31/08/2013

Imaginations planétaires de Bernardin de Saint-Pierre (I)

1002807-Henri_Bernardin_de_Saint-Pierre.jpgBernardin de Saint-Pierre était un écrivain de la fin du dix-huitième siècle aujourd’hui connu surtout pour son roman Paul et Virginie, mais qui, dans ses Études de la nature et ses Harmonies de la nature, a eu aussi des prétentions à la science. Dans le second de ces deux ouvrages, il affirme que les planètes du système solaire sont forcément habitées: ces globes ont été créés justement pour que des êtres comparables aux hommes y vivent! Il s’appuie sur le principe d’analogie universelle, et dans son esprit l’idée d’harmonie s’assimilait volontiers à celle d’uniformité. C’est à lui que Flaubert pensera quand il se moquera des spéculations de Bouvard et Pécuchet sur la vie ailleurs dans l’univers: j’en ai déjà parlé.
 
Notre auteur est persuadé que si la pensée suit des principes harmoniques, elle peut établir ce qui se trouve hors de la portée des sens d’une façon juste! Il décrit donc l’existence qu’on mène sur la Lune, assurant qu’elle a de l’air, de l’eau, des végétaux, des animaux, une humanité. Pour des motifs un peu complexes, liés à la luminosité de la face visible du satellite, ces derniers, raconte-t-il, se laissent volontiers glisser dans les rivières, où ils flottent et dorment durant de longues périodes, l’esprit peuplé de rêves fabuleux: les anciens n’auraient pas eu tort ainsi de faire venir les songes de la Lune! 
 
Il s’agit d’un astre crépusculaire, également lié à la naissance, à l’amour et à la mort, comme le disent les traditions de tous les peuples.
 
Plus hardiment, Bernardin décrit la vie sur Mercure. La végétation y est florissante, comparable à celle de l’Inde ou du Brésil. Les hommes y vivent sans souci agricole: ils n’ont qu’à cueillir ce que la nature l9d33f1d1fb83ea791c6ce447e6feb7e3b3db9e77.pngeur offre. Ils sont heureux et vertueux, et la proximité du Soleil les rend contemplatifs, méditatifs et d’une sagesse inouïe, puisque l’astre du jour est la source de la vie et de l’intelligence: dans sa lumière, ils distinguent les terres célestes où ils aspirent d’arriver!
 
Vient ensuite Vénus. Planète essentiellement aquatique, elle a des îles aux montagnes élevées et arrosées de merveilleuses cascades. Une température douce et agréable y règne, et ses habitants, d’une taille à peu près semblable à la nôtre, s’adonnent continuellement à l’amour. Soit ils sont bergers, soit ils se vouent aux danses et aux fêtes sur les plages, à la manière des heureux insulaires de Tahiti!
 
Notre auteur se consacre ensuite à Mars, l’imaginant remplie de lumière: l’air faisant loupe, le Soleil y est énorme. Mais la température est en moyenne inférieure à celle de la Terre. Des océans s’étendent, et ses habitants chassent certainement les animaux sur les grèves des glaces polaires. On y entend les cors de chasse et même peut-être les tambours de guerre! Les peuples doivent en être comparables à ceux du septentrion terrestre, belliqueux et barbares: l’opinion des anciens qui dit cette planète à la source de l’instinct de guerre ne saurait être sans fondement.
 
Nous évoquerons une autre fois les autres planètes.

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29/08/2013

Agnosticisme et neutralité intime (Gustave Flaubert)

ciceron.jpgL’agnosticisme apparaît généralement comme une philosophie très intelligente. Mais l’univers est-il toujours intelligent? L’imagination peut aussi exprimer la part du monde qui paraît absurde, parce qu’on n’en saisit pas la rationalité. Elle reflète une logique cachée, dont on a le pressentiment plus qu’on ne parvient à la saisir par l’entendement ordinaire. Cicéron disait, ainsi, que la fable, c’est-à-dire la mythologie, avait sa logique propre, qui n’était pas celle de l’histoire, des faits matériels, mais n’en expliquait pas moins l’univers.
 
La différence entre les deux approches est dans la possibilité ou non de la preuve matérielle, ainsi que dans la capacité à définir de façon unitaire le principe qu’on veut mettre en évidence. L’idée des lois de la matière a quelque chose de pratique pour le cerveau humain. Néanmoins, elle donne justement de l’univers une image à la fois trop simple et trop rationnelle pour sembler vraie.
 
L’agnosticisme interdit de chercher plus loin: comme le naturalisme, il proscrit l’imagination. Or, dans les faits, les philosophes ont, dans leur esprit, des images; mais si elles ne sont pas assumées et projetées vers les hauteurs, elles penchent d’elles-mêmes, je crois, vers le terrestre, le charnel, puisque l’être humain est traversé constamment par ses pulsions, son instinct, ses besoins. Son corps a un accès direct à l’intellect; seul le cœur paraît se projeter, par ses battements, plus loin.
 
