07/09/2013

Nature de l’âme, âme de la nature (Victor Hugo)

les_travailleurs_de_la_mer.jpgDans Les Travailleurs de la mer, Victor Hugo affirme que les tempêtes sont des colères de la nature: comme au sein de tout romantisme authentique, il voyait le monde comme un homme gigantesque dont les membres sont dispersés, et il ne pensait pas tomber dans un anthropomorphisme abusif lorsqu’il attribuait à l’univers des désirs, des sentiments, des pensées. Ces dernières étaient figurées par les anges se tenant derrière le voile de lumière du monde sensible… Dans La Légende des siècles, il les montre aidant l’homme à évoluer, leur apprenant à se passer d’eux et à devenir les maîtres de leur destinée!
 
Ainsi, lorsqu’il attribuait à Jean Valjean une tempête sous un crâne, il ne fallait pas considérer qu’il s’agissait d’une simple métaphore: on devait prendre l’expression au sens littéral. Le dedans avait un infini qui reflétait celui du dehors - et celui du dehors à son tour manifestait celui d’un dedans.
 
Le sentiment de beauté renvoyait ainsi à la présence invisible de nymphes, comme lors de la visite par Gilliatt de la grotte marine chatoyante de lumière où Hugo dit nécessaire l’existence en son sein d’un avatar de Diane ou de Vénus…
 
HORLOGE-ASTROLOGIE-Heilbronn-ALLEMAGNE-300x297.jpgIl allait jusqu’à relier les destins aux étoiles, aux figures du zodiaque, comme les anciens!
 
On découvre, en lisant saint Augustin et Prudence, que les anciens Romains adoraient l’astrologie, et que ce sont les chrétiens qui l’ont maudite, parce qu’elle privait de liberté l’âme humaine: le Christ foule aux pieds les étoiles, disait-on! Mais il s’agissait probablement d’une version dégénérée de l’astrologie, à laquelle on s’en prenait, car le poète Catulle, six siècles auparavant, affirmait lui aussi que les dieux foulaient les étoiles… Ils pouvaient également, en principe, arracher l’homme à sa destinée!
 
La Rome décadente était tombée dans une sorte de philosophie mécaniste dont l’astrologie était la manifestation: on ne voyait pas plus loin que ce que montraient les corps célestes. La mythologie des Grecs était regardée comme vide; d’ailleurs on lui préférait désormais l’égyptienne, dont les figures, animalisées, semblaient davantage liées aux pulsions humaines spontanées. Mais de nouveau, sans doute, c’était une conception plutôt réductrice de l’ancienne spiritualité d’Égypte, qu’on affectionnait.
 
schelling.jpgIl est du reste étrange qu’on croie, en général, que c’est la science moderne qui a chassé l’idée d’un lien entre les astres et l’humanité, alors que cela vient plutôt des Pères de l’Église. Lesquels volontiers Hugo méprisait, comme on sait. Pour la science de son temps, il la disait myope. C’était un vrai romantique, mais en France, son ésotérisme n’était permis que dans la fiction poétique: Hugo n’aurait pas pu enseigner à l’Université, comme Schelling le fit à Munich!
 
Du reste, à la parution de ses Contemplations, on a dit, à Paris, qu’il avait perdu la raison. Certains le disaient devenu allemand, ce qu’on prenait pour une insulte.
 
Il n’en reste pas moins le plus grand, le plus profond romantique que la France ait possédé, justement parce qu’il ne limitait pas, comme on le fait souvent, ce mouvement à l’art, mais lui faisait englober la philosophie, l’histoire, la science. Ce qui a pu tromper, à cet égard, étant qu’il ne l’ait fait que dans ses poèmes et ses romans!

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