18/08/2013

Olaf Stapledon et l’âme de l’univers

StarMaker-Cover.jpgDans Star Maker, Olaf Stapledon fait raconter à son narrateur qu’il est sorti de son corps et a franchi les espaces pour explorer l’univers. Il ne s’attarde pas dans les limites du système solaire, et lorsqu’il fait allusion à Mars et à ses habitants, il renvoie à son précédent ouvrage, Last and First Men, dont j’ai déjà parlé - justement à ce propos.
 
La première planète habitée qu’il rencontre est peuplée d’êtres vaguement humains, mais ressemblant également à des animaux, quoiqu’ils se tiennent debout et soient doués d’intelligence. Leur sens de la vie en communauté est très grand, et leur évolution en souffre. D’une façon remarquable, le narrateur du roman dit qu’il se mêle à des êtres particulièrement éclairés de cette espèce, qu’il discute avec eux sous la forme d’un esprit, et les aide. Le plus étrange est qu’il a remonté le temps: en réalité, cette planète date d’époques antérieures à la naissance de la Terre!
 
Or, on apprendra, à la fin du livre, que le créateur suit une ligne évolutive, mais allant d’une planète à l’autre: les êtres vivants de la planète visitée par le narrateur appartiennent à un stade antérieur du devenir cosmique, par rapport à l’être humain! Le créateur est en effet comme un artiste qui change avec l’âge: il mûrit, vieillit. Il n’est pas un dieu absolu et incompréhensible, mais est comme un homme gigantesque! 
 
Ce qu’il imprime sur l’univers et reflète son évolution personnelle n’est en rien enchaîné à un corps défini: les changements de son état d’esprit lui font au contraire changer d’objet. La cohérence existant de l’un à l’autre n’est due qu’à lui, au principe spirituel qui le meut, et non aux propriétés des choses. Ce qu’une planète commence, une autre l’achève! Chaque échec invite à une voie différente, une recherche d’équilibre nouvelle: la mélodie part dans une direction encore inconnue.
 
Ainsi, quoi qu’il en soit, l’exploration de l’espace est-elle en même temps celle du passé.
 
Je pourrais parler de tous les êtres que son narrateur dit avoir rencontrés, mais ce serait un peu long. Je me contenterai de rapporter ses inventions les plus marquantes, tels ces êtres vivants qui sont War of the Worlds.jpgen même temps des outils - notamment de vivants navires, ce qui rappelle les bateaux des Phéaciens obéissant consciemment aux injonctions humaines, chez Homère. Dans la science-fiction, les machines conscientes sont fréquentes, mais seul Stapledon a pensé à les rendre vivantes aussi: les auteurs omettent d’ordinaire d’y songer, comme si  c’était un fait négligeable, ou comme s’il allait de soi! Stapledon était trop avisé pour suivre cet exemple. Il a créé une science-fiction qui rejette simplement le matérialisme. Mais qui ne tombe pas pour autant dans l’allégorie métaphysique: à ses yeux, l’esprit est substantiel.
 
Ce que montreront d'autres évocations à venir, s'il est possible.

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