Il n’existe donc pas, chez lui, de possibilité de rester neutre: il est saisi par une pente naturelle, et seule sa volonté active peut y apporter une compensation, et vaincre ses déséquilibres.
 
C’est ce qui fait que même si Gustave Flaubert se disait tiré tantôt vers les hauteurs lyriques, tantôt Flaubert.jpgvers les basses couches terrestres, au sein de sa vie privée, lorsqu’il fréquentait les salons, il apparaissait comme porté principalement au lyrisme, à l’épique, à la pompe! Il adorait le grandiose, et compensait par le style l’attirance spontanée exercée sur lui par le terrestre: même lorsqu’il était réaliste, affirmait-il, il transfigurait le réel par la poésie qu’il imposait à sa prose! (Ce qu'il entendait par les effets de rythme, pour l'essentiel.)
 
De fait, c’est la Tentation de saint Antoine qu’il a commencée à écrire, mais, voyant qu’elle ne serait pas publiée, dans une France dominée par le matérialisme, il s’est attelé, sur le conseil de ses amis, à Madame Bovary, qui précisément tend à le venger de l’époque, en la montrant à la source de la ruine de l’âme dont il retrace le cheminement. Car il peint celle-ci pleine de volonté d’un ailleurs plus beau, parfois même de nature spirituelle, mais que le siècle est incapable de lui apporter, dominé qu’il est par une religion vidée de sa substance première et par un scientisme dénué de profondeur véritable.
 
La neutralité passe par l’acceptation de l’expérience que chacun fait de sa propre âme: elle est somme toute un fait que chacun peut vérifier en soi, même s’il ne peut pas la vérifier chez l’autre. On pourrait aussi dire que l’empirisme au sens matériel est collectif, que l’empirisme spirituel est individuel, et que la connaissance authentique unit les deux. Une éthique motivante et lumineuse est dans le même cas, du reste.

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27/08/2013

Georges Gusdorf et le centralisme

9782228886949FS.gifGeorges Gusdorf (1912-2000) fut professeur à l’université de Strasbourg; il est connu, entre autres choses, pour un livre de référence sur le romantisme que j’ai parcouru et sur lequel j’ai une très bonne opinion, mais j’ai remarqué qu’il ne parlait pas des romantismes régionaux francophones. Pourtant, il dit clairement que le romantisme est hostile au centralisme, qu’il s’appuie sur les traditions populaires, les folklores, les cultures régionales - et il cite à cet égard les romans paysans de George Sand, enracinés dans le Berry. Mais Sand était connue par ailleurs à Paris. Gusdorf n’évoque aucunement le Breton Hersart de La Villemarqué, ni l’essor de la littérature provençale, ni non plus - naturellement - les auteurs savoyards du temps: seul Joseph de Maistre revient régulièrement sous sa plume. Mieux encore, il ne cite jamais Charles De Coster, le grand maître de la littérature romantique flamande, l’auteur sublime de Thyl Ulenspiegel. Lorsqu’il s’agit de la Grande-Bretagne, il évoque pourtant bien les Écossais…
 
Indirectement il s’en explique: il assure que la France est un pays centralisé, dans lequel la littérature se fit seulement à Paris. Il le regrette, mais il l’admet. Il y croit, cédant sans s’en rendre compte à la mythologie du centralisme. Il n’atténue cette unité officielle que pour évoquer madame de Staël bénéficiant de sa situation excentrée et favorable aux échanges avec l’Allemagne, en Suisse. Que Joseph de Maistre n’ait jamais habité à Paris n’est pas mentionné par lui. Cela a pourtant favorisé également ses liens avec le monde allemand.
 
Comme quoi, on peut avoir des idées conscientes d’une certaine sorte, et être imprégné de références et de modèles culturels spontanés qui contredisent en fait ces idées.
 
On méconnaît les romantismes régionaux, qui recèlent pourtant des trésors, soit dans les pays francophones non français (Belgique, Suisse, Savoie et Canada), soit dans certaines régions françaises excentrées (Bretagne, Franche-Comté, Alsace, Provence, Corse).
 
Il n’est pas aussi vrai qu’on croit qu’au dix-neuvième siècle, seules l’Allemagne et la Grande-Bretagne étaient décentralisées sur le plan culturel: le centralisme français n’a pas tant empêché la culture régionale que son entrée dans le patrimoine officiel, ce dont parlent spontanément les universitaires. De fait, la recherche universitaire dépend bien plus de la forme de l’État que la poésie!

