29/09/2013

Une anthologie bilingue corse

antulugia.jpegPendant mon dernier voyage en Corse, j’ai lu une Antulugia bislingua di a literatura corsa, par Jean-Guy Talamoni, afin de connaître un peu la langue corse, me familiariser avec elle, et aussi saisir de quoi parlent les écrivains dans cette langue.
 
Il y avait beaucoup de poètes, signe que le parler qui émane naturellement d’un pays, qui sort pour ainsi dire de sa lumière, est toujours plus propice à l’expression des sentiments intimes que la langue imposée par l’administration, qui paraît toujours rester plus ou moins à la surface.
 
La plupart des sujets étaient liés à la vie au village autrefois: on assimile la Corse aux aïeux, au foyer ancestral, et c’est un trait qui existe aussi en Savoie - et, je pense, dans toutes les régions de France. Plus propres à la Corse étaient les évocations historiques, à demi épiques, concernant Sampiero Corso, et, surtout, Pascal Paoli. Le premier était un fier et farouche soldat qui luttait contre la république de Gênes, et le second est le grand républicain qui pensa pouvoir créer une Corse indépendante et libre et qui fut ensuite floué par la France. Une certaine nostalgie habite ces poèmes à leur gloire, un regret de ce qui aurait pu être et n’a pas été.
 
Cela constitue, cette fois, une différence avec la Savoie, où, en langue locale, les poètes n’ont pas tellement évoqué l’histoire, qui se faisait et se chantait plutôt en français - et essentiellement pour des seigneurs du Moyen Âge. Il y a, dans les vers des Savoisiens, le ton nostalgique du romantisme allemand, avec ses cours féodales, ses chevaliers courtois, ses troubadours, ses dames et leurs mystères. Car même les romantiques français ont peu chanté saint Louis et Philippe-Auguste. Corte-75.jpgIls se focalisaient sur Louis XIII.
 
À cet égard, la Corse a quelque chose qui rappelle les Genevois, plutôt les chantres de grands républicains de la Renaissance.
 
Je n’ai pas vu beaucoup de textes retenus par Jean-Guy Talamoni évoquant les croyances populaires, alors qu’en savoyard Amélie Gex en a beaucoup fait; mais il y en a.
 
Pour ce qui est de la langue, j’ai évidemment trouvé que le corse était proche du toscan, même si les voyelles sont souvent plus fermées et les consonnes des articles définis presque toujours absentes. Comme je connais bien l’italien, le corse m’a paru presque plus facile que le savoyard!
 
Cette lecture fut pour moi des plus enrichissantes, et m’a permis de mieux pénétrer l’âme de l'île - ou simplement de saisir les panneaux et affiches écrits dans cette langue née du lieu.

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