07/10/2013

Jean-Pierre Dionnet: des dieux et des hommes

2205063745.jpgJ’ai lu récemment le premier tome d’une bande dessinée parue en 2011, Des Dieux et des hommes, écrite par Jean-Pierre Dionnet, dessinée par Laurent Theureau. On connaît bien le premier, notamment pour avoir participé à la fondation de Métal Hurlant, pour avoir signé plusieurs bandes dessinées légendaires - ou pour d’autres choses encore. Le second se reconnaît un disciple de Moebius, et comme lui il crée des espaces colorés et purs mêlés de figures fantastiques - comme un monde idéal et fantasmatique, typique d’une science-fiction française tendant au rêve éveillé.
 
J’ai beaucoup aimé cet album, dont l’action est située au sein d’un monde parallèle dans lequel des surhommes incroyables sont mystérieusement apparus, pendant que l’humanité ordinaire disparaissait. Ils volent, commandent aux éléments, aux animaux, logent dans des palais futuristes suspendus au-dessus du sol, et pendant ce temps, les mortels ordinaires vivent sous des dômes de verre, et leur nombre se réduit.
 
On reconnaît là encore quelque chose d’assez français, dans l’absolutisme: on n’entend pas se contenter de placer des superhéros dans une réalité normale, comme le font les Américains, soit parce qu’on a du mal à concevoir la présence du fabuleux dans ce que le scientisme pose comme en étant dénué, soit parce que l’enthousiasme suscité par le merveilleux donne immédiatement envie de créer un monde, de donner libre cours à l’imaginaire. Comme déjà on l’observait dans le surréalisme, il existe une sorte de rage à s’opposer au naturalisme, et cela fait plonger dans ce qu’on pourrait appeler le psychédélisme. Cependant, cela permet aussi le grandiose, la flamboyance des formes, des couleurs, des concepts.
 
Il semble que ces êtres sublimes soient nés de mutations postérieures à leur première naissance; on ne les dit venus au monde qu’après l’apparition de leur nouvelle nature. On ne sait néanmoins à quoi ces métamorphoses sont dues. Est-ce miracle? Hasard? Impossible à dire. Mais l’idée de la seconde naissance rappelle les mythes liés à l’initiation. Corbin raconte que les chevaliers d’Ormuzd, en Perse, dataient leur âge du moment où ils avaient reçu la lumière; l’être antérieur n’était plus. Désormais, ils étaient semblables aux anges!
 
Quoi qu’il en soit, Jean-Pierre Dionnet appartient aux excellents artistes qui ont animé culturellement Paris durant des décennies, parallèlement à une littérature officielle qui se languissait dans un naturalisme ou un psychologisme désuets. Cet album le confirme encore.

13:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Bien vu, JPD/merci

Écrit par : JP Dionnet | 07/10/2013

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