11/09/2013

Les anges de l’Escalade

Escalade-3dim.jpgEn visitant une exposition sur la représentation des saints dans les Alpes à la maison Tavel, à Genève, j’ai découvert la mythologie propre à la cité de Calvin, et elle m’a paru fascinante. Je suis resté en particulier songeur devant un tableau de facture à demi populaire représentant l’Escalade: sur les remparts de Genève, partout des anges, brandissant des épées flamboyantes. Dans le ciel, d’autres déployaient des banderoles à la gloire de la république. En bas, marchant près de l’enfer, les Savoyards avaient des airs d’ombres démoniaques.
 
On aurait tort de croire que le protestantisme de Calvin fut toujours réfractaire à l’imagination mythologique: si elle était conforme à l’esprit de la Bible, elle était autorisée. Il est en tout cas véritable que les Genevois ont conçu l’Escalade comme un miracle, un moment d’intervention de la divinité dans l’histoire. Ce tableau, beau dans sa conception, quoique l’exécution en soit un peu fruste, le prouve.
 
D’ailleurs, les tableaux allégoriques de la maison Tavel, représentant la Justice à la façon d’une force vivante - don de Dieu aux hommes, descente sur Terre d’un principe céleste - sont assez impressionnants aussi.
 
Je ne pense pas pouvoir défendre les Savoyards de 1602, face à un tel déferlement d’inspiration. Je peux seulement regarder ces images comme issues en partie de celles qui avaient orné la cathédrale 3-anges-musiciens.jpgSaint-Pierre dans les temps anciens, beaux anges musiciens qu’on voit encore au musée d’Art et d’Histoire, et l’esprit de liberté qui a prévalu à Genève comme ayant pu se développer sous les auspices du comte Amédée V de Savoie, lequel avait accordé à la ville de larges franchises, après avoir vaincu le comte de Genève même - pourtant, dit-on, aidé par une vouivre, un dragon!
 
Cependant, il faut admettre que le renouveau des temps modernes, au sein du monde francophone, est plus venu de la Suisse que de la Savoie: plus venu de Germaine de Staël et de Benjamin Constant que de François de Sales, qui avait plutôt cherché à garder intacte la tradition ancienne. Même Joseph de Maistre ne commença à écrire des chefs-d’œuvre qu’une fois installé à Genève et à Lausanne, et après avoir pu fréquenter le cercle de Coppet. À Chambéry, il se languissait. L’esprit de liberté l’a frappé à la faveur de son exil. 
 
Le romantisme, venu d’Allemagne, put transiter surtout par la Suisse. L’un des plus beaux livres de cette époque est le Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki, qui apprit le français en Romandie; et  le fabuleux Vathek, de Beckford, fut écrit alors que l’écrivain anglais résidait dans la région genevoise. Frankenstein, l’un des plus grands romans du temps, rend également hommage à Genève, qu’il lie à la Bavière, où le savant fit ses études.
 
Toutefois, le monstre prend refuge à la Mer de Glace! La Savoie aussi était impliquée…
 
En somme, les anges, lors de l’Escalade, étaient réellement présents: la peinture n’a pas menti, Genève devant rester libre pour apporter au monde français l’essence du romantisme allemand. D’ailleurs le grand Amiel à son tour se nourrit abondamment de celui-ci.

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