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22/08/2013

Institution de la Région Savoie

Dans Une Théorie de la connaissance de Goethe, Rudolf Steiner dit que la politique consiste en réalité à appréhender l’âme des peuples et à créer des formes institutionnelles adaptées à leur caractère. D’un téléchargement.jpgautre côté, il était hostile à la conception qui faisait de l’État unitaire et centralisé une sorte de divinité, et d’une nation un organisme total: pour lui, seule l’humanité complète était dans ce cas, et aucun peuple ne pouvait être assimilé à elle dans son entier. La souveraineté absolue d’une partie restreinte de l’espèce humaine n’avait à ses yeux pas de sens.
 
Il tendait à prôner une forme de fédéralisme universel. Chaque communauté humaine devait bien trouver sa représentation au sein du Gouvernement; mais aucune ne pouvait y prétendre de façon totale.
 
J’avoue partager cette vision du monde - qui fut aussi, je crois, celle de Denis de Rougemont.
 
Or, le sentiment savoyard existe encore, puisque le nom même de Savoie n’est pas tombé dans l’oubli, ni ce qui lui est lié. Je considère, par conséquent, qu’il faut lui donner une forme institutionnelle adaptée: la Région.
 
On n’a pas à juger, comme cela se fait parfois, de la qualité de la culture propre à la contrée. Qui peut avoir à cet égard des certitudes? Chacun subit ses idées et sa sensibilité. Il reste toujours normal de connaître la tradition d’un lieu qu’on habite. Si elle a des insuffisances et des défauts, il faut y remédier, les corriger de l’intérieur. Cela ne peut pas justifier son rejet - ni son éventuel remplacement par une autre dont chacun a aussi le droit de penser ce qu’il veut.
 
Voilà pourquoi, personnellement, je considère qu’il est nécessaire de décentraliser au moins en partie les programmes d’enseignement, en les adaptant aux différentes portions du territoire. La Savoie, du image2.gifreste, fut en grande partie autonome, dans son éducation, sous les rois de Sardaigne: elle avait son organisation propre, et cela conduisit la France, après 1860, à créer à Chambéry une Académie, laquelle on pouvait regarder comme la prorogation d’un droit acquis. Durant plusieurs décennies, il fut même recommandé d’enseigner l’histoire régionale aux enfants.
 
À mes yeux, il est légitime de renouer avec cet état de fait. Si l’on veut établir une égalité avec les autres régions, il me paraît normal de l’étendre à toutes les académies de France. J’y suis favorable.
 
Naturellement, cela ne doit pas conduire à ce qu’une couleur spécifique, au sein de l’ensemble plus vaste, tende à une souveraineté complète. Cela contredirait le principe du fédéralisme universel énoncé en préalable.
 
J’ajoute que l’idée fédéraliste est pour moi une voie de solution à bien des conflits dans le monde. Mais j’en parlerai un autre jour, si je puis.

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20/08/2013

Degolio XXII: la Grande Veuve

poison_spider_by_hunqwert-d4xn84e.jpgDans le dernier épisode de cette série faite pour inspirer de la crainte aux plus braves, nous avons raconté comment le docteur Solcum s’était retrouvé dans un gouffre, sous la montagne de l’Alcudine, en Corse, face à une présence terrifiante, qu’il chercha à reconnaître en faisant de la lumière à partir du pommeau d'émeraude de son bâton magique.
 
Il reconnut sans tarder de quelle bête il s’agissait. Son corps noir et luisant, traversé de quatre rangées de taches rouges et muni de huit pattes longues et pareilles à de l’acier, sa face hideuse, rien de ce qu’il percevait ne lui laissait de doute - et il murmura le nom qu’avaient donné à cet être les hommes: Latrodecte malmignatte… La Veuve noire…
 
Cependant, de cette race venimeuse, celle-ci était la mère! Gigantesque, elle emplissait tout l’intérieur de la montagne - tache obscure dans la pénombre, puits d’obscurité absolue dans la lueur bleue que diffusait le bâton du spectre céleste. Elle semblait s’être matérialisée en épaississant les ténèbres. Elle était née d’une larme de colère de Dieu tombée dans le giron de l’abîme!
 
Au fond d’insondables gouffres, elle avait attendu son heure - et, à présent, elle était venue!
 
a6caea520dae47daa3587e7d50f563c5.jpgFantômas l’avait libérée des chaînes dans lesquelles elle avait été placée au-dessous de la Grande Enclume.
 
En vérité, elle était plus ancienne que la Terre même, et un héros l’avait rejetée dans l’Orc au sein d’une époque fabuleuse. Mais voici qu’un sorcier méchant l’en avait arrachée! À présent le vaillant Docteur Solcum se devait de l’affronter.
 
Or la connaissait-il bien. Son nom véritable, dans la langue occulte des mages, était Dicaliudh.
 
Les mortels l’avaient oublié, mais on la disait veuve parce que son époux, encore pire qu’elle, avait été tué et dissous par les dieux à l’aube des temps; son cadavre avait fourni la matière de plusieurs montagnes.
 
