dans Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo, domptait les forces de la nature par la technique, mais il était mû par le désir d'épouser une jeune fille que le propriétaire du bateau à renflouer lui avait promise: les intelligences invisibles le manipulaient; en secret, elles favorisaient le progrès humain! Cela me paraît plus subtil, et plus grandiose.
 
Néanmoins, cela n’a pas de rapport avec Uranus en particulier. Et cela n’empêche pas la figure de ce dompteur de montagnes d’être inoubliable et le récit de Klein d’être magnifique!

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27/07/2013

Super-héros, symboles nationaux

Statue-de-la-Liberté.jpgOn voit apparaître en France des super-héros qui, sur le modèle américain, se lient aux symboles nationaux par leurs costumes, leurs attributs. En particulier, le drapeau français et la tour Eiffel reviennent comme pendants mécaniques du drapeau américain et de la statue de la Liberté. Cela me semble problématique, du point de vue de l’art, car le drapeau américain contient des étoiles bien pratiques pour décorer les costumes, et la statue de la Liberté a une humanité qui la rapproche des anciennes déesses - tandis que la tour Eiffel est abstraite, ne renvoie pas à un objet connu, est purement mathématique dans ses lignes. Un tel choix risque de laisser les super-héros français au-dessous de leurs homologues américains. On peut néanmoins y remédier, en se concentrant sur des figures qui rappellent la statue de la Liberté - par exemple le génie de la Liberté de la colonne Vendôme, place de la Bastille, ou Marianne, dont le buste orne les mairies. Quant au drapeau, on peut songer aux écussons de villes ou de régions, qui sont toujours pleins d’ornements particuliers. D’ailleurs, les étoiles du drapeau américain désignent précisément les États fédérés: elles manquent, sur la bannière française!
 
Il apparaît ainsi comme nécessaire d’être moins lié que les États-unis aux symboles les plus voyants. Du reste, c’est dans la logique des choses. Le super-héros n’est pas réellement lié à l’État. Il agit dans la marge, dans le secret de la nappe d’éther où baignent les âmes. Aux États-unis, où le système est fédéral et décentralisé, où l’activité humaine est peu nationalisée, le détachement vis-à-vis de la sphère politique va de soi; en France, il ne peut pas en être ainsi. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison que les symboles de la nation française sont abstraits: un État centralisé l’est aussi. 
 
La statue de la Liberté, n’est-ce pas, ne se dresse pas dans la capitale administrative: seulement dans la plus grosse ville du pays. En France, les deux se confondent! De là la différence avec la tour Eiffel.
 
S’il veut se déployer librement, le super-héros français doit donc éviter ce qui est trop typique, trop consacré - et qui est en même temps trop abstrait.
 
Cela risque d’être difficile, la culture française tendant presque systématiquement à l’intellectualisme; on ne pourra pas toujours empêcher une certaine dignité excessive, une propension à la métaphysique. Dans le meilleur des cas, comme souvent on l’a vu en Allemagne, cela peut, du reste, apporter un plus. Mais il faut rester vigilant et demeurer conscient de ce qui distingue les Français des Américains: toute mythologie s’appuie sur l’image, tout rêve éveillé, sur la couleur.

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12/07/2013

André Chénier et l’exploration spatiale

André_de_Chénier.jpgDans ses vers, André Chénier illustra l’essor des sciences au dix-huitième siècle. Disciple de Voltaire, enfant des Lumières, il voyait dans la connaissance un secret de transfiguration intérieure. Il se voyait conquérant en pensée le ciel, explorant ses mystères, sondant ses obscurités:
 
Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon,
Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton,
La ceinture d'azur sur le globe étendue.
Je vois l'être et la vie et leur source inconnue,
Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants;
Je poursuis la comète aux crins étincelants,
Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;
Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses.
Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux;
Dans l'éternel concert je me place avec eux:
En moi leurs doubles lois agissent et respirent;       
Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent; 
Sur moi qui les attire ils pèsent tour à tour.
Les éléments divers, leur haine, leur amour,
Les causes, l'infini s'ouvre à mon  œil avide.
Bientôt redescendu sur notre fange humide, 
J'y rapporte des vers de nature enflammés,
Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés.
 
