27/09/2013

Imaginations planétaires de Bernardin de Saint-Pierre (II)

tumblr_lvx135JQEL1qkd7h4o1_500.jpgNous avons déjà évoqué les rêveries harmoniques qu’inspirèrent à Bernardin de Saint-Pierre plusieurs planètes; continuons avec Jupiter, Saturne, Uranus.
 
De la première, il imagine que ses bandes visibles correspondent à des alternances de mers et de terres. Les habitants doivent donc se partager entre des plaines immenses où ils pratiquent l’élevage et des mers où ils pêchent; il assure: Éclairés par des aurores constantes, qui se mêlent aux douces clartés des lunes, lorsqu’ils traient leurs nombreux troupeaux dans leurs vastes prairies, ou qu’ils étalent, avec leurs filets, des légions de poissons sur leurs grèves sablonneuses, ils bénissent la Providence, et n’imaginent point de plus beaux jours, ni de plus heureuses nuits.
 
Pour Saturne, Bernardin évoque évidemment son merveilleux anneau, qui fait l’admiration de ses habitants, surtout la nuit… Non seulement il est lumineux, mais il contient, lui-même, des terres, des montagnes, des lacs… Comme des deux côtés s’étendent ces pays étranges, les montagnes ont leurs bases communicantes, et les êtres vivants ont aussi des pieds posés les uns contre les autres, jusqu’à ceux des amants qui se donnent les mains aux extrémités de leur anneau. Georges Gusdorf disait Bernardin de Saint-Pierre délirant mais touchant dans ses inventions; ce passage en donne un exemple.
 
Les lunes de Saturne font dans le ciel un ballet gracieux et beau. Quant à la lumière qui se déverse sur le sol de la planète, elle est chatoyante et d’une fabuleuse variété.
 
Comme le sol n’a pas d’aspérités, il doit être couvert de pelouses ondulant sur des collines couvertes d68landscapes04m241.jpge cèdres et de genévriers: La fable n’a rien imaginé d’aussi merveilleux que ce qu’a exécuté autour de ses habitants la nature, conclut notre auteur!
 
Il appelle encore Uranus du nom de son découvreur, Herschell; il conjecture qu’elle est semblable à Jupiter et Saturne - plate, faisant alterner la mer et la terre et propre à réverbérer les rayons du soleil.  Comme le Créateur ne fait rien d’absurde, il a dû y placer des volcans pour en réchauffer le sol, comme on le voit en Islande. Des mousses pendent en grandes draperies dans les forêts du pôle, et les mers abondent en gros cétacés qui fournissent l’huile dont les hommes ont besoin. Semblables aux Lapons, les Herschelliens ont des troupeaux de rennes et des chiens fidèles - et une douce lumière, renvoyée par les neiges et les eaux glacées, les environne. Ils ont des mœurs pures comme des Finlandais, adorant l’Auteur de la Nature et chantant ses louanges sans tomber dans la corruption des peuples disposant de cités et de technicité avancée!
 
Un bien joli tableau... Mais qui se contentait de transporter sur les autres planètes des éléments de la Terre qui charmaient cet étrange disciple de Rousseau.

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