01/10/2013

Catholicisme romain et pensées d’Orient

Arien.gifDans le Coran, il est dit que Jésus est né d’une vierge et d’un être surhumain, qualifié de parfait, semblant apparaître et disparaître à volonté.
 
Selon Henry Corbin, cela renvoie à l’héritage, au sein de l’Islam, de la tradition gnostique. Joseph de Maistre même fit de l’Islam une branche détachée du christianisme, et le compara au protestantisme, qui selon lui n’admettait pas la divinité de Jésus et en faisait un être humain exceptionnel, mais non le Fils de Dieu, comme l'affirmait le catholicisme.
 
Maistre et Corbin pensaient, également, que l’Islam avait un rapport avec l’arianisme, hérésie chrétienne émanée d'Arius, moine oriental, qui séduisit les Goths, et regardait le Fils comme non consubstantiel au Père.
 
Les Germains installés en Espagne et en Afrique étaient de cette doctrine, et Corbin, dans son Histoire de la philosophie islamique, en tire que l’installation du Califat en Espagne en fut facilitée, plusieurs Wisigoths considérant comme naturel le passage de l’arianisme à l’Islam. Il cite même des penseurs d’origine germanique qui se sont convertis et sont devenus des références en matière de théologie musulmane.
 
Les Burgondes de notre région lémanique et savoyarde aussi étaient ariens, et ce fut le prétexte brandi par Clovis pour attaquer le roi Sigismond et le remplacer par un prince issu de sa propre dynastie. 
 
On sait que sous Dagobert la France et la Bourgogne furent réunies sous un même sceptre, ce qui favorisa l’unité voulue par Charlemagne. Par la suite le royaume de Bourgogne renaquit de ses cendres, puis fut intégré au Saint-Empire romain germanique, son gouvernement ayant été alors confié aux comtes de Savoie.
 
Les Francs se convertirent plus tardivement que les Goths et les Burgondes au christianisme, et sans passer par l’arianisme: ils adhérèrent directement au catholicisme épuré qui s’était imposé à Rome. Cela explique, en réalité, l’orientation très rationaliste de la France proprement dite, de Paris, et son lien profond avec l’ancienne tradition latine: les Italiens, les Savoyards, les Provençaux, les Espagnols, ont souvent paru conserver quelque chose 1181_Arius.gifd’oriental. En France, il existait un courant chrétien nourri de stoïcisme, de la philosophie de Sénèque, que détestait par exemple François de Sales, davantage l’héritier du mysticisme italien ou allemand, de saint François d’Assise et de Maître Eckhart.
 
Cependant, le romantisme a tendu à s’écarter de cette tradition purement latine, et Flaubert, par exemple, s’est beaucoup référé à Arius, dont la doctrine est présentée dans sa Tentation de saint Antoine. Elle ramène à l’assimilation du Christ au Soleil. Flaubert rejetait une religion abstraite, détachée de la nature.
 
Était-ce dû, mystérieusement, à ses origines normandes? Car la Normandie fut fondée par un prince de Norvège… Mais l’écrivain se disait lui-même issu d’individualités ayant vécu à d’autres époques. Dans une lettre à George Sand, il les évoque - et elles sont toujours situées dans l’espace méditerranéen. Il était fasciné par l’Orient: sa chaleur, sa lumière contenaient de quoi combler des aspirations profondes: elles étaient pour lui la porte de la divinité. L’intellect seul lui semblait pauvre, en comparaison. Il rejetait le scientisme à la française, tel que pouvait l’incarner son célèbre Homais, mais aussi le catholicisme traditionnel, fondé sur la rhétorique et l’art de la polémique.

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