19/09/2013

Jean-Vincent Verdonnet a passé le seuil du couchant

Verdonnet Jean Vincent - Copie.jpgLe poète Jean-Vincent Verdonnet, si attaché à sa Savoie natale, a quitté récemment ce monde. Né en 1923 à Bossey, il appartenait à l’école de Rochefort, mêlant les figures du songe à la contemplation du paysage campagnard dans un style rigoureux - son plus illustre représentant étant sans doute René-Guy Cadou.
 
Jean-Vincent Verdonnet s’efforçait de saisir l’essence du souvenir, de ce qui secrètement l’anime. La beauté de ceux de l’enfance le fascinait: ils semblaient ouvrir sur un monde autre, puisque l’enfance même est, dit-on, proche des anges. Cependant, ceux-ci se rapportant à une doctrine religieuse explicite qui eût brisé le charme spécifique du souvenir, il se refusait à les nommer, préférant demeurer dans l’impression diffuse et profonde, au-delà des idées trop claires de la théologie. Il tâchait de capter ce qui dans la nature même pouvait subsister du charme qu’elle avait eu lorsque les yeux de l’être humain s’étaient ouverts, avant que sa pensée ne se mît distinctement en marche. On pourrait dire, ainsi, qu’il a placé dans le filet magique de ses mots la substance spirituelle du Genevois savoyard, qui l’avait vu naître.
 
À la perspective angoissante de la mort, il opposait, précisément, cette substance, cristallisée dans ses vers, et regardée par lui comme immortelle - éternelle. S’il rejetait le religieux, en privé, il appréciait qu’on parlât des êtres élémentaires, des gnomes animant la nature sensible. Or, dans nombre de ses poèmes, il allait tout de même jusqu’à attribuer aux étoiles une profondeur morale, comme lorsqu’il déclare qu’elles peuvent apporter le salut. La beauté du couchant, des soirs d’automne, annonçait également un monde sublime, dans lequel, pour reprendre une de ses images, les chevaux enchantés de la lumière tourneraient en une sorte de manège infini!
 
L’enfance servait de référence aux personnifications: le soleil offrait ou reprenait ses billes, et le miel se chargeait de lueurs magiques. Jean-Vincent Verdonnet était le témoin d’une époque disparue, qui apparaissait comme plus belle: il rappelle ce que Henry Bordeaux disait de son Chablais natal, qu’il s’agissait d’une Atlantide, d’un monde fabuleux qui avait été mais n’était plus!
 
Puisse-t-il à présent chevaucher les chevaux transfigurés du vieux manège jusqu’au cœur palpitant des astres, où les amis des hommes certainement l’attendent!

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