17/10/2013

La Brigade chimérique de Lehman, Colin, Gess, Bessonneau

la_brigade_chimerique_1_51889_7866.jpgLa Brigade chimérique, roman graphique paru en 2009, a fait date dans l’histoire du genre en France, parce qu’il tentait de ressusciter les superhéros locaux de la grande époque du merveilleux scientifique.
 
Serge Lehman, le concepteur, s’efforce, en même temps qu’il narre l’histoire des demi-dieux de Paris, d’expliquer leur mort; ce mélange entre le récit et son commentaire ne m’a pas paru, à vrai dire, des plus heureux. En principe, les superhéros se révèlent dans l’action même; or, ici, à peine les personnages ont-ils le temps de trouver une nature stable, cohérente, claire, et de se mettre en ordre de bataille, qu’ils sont aussitôt anéantis par leurs rivaux de l’Allemagne nazie! Cela paraît manquer de cohérence.
 
Il aurait fallu, je crois, moins théoriser la chose, et davantage suivre l’histoire officielle, qui fait en particulier de Charles de Gaulle un homme providentiel. Lui-même l’assuma clairement, dans ses mémoires, en assimilant la France à la fée des contes et à la madone des églises, et en se présentant comme son envoyé. Serge Lehman estime que ce fut un mythe creux; mais est-ce le cas? Est-il moins lié aux archétypes jungiens qu’il dit que ses propres héros le sont? Je ne crois pas.
 
J’ai le sentiment d’une démarche un peu compliquée: l’allégorie historique se bri0.jpgmêle d’un discours sur l’histoire même, et je crois qu’il eût été plus simple de montrer des superhéros français revenant de Londres grâce à l’appui de leurs homologues d’Amérique. D’ailleurs, Superman n’est-il pas devenu le protecteur de la tour Eiffel, après 1945? Sous sa cape, Fantômette pouvait arrêter les voleurs…
 
Cela dit, jusqu’à cette fin à mon sens décevante, la lecture de l’album saisit assez. L’action est bien mise en place par le scénariste Fabrice Colin, le dessin de Stéphane Gess Girard, net et agréable, rappelle Jacques Tardi, et les couleurs de Céline Boissonneau mettent en valeur les costumes des surhommes de façon convenable. La nostalgie du Paris d’autrefois, du temps où on pensait que la ville faisait rayonner sur le monde l’esprit scientifique, est sensible, et a du charme. Alors une littérature populaire pleine de vitalité existait, qui a disparu par la suite. Sur la cité flottaient des nuées multicolores pleines de rêves!
 
Le regret des temps anciens a poussé Serge Lehmann à publier de volumineuses notes dans lesquelles il cite ses sources: quoique intéressantes en soi, elles donnent l’impression fâcheuse que sa mythologie fut un peu trop fabriquée - qu’elle se contente de recombiner de vieux éléments. Mais il faut avouer que la richesse de ceux-ci a souvent porté son inspiration. L’album contient des figures dont la beauté est réelle. L’ensemble m’a semblé très positif.

08:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.