Cependant, Solcum, au sein de son effroi et de sa surprise, sentit monter sa colère: il haïssait l’infamie qui avait conduit Fantômas à briser, par son art magique, les liens qui avaient maintenu l’ignoble Veuve dans ses profondeurs!
 
Il jura alors de remettre cette géante dans son puits immonde et de lui en interdire à jamais la sortie.
 
Il se jeta sur elle, et lui asséna un coup terrible de son espèce de sceptre. Des étincelles jaillirent. Mais giant_spider_nest_by_victorelessar-d64w63u.jpgDicaliudh ne broncha pas: les éclairs mêmes qui coururent aussitôt le long de son corps ne parurent lui faire aucun mal. 
 
Elle siffla, et Solcum crut distinguer des injures effroyables, des menaces atroces; puis elle lança vers lui sa mâchoire qui suintait de pus et de pestilence. Le héros faillit être distrait par l’haleine effroyable du monstre, dans laquelle nul mortel n’eût pu respirer sans mourir - mais, au dernier moment, il parvint à se dématérialiser et à se placer derrière la tête informe de l’araignée immense. De nouveau il abattit son bâton magique, mais en se servant cette fois de l'émeraude qui luisait au bout, et en lâchant toute l’énergie dont il vibrait, et qui venait des étoiles!
 
Un aveuglant éclair vert en surgit - flux d'énergie puissant et concentré qui violemment atteignit le monstre à la tête.
 
Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

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18/08/2013

Olaf Stapledon et l’âme de l’univers

StarMaker-Cover.jpgDans Star Maker, Olaf Stapledon fait raconter à son narrateur qu’il est sorti de son corps et a franchi les espaces pour explorer l’univers. Il ne s’attarde pas dans les limites du système solaire, et lorsqu’il fait allusion à Mars et à ses habitants, il renvoie à son précédent ouvrage, Last and First Men, dont j’ai déjà parlé - justement à ce propos.
 
La première planète habitée qu’il rencontre est peuplée d’êtres vaguement humains, mais ressemblant également à des animaux, quoiqu’ils se tiennent debout et soient doués d’intelligence. Leur sens de la vie en communauté est très grand, et leur évolution en souffre. D’une façon remarquable, le narrateur du roman dit qu’il se mêle à des êtres particulièrement éclairés de cette espèce, qu’il discute avec eux sous la forme d’un esprit, et les aide. Le plus étrange est qu’il a remonté le temps: en réalité, cette planète date d’époques antérieures à la naissance de la Terre!
 
Or, on apprendra, à la fin du livre, que le créateur suit une ligne évolutive, mais allant d’une planète à l’autre: les êtres vivants de la planète visitée par le narrateur appartiennent à un stade antérieur du devenir cosmique, par rapport à l’être humain! Le créateur est en effet comme un artiste qui change avec l’âge: il mûrit, vieillit. Il n’est pas un dieu absolu et incompréhensible, mais est comme un homme gigantesque! 
 
Ce qu’il imprime sur l’univers et reflète son évolution personnelle n’est en rien enchaîné à un corps défini: les changements de son état d’esprit lui font au contraire changer d’objet. La cohérence existant de l’un à l’autre n’est due qu’à lui, au principe spirituel qui le meut, et non aux propriétés des choses. Ce qu’une planète commence, une autre l’achève! Chaque échec invite à une voie différente, une recherche d’équilibre nouvelle: la mélodie part dans une direction encore inconnue.
 
Ainsi, quoi qu’il en soit, l’exploration de l’espace est-elle en même temps celle du passé.
 
Je pourrais parler de tous les êtres que son narrateur dit avoir rencontrés, mais ce serait un peu long. Je me contenterai de rapporter ses inventions les plus marquantes, tels ces êtres vivants qui sont War of the Worlds.jpgen même temps des outils - notamment de vivants navires, ce qui rappelle les bateaux des Phéaciens obéissant consciemment aux injonctions humaines, chez Homère. Dans la science-fiction, les machines conscientes sont fréquentes, mais seul Stapledon a pensé à les rendre vivantes aussi: les auteurs omettent d’ordinaire d’y songer, comme si  c’était un fait négligeable, ou comme s’il allait de soi! Stapledon était trop avisé pour suivre cet exemple. Il a créé une science-fiction qui rejette simplement le matérialisme. Mais qui ne tombe pas pour autant dans l’allégorie métaphysique: à ses yeux, l’esprit est substantiel.
 
Ce que montreront d'autres évocations à venir, s'il est possible.

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14/08/2013

Églises successives en Corse

corse.jpgDurant mon voyage en Corse, j’ai visité d’anciennes églises de style pisan, qui dataient du temps où l’île appartenait à la cité de Pise. On les reconnaît aisément, et qui est allé à Pise et plus généralement en Toscane mesure les liens forts et profonds de la Corse médiévale avec cette partie de l’Italie. Au demeurant, la langue corse, elle-même, est proche du toscan. Pour moi, cela en fait une des langues régionales de France les plus faciles à lire; le savoyard même est plus éloigné du français. J'ai pu le vérifier en pratiquant l'Antulugia bislingua di a literatura corsa, de Jean-Guy Talamoni - dont je reparlerai, si je puis.
 