En rien il ne se contentait d’évaluer intellectuellement les poids et les nombres: il voulait sentir en lui les forces universelles, les pensant agissantes jusque dans l’âme. Il se conçoit astre lui-même, et voit dans les éléments non pas de simples mécanismes passifs, mais aussi la haine et 9_Nebuleuse_de_la_tete_de_c.jpgl’amour. Déjà panthéiste, il annonce Teilhard de Chardin, qui regardait chaque atome comme doué de psychisme! Cela renvoie probablement à sa culture grecque: les anciens concevaient les choses de cette façon. Cela se lit chez Empédocle.
 
À l’œil avide de l’explorateur cosmique se dévoilent non seulement les mouvements intimes des éléments, mais aussi leurs causes, et l’infini! Alors, vibrante de force divine, l’âme redescend et compose des vers. Le chemin de la connaissance a traversé la nappe spirituelle de l’univers, et le cœur en est revenu grandi. Cette conception mystique de la science était alors assez nouvelle, la religion ne regardant comme mystique que le chemin moral. On songe à Goethe. Mais Chénier ne crée pas de figures pour donner à voir les causes secrètes des choses, ou l’infini. Il en reste, à cet égard, à la fable antique, qu’on n’assimilait plus à la nature, mais à de la rhétorique. On ne peut pas dire de lui qu’il était déjà romantique au plein sens du terme, même s’il y tendait.
 
Bientôt, dans des poèmes tels que Plein Ciel, Hugo allait peupler d’imaginations grandioses les mêmes principes, faisant évoluer la poésie vers ce que je crois être son essence propre…

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08/07/2013

Mystères républicains

assemblee_nationale1.jpgJoseph de Maistre disait que la république projetée par les révolutionnaires français revenait à créer une poignée de républicains et des millions des sujets, comme à Rome. Il reprochait notamment aux parlementaires de ne représenter que la nation au sens abstrait, sans avoir de compte à rendre aux électeurs. À ce sujet, il se résigna même à citer Rousseau - qu’il détestait, mais qui, comme on sait, rejetait le système représentatif. Maistre en arrive à affirmer qu’avec le système que la république française a adopté, les particuliers et les régions ont encore moins de pouvoir que sous la monarchie.
 
Victor Hugo assura qu’en 1793, sur l’Assemblée nationale, avait soufflé un vent divin: rendre compte aux électeurs était donc inutile…. L’infaillibilité présidait forcément aux délibérations! Le mouvement que fait le Peuple en votant était comme imprégné de grâce magique: émanant de l’inconscient - de la masse -, il créait une sorte de feu sacré dans le lieu de réunion - il y plaçait l’esprit saint!
 
Pour Maistre, ce dernier n’était que dans l’Église catholique, et donc se reflétait sur le front du Roi très chrétien, oint à Reims. Louis XV avait pourtant été en toute conscience parfaitement impie, et ses successeurs ne furent pas très différents. Louis XVIII n’avait que peu de foi religieuse. Dans la noblesse, on lisait surtout couronnement_napoleon_gr.jpgVoltaire et Diderot. Le parti religieux était pratique, parce qu’il sacralisait le pouvoir des élites; mais au sein de celles-ci, on en riait, et de cela a dû naître la légende des apôtres qui ne se disaient inspirés par la divinité que pour mieux en imposer au peuple, ainsi que le raconte Rousseau dans son Contrat social.
 
Le système français actuel est hybride: l’oint de l’élection est donné à un seul homme, lequel est censé croire sincèrement à ce qui le relie au peuple. Le fait-il? C’est aléatoire. Dans les faits, le peuple n’a pas les moyens de contrôler que le Président de la République exécute réellement son programme.
 
