14/08/2013

Églises successives en Corse

corse.jpgDurant mon voyage en Corse, j’ai visité d’anciennes églises de style pisan, qui dataient du temps où l’île appartenait à la cité de Pise. On les reconnaît aisément, et qui est allé à Pise et plus généralement en Toscane mesure les liens forts et profonds de la Corse médiévale avec cette partie de l’Italie. Au demeurant, la langue corse, elle-même, est proche du toscan. Pour moi, cela en fait une des langues régionales de France les plus faciles à lire; le savoyard même est plus éloigné du français. J'ai pu le vérifier en pratiquant l'Antulugia bislingua di a literatura corsa, de Jean-Guy Talamoni - dont je reparlerai, si je puis.
 
Mais ces églises pisanes ont été abandonnées au fil des siècles; beaucoup tombent en ruines et elles sont fréquemment en dehors des villages. Ce qui les a remplacées, ce sont des églises baroques dont l’inspiration était génoise - après que la Corse a été intégrée à la république de Gênes.
 
Or, aujourd’hui, ces églises baroques tendent à leur tour à se défraîchir. Le rationalisme moderne, propre à la France, les rejette peu à peu dans le passé. Prosper Mérimée, lors de son voyage en Corse, a marqué clairement le mépris que lui inspirait le baroque, assimilé par lui à la crédulité populaire et à la superstition.
 
Ce qui est neuf, à présent, en Corse, ce sont les musées, justement hérités de l’encyclopédisme parisien.
 
J’ai vu celui de Bastia, créé récemment sous les auspices du Ministère de la Culture français à l’initiative d’un maire qui je crois est radical-socialiste - ainsi que celui de Corte, qui se flatte d’être erasme.jpgle plus ancien musée régional de France, mais qui est tout à fait moderne et poli, brillant, neuf. On y présente la Corse des bergers, du tourisme, des manufactures: c’est l’angle pratique, matériel, profane.
 
Dans les églises baroques, on trouve les figures de saints importants: Julie à Nonza, Érasme - patron des marins - sur la côte, Dévote - patronne de toute la Corse - un peu partout, et bien sûr la sainte Vierge, à qui est voué l’hymne corse. Ils sont entourés d'anges. Certaines statues, remises à neuf récemment, m'ont bouleversé: celle d'Érasme dans une église de Calvi, avec son rouge éclatant, a ramené en moi mille souvenirs enfouis, et indéfinissables, qui me parurent remonter à des temps situés par-delà ma naissance - quoique, peut-être, certaines teintes m'ayant frappé dans la prime enfance les aient relayés.
 
À Aléria, on trouve, dans un joli musée, des restes de mobilier sacré de temples païens, la ville ayant été fondée par des Grecs de la secte pythagoricienne. Des femmes ailées semblent encore emporter des âmes dans un monde plus beau.
 
Et dans les montagnes, on peut admirer des menhirs, des dolmens, des forts préhistoriques: les bergers les attribuaient aux Sarrasins et à leurs cultes, et les mêlaient au souvenir fabuleux des Ogres, maîtres des éléments, initiateurs des premiers hommes, cousins du Saturne des Latins, qui selon la légende leur apprit à cultiver la terre.
 
Toutes les couches de l’histoire dans l'île sont visibles. Cela a quelque chose de beau et d’émouvant. Le temps y est comme cristallisé.
 
Le baroque conserve la particularité d’être pleine de figures belles et colorées encore en bon état. Ce qui est plus ancien apparaît comme parcellaire, ce qui est plus moderne reste à mon goût trop prosaïque. Le jour où on érigera une statue à Captain Corsica dans un beau musée, cela changera peut-être!

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