Mais ces églises pisanes ont été abandonnées au fil des siècles; beaucoup tombent en ruines et elles sont fréquemment en dehors des villages. Ce qui les a remplacées, ce sont des églises baroques dont l’inspiration était génoise - après que la Corse a été intégrée à la république de Gênes.
 
Or, aujourd’hui, ces églises baroques tendent à leur tour à se défraîchir. Le rationalisme moderne, propre à la France, les rejette peu à peu dans le passé. Prosper Mérimée, lors de son voyage en Corse, a marqué clairement le mépris que lui inspirait le baroque, assimilé par lui à la crédulité populaire et à la superstition.
 
Ce qui est neuf, à présent, en Corse, ce sont les musées, justement hérités de l’encyclopédisme parisien.
 
J’ai vu celui de Bastia, créé récemment sous les auspices du Ministère de la Culture français à l’initiative d’un maire qui je crois est radical-socialiste - ainsi que celui de Corte, qui se flatte d’être erasme.jpgle plus ancien musée régional de France, mais qui est tout à fait moderne et poli, brillant, neuf. On y présente la Corse des bergers, du tourisme, des manufactures: c’est l’angle pratique, matériel, profane.
 
Dans les églises baroques, on trouve les figures de saints importants: Julie à Nonza, Érasme - patron des marins - sur la côte, Dévote - patronne de toute la Corse - un peu partout, et bien sûr la sainte Vierge, à qui est voué l’hymne corse. Ils sont entourés d'anges. Certaines statues, remises à neuf récemment, m'ont bouleversé: celle d'Érasme dans une église de Calvi, avec son rouge éclatant, a ramené en moi mille souvenirs enfouis, et indéfinissables, qui me parurent remonter à des temps situés par-delà ma naissance - quoique, peut-être, certaines teintes m'ayant frappé dans la prime enfance les aient relayés.
 
À Aléria, on trouve, dans un joli musée, des restes de mobilier sacré de temples païens, la ville ayant été fondée par des Grecs de la secte pythagoricienne. Des femmes ailées semblent encore emporter des âmes dans un monde plus beau.
 
Et dans les montagnes, on peut admirer des menhirs, des dolmens, des forts préhistoriques: les bergers les attribuaient aux Sarrasins et à leurs cultes, et les mêlaient au souvenir fabuleux des Ogres, maîtres des éléments, initiateurs des premiers hommes, cousins du Saturne des Latins, qui selon la légende leur apprit à cultiver la terre.
 
Toutes les couches de l’histoire dans l'île sont visibles. Cela a quelque chose de beau et d’émouvant. Le temps y est comme cristallisé.
 
Le baroque conserve la particularité d’être pleine de figures belles et colorées encore en bon état. Ce qui est plus ancien apparaît comme parcellaire, ce qui est plus moderne reste à mon goût trop prosaïque. Le jour où on érigera une statue à Captain Corsica dans un beau musée, cela changera peut-être!

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12/08/2013

Héritages de la Savoie ancienne

Bienheureux Amédée IX de Savoie. 008.jpgJ’ai déjà dit qu’à mes yeux, en Savoie, on encourageait, dans la vie culturelle, l’imagination, mais dans le respect de la grille doctrinale catholique, conformément à ce qu’avait recommandé François de Sales, qui pensait que cela aidait l’âme à se porter vers la divinité. Cela a eu un rôle certain, je crois, dans l’art baroque local. Or, comme le catholicisme intégrait le culte du prince, cela a amené le duc Amédée IX à être vénéré en profondeur après sa mort: sa statue se voit souvent dans les églises, où on l’appelait saint, bien que Rome ne le dît que bienheureux. La glorification de la dynastie entrait dans la mythologie autorisée et même promue, et Jacques Replat, en l’adaptant au goût romantique, demeurait dans la ligne propre au Duché. Du reste, il évoquait également les prêtres doués de pouvoirs magiques - de la faculté de commander aux éléments. Son orientation folklorique et plus populaire qu’au temps de François de Sales ne changeait pas fondamentalement la tradition.
 
La perspective française est différente. L’imagination étant regardée dès l’origine avec méfiance par le classicisme, même quand elle se conformait à la doctrine officielle, il est apparu, pour les poètes romantiques, que l’affranchir revenait aussi à se délivrer de la religion instituée. C’est particulièrement clair chez Victor Hugo: son évolution politique tout entière peut s’expliquer de cette façon. Chateaubriand,_1828.jpgChateaubriand, sous l’Empire, libérait dans le sens chrétien la poésie; mais après la Restauration, l’imagination libre devenait hostile à l’Église romaine. Celle-ci n’avait utilisé le romantisme qu’autant qu’il servait ses intérêts, à une époque où elle était marginalisée par l’État; une fois rentrée dans le cercle du gouvernement, elle a cherché à imposer de nouveau le classicisme. En France, l’exercice du gouvernement et la libre imagination ont toujours été regardés comme incompatibles.
 
