10/08/2013

Symbolisme de la tour Eiffel

tour_Eiffel.jpgIl est remarquable que la tour Eiffel soit devenue le symbole de la France moderne. En elle, le monde entier voit une œuvre artistique. Or, elle est purement mathématique dans sa conception, et fut avant tout une prouesse technique. Mais, placée au cœur de la capitale, elle exprime l’âme d’une nation.
 
Les artistes héritiers du romantisme ont beaucoup protesté quand il s’est agi de la conserver, elle qui devait n’être bâtie que pour le temps d’une exposition. (À leur tête, si ma mémoire est bonne: Leconte de Lisle.) Elle assimilait l’art à la technique d’une façon dangereuse pour les poètes qui voulaient au contraire affranchir le premier de la seconde, voyant dans l’art une dimension imaginative qui évidemment manque à la technique, contrainte par nature à se soumettre à des principes abstraits. Si la tour Eiffel avait servi de simple fondement à la statue d’une déesse, si elle n’avait servi qu’à la faire tenir debout, l’alliance de l’art et de la technique eût eu lieu. On se fût trouvé dans le cas du Christ énorme qui domine Rio de Janeiro - ou de la statue de la Liberté à New York, dont l'ossature fut conçue justement par l'homme qui a aussi conçu la tour Eiffel, Maurice Koechlin... Mais elle fut laissée nue, comme la marque d’un triomphe, comme la démonstration que le but ultime de l’art était véritablement la technique et que la beauté authentique était dans la matérialisation de ce qui est purement mathématique. En quelque sorte, l’esprit de Jules Verne s’emparait de la France. Lui qui faisait de la découverte scientifique le ressort de la poésie et du roman et n’imaginait qu’autant que le positivisme le permettait, créait l’idée qui devait dominer la vie culturelle française au vingtième siècle.
 
On pourrait également citer Zola, qui n’a pas toujours, comme on le fait parfois croire, versé des larmes amères sur les malheurs du prolétariat: dans Au Bonheur des dames, il applique la recette du scientisme au commerce des vêtements, faisant triompher la grande distribution - rationnellement conçue et mise en place -, sur le petit commerce - chaotique et laissé au caprice de boutiquiers sans eiffel-tower_00052998.jpggénie. Car le directeur du grand magasin, dans le livre, est réellement présenté comme doué de lumières spéciales, qui l’illuminent en série de coups de foudre, et lui permettent de conquérir le marché: c’est l’épopée de l’économie moderne.
 
Cependant, je crois que l’idée qui fait de la technique l’essence de l’art est erronée. Personnellement, je suis de la ligne romantique: je crois que le vivant n’est pas dans le mathématisme, mais dans le mystère que peut dévoiler l’imagination. La science-fiction qui me plaît est toujours celle qui dépasse la dimension théorique pour entrer dans des images issues des profondeurs de l’âme.
 
C’est dire que pour moi la tour Eiffel reste un squelette qui attend sa chair. L’image par exemple me vient d’une vierge drapée, laissant flotter sa robe à terre... Peut-être sainte Geneviève, céleste bergère, et patronne de Paris... Guillaume Apollinaire n'a-t-il pas dit: Bergère ô tour Eiffel?
 
À la technicité moderne, si admirable dans ses réalisations, il reste toujours, je crois, à ajouter la dimension humaine.

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