Mais la mystique présidentielle instaurée par De Gaulle allait au-delà des programmes: il s’agissait d’une relation psychique entre le monarque élu et la nation qui ressortissait à l’indicible. Or, on peut se demander ce qu’il en reste. Le peuple est plutôt fasciné par Paris, la tour Eiffel: le mythe de la cité-lumière. Le centralisme est défendu au nom de l’égalité républicaine, alors que tout le monde sait très bien qu’il donne un statut spécial à la capitale - statut qui fait de la France l’un des pays d’Europe où les inégalités sont les plus grandes: entre Paris et les provinces les plus pauvres, le fossé est énorme. Or, Rousseau rejetait le centralisme et affirmait qu’aucune ville ne devait prévaloir sur les autres dans une république égalitaire.
 
solcum17.jpgIl existe également une sorte de fétichisme en direction des réalisations des grandes entreprises nationales: les avions, notamment, font l’objet d’une sorte de culte. Mitterrand y participait, en affirmant que depuis les hauteurs d’azur, il voyait les dieux! Le peuple a besoin de cristalliser dans des images précises son sentiment intime.
 
Serge Lehman a pensé répondre à cette attente en créant un super-héros pour l’Île de France, l’Optimum. Je crois aussi que c’est à l’art, et non à la technologie ou à la politique, de matérialiser le rêve, et de donner à voir le génie national.

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06/07/2013

Degolio XX: le mystère de l’Enclume

1485010540_3e62f76274_b.jpgDans le dernier épisode de cette angoissante série, j’ai raconté comment Docteur Solcum - ainsi qu’on l’appelait parmi les siens, les génies qui habitent la sphère de la Lune -, avait vaincu, sous l’impulsion patriotique de Charles de Gaulle, trois terroristes qui avaient détourné un avion de la compagnie nationale française, et parlé avec leur chef, dans la radio de l’engin.
 
Une fois la conversation finie, le héros médita quelques instants sur ce qui lui avait été révélé: que le chef des terroristes avait une base sous une enclume! Mais il s’agissait d’une énigme. L’être qui se nommait lui-même Fantômas s’était exprimé dans la langue des ombres, lesquelles parlent en rébus. Il fallait comprendre qu’il s’agissait de la montagne de l’Alcudina, en Corse, au sein de l’Alta Rocca - dans la commune de Zicavo. En langue locale, en effet, l’alcudina désignait l’enclume; le reste n’était  point difficile à comprendre: pour les esprits invisibles, une île est une sphère, et toute forme est belle: la beauté et la forme se confondent. Il s’agit pour eux d’une substance, non de quelque chose d’abstrait, comme ça l’est pour les humains. À leurs yeux, elle est semblable à de l’eau; c’est par elle que brillent les choses au regard de l’homme mortel: elle les imprègne comme une grâce, comme un ruissellement lumineux. Son essence est enchantée. Elle est la liqueur par laquelle toute chose se transfigure! Et d’elle est née la légende de l’élixir de jouvence…
 
Or, dans les parages de Zicavo, dit-on, le brouillard qui s’élève contient toujours des vampires et des dyn006_small150_400_681_jpeg_2502298_4ce101c2f2b6a75b8bf982a098fc3f0d.jpgspectres assoiffés de sang, ainsi que des goules que dans le pays on appelle streghe - longues, hâves et bleues, et qui dévorent impitoyablement toutes les âmes qui s’égarent. Sans doute leur nom vient-il des stryges des Anciens! Nul hasard n’avait amené ce brigand qui connaissait le langage occulte - et donc était sans doute un sorcier -, à s’installer dans les profondeurs de cette enclume
 
Sur elle néanmoins des anges avaient forgé leurs lames de foudre: on dit que saint Pierre apparut à deux hommes poursuivis par d’autres qui cherchaient à les tuer, afin de les sauver et leur montrer comment se réconcilier avec leurs ennemis. Car les armes des anges sont souvent celles de la paix et de la bonté, de l’amour. Toutefois leur colère, dit-on, crée des ombres maléfiques; elle survient quand les mortels commettent des fautes qui les révoltent.
 
Solcum demanda, quoi qu’il en soit, aux pilotes de l’avion s’ils pouvaient ligoter le terroriste demeuré en vie, le tenir en respect, et reprendre leur chemin initial; et comme ils lui assurèrent qu’ils maîtrisaient la situation, il se volatilisa, et se matérialisa à nouveau au dehors, au-dessus des nuages. Alors il ordonna à son bâton de se diriger vers la Corse, et voici! le bâton s’exécuta - car il était doué de vie propre. Le héros n’eut plus qu’à se laisser entraîner. Et, bientôt, il arriva en vue de l’île de beauté. Puis, il se posa sur la cime de l’Alcudine!
 