Le scientisme moderne, naturellement, devait achever de tirer la Savoie vers la France. On ne peut pas dire, de fait, que le rationalisme à la française n’ait pas eu chez les Allobroges des sympathisants: il y eut des ingénieurs, des mathématiciens. De surcroît, les Savoyards aspiraient à une vie économique plus dynamique. Ils regardaient vers les cités qui de ce point de vue étaient plus avancées que les leurs: Turin, Genève, Paris partageaient leurs vœux. Ils ne concevaient pas tellement de pouvoir continuer à vivre seuls dans un duché d’héritage médiéval, constitué de paysans, de prêtres et de magistrats.
 
Après le rattachement à la France en plein essor industriel, la sensibilité a pris de nouveaux chemins. Dans l’éducation nationalisée que dirigeait Paris, le rationalisme était de mise. La culture propre à l’ancienne Savoie devait disparaître. Même les catholiques délaissaient peu à peu l’héritage de François de Sales pour entrer dans des pensées plus globalement françaises. L’imagination libre est restée liée au folklore, Broceliande_sm.jpgd’une part, et, d’autre part, a emprunté les chemins de la science-fiction, qui en quelque sorte projetait le rationalisme scientifique hors de ses propres limites, en divinisant les machines, en les assimilant à des objets magiques, quasi sacrés. L’originalité de la Savoie s’est estompée. Qu’elle ait, comme la Bretagne, eu davantage comme références le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde que la république de Sparte ou d’Athènes, a pu favoriser une imagination latente, à l’époque moderne; mais on ne peut pas dire que la littérature ancienne ait réellement eu des héritiers. C’est à cause de cela que j’ai voulu, dans mon livre sur la Littérature du duché de Savoie, m’arrêter à 1860.
 
Je pense néanmoins que cette culture aujourd’hui oubliée peut encore apporter beaucoup, car il manque souvent, aux images fantastiques de notre temps, une perspective qui aille réellement vers l’infini, le mystère. On demeure fréquemment dans une fantaisie un peu gratuite. C’est pourquoi j’ai tenu à faire ce livre!

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10/08/2013

Symbolisme de la tour Eiffel

tour_Eiffel.jpgIl est remarquable que la tour Eiffel soit devenue le symbole de la France moderne. En elle, le monde entier voit une œuvre artistique. Or, elle est purement mathématique dans sa conception, et fut avant tout une prouesse technique. Mais, placée au cœur de la capitale, elle exprime l’âme d’une nation.
 
Les artistes héritiers du romantisme ont beaucoup protesté quand il s’est agi de la conserver, elle qui devait n’être bâtie que pour le temps d’une exposition. (À leur tête, si ma mémoire est bonne: Leconte de Lisle.) Elle assimilait l’art à la technique d’une façon dangereuse pour les poètes qui voulaient au contraire affranchir le premier de la seconde, voyant dans l’art une dimension imaginative qui évidemment manque à la technique, contrainte par nature à se soumettre à des principes abstraits. Si la tour Eiffel avait servi de simple fondement à la statue d’une déesse, si elle n’avait servi qu’à la faire tenir debout, l’alliance de l’art et de la technique eût eu lieu. On se fût trouvé dans le cas du Christ énorme qui domine Rio de Janeiro - ou de la statue de la Liberté à New York, dont l'ossature fut conçue justement par l'homme qui a aussi conçu la tour Eiffel, Maurice Koechlin... Mais elle fut laissée nue, comme la marque d’un triomphe, comme la démonstration que le but ultime de l’art était véritablement la technique et que la beauté authentique était dans la matérialisation de ce qui est purement mathématique. En quelque sorte, l’esprit de Jules Verne s’emparait de la France. Lui qui faisait de la découverte scientifique le ressort de la poésie et du roman et n’imaginait qu’autant que le positivisme le permettait, créait l’idée qui devait dominer la vie culturelle française au vingtième siècle.
 
On pourrait également citer Zola, qui n’a pas toujours, comme on le fait parfois croire, versé des larmes amères sur les malheurs du prolétariat: dans Au Bonheur des dames, il applique la recette du scientisme au commerce des vêtements, faisant triompher la grande distribution - rationnellement conçue et mise en place -, sur le petit commerce - chaotique et laissé au caprice de boutiquiers sans eiffel-tower_00052998.jpggénie. Car le directeur du grand magasin, dans le livre, est réellement présenté comme doué de lumières spéciales, qui l’illuminent en série de coups de foudre, et lui permettent de conquérir le marché: c’est l’épopée de l’économie moderne.
 
Cependant, je crois que l’idée qui fait de la technique l’essence de l’art est erronée. Personnellement, je suis de la ligne romantique: je crois que le vivant n’est pas dans le mathématisme, mais dans le mystère que peut dévoiler l’imagination. La science-fiction qui me plaît est toujours celle qui dépasse la dimension théorique pour entrer dans des images issues des profondeurs de l’âme.
 
C’est dire que pour moi la tour Eiffel reste un squelette qui attend sa chair. L’image par exemple me vient d’une vierge drapée, laissant flotter sa robe à terre... Peut-être sainte Geneviève, céleste bergère, et patronne de Paris... Guillaume Apollinaire n'a-t-il pas dit: Bergère ô tour Eiffel?
 
À la technicité moderne, si admirable dans ses réalisations, il reste toujours, je crois, à ajouter la dimension humaine.

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06/08/2013

Degolio XXI: la fosse noire

Deep Dark Water.jpgDans le dernier épisode de cette intrigante série, j’ai laissé le héros Solcum, génie lunaire ayant pris forme humaine, sur la cime de l’Alcudine, en Corse, là où l’horrible Fantômas lui avait dit, en langage occulte, avoir une base. Or, dès qu’il se fut posé sur ce plateau qui couronnait la célèbre montagne de l’Alta Rocca, le héros vit une trappe s’ouvrir dans la roche grise; un être étrange en sortit.
 
Il portait une grande cape noire, lui recouvrant tout le corps, et un masque cuivré se tenait à la place de son visage. On ne distinguait pas ses membres, comme si sa robe n’était qu’une obscurité rendue visible par l’art du diable. Et d’une voix qui semblait venir de loin, d’un trou profond, il dit: Vaillant Solcum, je suis là! Viens me chercher! Puis il disparut dans la trappe en faisant entendre un ricanement sinistre.
 
01 PAINTING BY DON MAITZ FOR STANISLAW LEM'S THE TEST.jpgSolcum se transporta au bord de la sorte de puits creusé dans le roc: il était resté béant. Il y plongea le regard, mais même à ses yeux d’immortel, étrangement, les ténèbres demeurèrent complètes. Une malfaisance inouïe semblait habiter les profondeurs. L’obscurité était palpable, et remplie d’une tension qu’on ne saurait décrire. Une épouvante assurément y respirait, s’y mouvait. Une puanteur immonde bientôt monta à ses narines.
 
Puis il distingua, au fond de la fosse, de vagues lueurs rouges.
 
Malgré lui, le cœur du spectre se serra: il avait connu le fond de l’Abîme, au temps jadis: ce qu’on appelle l’Orc. Et voici qu’il le retrouvait. Des souvenirs effroyables resurgirent à sa mémoire. Un voile d’ombre se posa sur ses yeux; un  poids s’abattit sur son front. Lui qui avait traversé les espaces, sondé les nébuleuses, pénétré les gouffres, parcouru les galaxies, tutoyé les anges, - il tremblait, face à l’horreur tapie devant lui! Il devinait qu’il était face à un péril immense.
 
Car dans l’abîme de la Terre, au sein de l’Orc, fut enseveli jadis le plus puissant des Titans hostiles aux dieux!
 
Il était cependant prêt à l’affrontement sanglant. Ne s’était-il pas, autrefois, dressé contre son propre prince, lorsqu’il était passé du côté du mal? Or, il était d’un rang grandiose aussi! Solcum avait failli y laisser la vie; mais il s’en était sorti. Il avait vaincu l’adversité. Cette fois encore il saurait demeurer l’âme ferme. Face au danger, se surpasser!
 
Soudain, il entendit un ricanement ou étouffé, semblant jaillir de ces profondeurs noires. Il descendit, sans bruit, se suspendant dans l’air par le pouvoir de son bâton.
 
Il entendit un sifflement; une sorte de lance crochue et articulée se jeta sur lui - dont il n’avait eu aucune prescience, comme si ses pouvoirs s’étaient éteints, au sein de ce trou ignoble! Il n’eut que le temps de se jeter en arrière, afin d’amortir le coup - qu’il ne put, néanmoins, éviter, et qui l’envoya à green-lantern-photo-7.jpgplusieurs mètres et le fit s’écraser violemment contre la paroi de la montagne.
 
Sonné, il se laissa choir doucement le long de la roche creusée de l’intérieur - le temps de reprendre ses esprits. Puis, il ordonna à l'émeraude polie qui ornait le bout supérieur de son bâton de faire luire son cœur, comme il en avait le pouvoir, afin de diffuser une lumière suffisante pour qu'il distinguât ce qui se tenait sous lui. Le joyau, qui contenait un esprit venu des astres, et ayant sa volonté propre, s'exécuta. Dans la clarté verte, Solcum alors vit une chose qui le terrifia. Néanmoins, ce dont il s’agit ne pourra être dit que dans un prochain épisode.