Or, ce qui advint sera dit une fois prochaine.

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04/07/2013

La Rusalka au Grand Théâtre

web_Rusalka_CreditVincentLepresle--672x359.jpgJ’étais allé voir L’Or du Rhin au Grand Théâtre et avais été un peu déçu par la mise en scène, pas toujours très fidèle à ce que Wagner avait indiqué dans ses livrets, et je m’étais dit qu’il fallait réessayer un opéra mythologique pour me faire une idée plus nette de l’état de la culture officielle - pour voir si réellement, comme j’ai tendance à le croire, on est en Europe radicalement hostile à la mythologie, malgré le romantisme qui avait essayé de la remettre à l’honneur en s’arrachant au carcan du rationalisme.
 
Je suis donc allé voir La Rusalka, dont la musique est de Dvorak. La présentation du Grand Théâtre était surtout historique - et alléchante, puisqu’elle disait que cette œuvre s’appuyait sur La Petite Sirène d’Andersen, mais en la transposant dans le contexte folklorique tchèque, et que, à cause de cela, elle était devenue, à Prague, le symbole de la renaissance de la culture nationale. Rien de plus romantique, en somme!
 
Mais, pour le metteur en scène, visiblement, le monde des esprits élémentaires n’a rien de réel, ni de concret, d’authentique; les histoires de jeunes prostituées qui essayent de devenir les épouses de bons Rusalki.jpgbourgeois sont bien plus intéressantes. Car pendant que les chanteurs évoquaient le monde fabuleux des ondines, ils jouaient, avec un décor approprié, une scène profondément différente.
 
Liberté du metteur en scène, dira-t-on. Mais pourquoi s’arrêter là? Pourquoi ne pas aussi modifier le texte, et même la musique? Pourquoi ne pas faire son propre opéra? A-t-on peur que la référence à un grand nom disparaissant, plus personne n’aille le voir?
 
Prétendre, éventuellement, que la vérité de ce conte est sociale ou psychanalytique, relève à mon sens de l’aveuglement le plus complet. Il s’agit bien des rapports entre l’homme et la nature. La fascination que la seconde exerce sur le premier crée une forme de tragédie, comme souvent dans le romantisme, parce que les deux apparaissent comme inconciliables. Le problème est réel, et global. L’amour des formes colorées de la nature renvoie bien à celui de la femme, dont le corps est lui aussi créé par la nature, dont il est pour ainsi dire le chef-d’œuvre. L’élément de l’eau, même, a son importance: plus fin que la terre, déjà assimilé au sentiment, au rêve, à l’âme, il tend au féminin; pour autant, il semble assujetti à la force lunaire, et ne pas pouvoir la surmonter pour toucher à la gloire du soleil. C’est l’image même 422325_art_devushka_rusalka_fyentezi_xvost_cheshuya_luna__1680x1050_(www.GdeFon.ru).jpgde la nymphe dont l’opéra raconte l’histoire. À la base, il ne s’agit en aucun cas d’une illusion, d’un artifice; si cela avait été le cas, je crois, l’opéra n’eût jamais pu devenir l’expression de l’âme nationale tchèque.
 
Cette mise en scène que j’ai vue, je dois le dire, ne m’a pas donné envie de prendre un abonnement au Grand Théâtre. Elle pouvait être jolie en soi; mais elle voulait trop faire de cet opéra romantique un film social.
 
La plus grande faute de goût réside sans doute dans ceci que dans les paroles des personnages la couleur bleue est omniprésente et que sur scène dominait au contraire le rouge: cela n'a rien à voir.
 
Cela dit, la musique était belle, bien jouée, bien chantée: souvent je l’écoutais en me contentant de lire les paroles dans leur traduction qui défilait devant mes yeux. Comme j’étais tout en haut, le son montait bien, et la scène ne s’imposait pas trop à mon regard. Une place meilleure qu’on pourrait penser.

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