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04/08/2013

Haute-Corse et Savoie du Sud

bastia.jpgJe suis récemment allé en Corse. Durant mon séjour, j’ai pu lire, dans le quotidien Corse-Matin, que l’équipe de football de Bastia s’était préparée à la nouvelle saison de championnat en Savoie, à Combloux.
 
Cela m’a surpris, car on me dit souvent que la Savoie ne doit pas être confondue avec la Haute-Savoie, et un éditeur m’a refusé, pour un livre que j’avais écrit, le titre La Savoie des écrivains, parce que dedans il était également question de la Haute-Savoie. En Corse, on n’a pas l’air du tout d’ignorer que la Haute-Savoie est bien une partie de la Savoie au sens large.
 
Au demeurant, dans une Anthologie de la poésie française de Jean Orizet parue aux éditions Larousse, j’ai pu lire également que Jean-Vincent Verdonnet et Michel Butor habitaient en Savoie - l’un à Lucinges, l’autre à Vétraz-Monthoux!
 
La confusion n’est possible qu’à cause du département de la Savoie. La fusion des deux départements est donc souhaitable, ou alors il faudrait que, comme en Corse, où les deux départements sont dits Haute-Corse et Corse du Sud, on rebaptise Savoie du Sud le département dirigé depuis Chambéry.
 
65.jpgJe dois ajouter qu’en voyant un livre, dans les librairies corses, qui s’appelait La Corse des écrivains, j’ai d’autant plus regretté que la Savoie n’ait pas adopté la méthode de terminologie pratiquée dans l’île de beauté… La Savoie des écrivains, c’était un beau titre, qui sonnait bien.
 
Mais quoi qu’il en soit, il m’a été difficile d’apprendre qu’au cours de sa préparation, l’équipe de Bastia avait battu celle d’Evian, lors d’un match amical. Je me suis consolé en me rappelant qu’à mes yeux, on était surtout de la patrie dont on respirait l’air, comme je l’ai écrit une fois: le génie du lieu ne vit-il pas dans les souffles?
 
Je reparlerai, si je puis, de celui de la Corse: Captain Corsica, en particulier, m’a inspiré, après que l’excellent Sylvestre Rossi l’a eu décrit, et que le non moins excellent peintre calvais Anto l’a eu représenté: chacun l’ayant fait de son côté, sans connaître l’autre! Mais le bleu roi mêlé au noir est présent dans les deux cas…

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02/08/2013

Lorànt Deutsch et la République

deutsch.jpgOn se souvient qu’il y a quelque temps, l’acteur Lorànt Deutsch, se lançant dans l’écriture historique, publia des livres ingénieux, sur Paris et son passé, en partant du nom des stations de métro: démarche éminemment pédagogique, que n’eût pas désavouée Pestalozzi, puisqu’il disait qu’il fallait partir de l’expérience concrète des élèves lorsqu’on cherchait à développer la connaissance historique. En France, le faire à Paris est assez facile, puisque la ville est assez sacralisée pour que les programmes nationaux soient centrés sur elle et ce qui s’y est accompli. Le régionalisme étant généralement combattu, il n’est même réellement permis d’appliquer les principes de Pestalozzi que dans la capitale!
 
Le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui est un brave homme, et trouvant probablement bonne la démarche de Lorànt Deutsch, a commandé un certain nombre d’exemplaires destinés à être distribués dans les écoles ou les collèges, et soudain, les élus communistes de la ville ont protesté, parce que l’auteur n’avait pas, disaient-ils, un point de vue républicain sur l’histoire. Comme si la République n’était pas la garantie de liberté de conscience, pour les historiens et les autres - la garantie que sur les Triomphe_de_la_République.jpgfaits on peut après tout penser ce qu’on veut, que le mystère des causes, notamment, est suffisant pour que l’âme les appréhende librement. Non: pour quelques-uns, la République n’est pas un Etat de droit protégeant la culture de l’ingérence du politique, mais une ligne idéologique imposée à la culture en général et à l’histoire en particulier!
 
Cela dit, il s’agissait peut-être seulement de dénoncer l’Union de la Gauche au Conseil municipal de Paris, en trouvant le libéralisme de Bertrand Delanoë impropre aux idées républicaines, que les communistes pensent représenter idéalement. Il ne me paraît cependant pas très correct d’avoir publiquement accusé Lorànt Deutsch d’être l’ennemi de la République.
 
À mes yeux, il faut dépasser les vieux antagonismes et admettre que, comme le disait le révolutionnaire savoyard Doppet - qui défendait les religions populaires contre les excès de l’armée républicaine -, la République est la liberté pour tous, et non une ligne idéologique prédéfinie.
 
Mais il y en a qui auront toujours besoin qu’on leur donne des vérités claires et simples sur les choses, que le vide effraie.

09:12 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook