29/10/2013

Manuel Valls et le civisme

87292011_o.jpgManuel Valls, dans ses discours, semble parfois se décharger de son travail de ministre de l’Intérieur sur les erreurs supposées de la Création. Au lieu de se contenter de renforcer l’efficacité du système policier dans l’exécution des procédures, il entend aussi reprocher à certaines communautés de manquer pour ainsi dire de civisme. Or, non seulement il n’existe pas de base légale pour mettre en cause une communauté dans son entier, le droit ne s’appliquant en principe qu’aux individus, mais, de surcroît, il ne sert en fait qu’à peu de chose de se plaindre que les gens n'aident pas spontanément la police, quand on est ministre de l’Intérieur. Ce serait plutôt le travail d’une instance morale indépendante - prêtre, philosophe, instituteur!
 
Il est vrai qu’en France, l’éducation est largement nationalisée. Mais cela veut dire qu’en parler serait plutôt du ressort du ministre de l’Éducation, et encore son rôle n’est-il pas de s’adresser publiquement aux adultes, mais de demander aux enseignants du secteur public de développer le sens civique chez les enfants. Or, ils s’y efforcent depuis toujours. Qu’est-ce qui à cet égard ne marche pas?
 
J’ai déjà dit qu’à mes yeux l’élève n’acquérait aucun sens civique si l’enseignement se résumait à des paroles abstraites, à des formules toutes faites. Une connaissance théorique de ce qui constitue la citoyenneté permet certainement de reprocher aux autres d’en manquer, quand on les voit agir, mais pas du tout, en réalité, d’avoir envie soi-même d’en appliquer les principes! Il est généralement plus pratique de s’imaginer qu’on se comporte tout à fait comme il faut parce qu’on sait en théorie comment il faut se comporter. Mais il existe un gouffre entre l'idée et son application.
 
Comment le combler? Comment s’y prendre pour que l’envie de bien faire s’enracine dans les cœurs? Pour moi, il faut rendre vivants les concepts au travers de figures qui frappent l’imagination. Rousseau, qui l’avait compris, proposait, à cet égard, le modèle des grands hommes antiques; certains les trouvent démodés. Le latin et le grec ne s’apprennent plus guère. Actuellement, des auteurs de bandes dessinées créent des superhéros républicains qui peuvent enchanter les plus jeunes: le Garde Républicain, le Coq Gaulois essaient tant bien que mal de donner un pendant à Captain America. Mais beaucoup d’enseignants trouvent ce genre de récits ridicule, et les enfants le ressentent. Alors la thumb.jpgsolution est dans les héros républicains classiques créés par Victor Hugo, le Gauvain de Quatrevingt-Treize, Jean Valjean - ou l’ange de la Liberté de La Fin de Satan: car il faut aussi prolonger la chose vers le mythe, si l’on veut enraciner les valeurs illustrées dans l’âme.
 
Quoi qu’il en soit, j’ai voté pour François Hollande parce que je trouvais que son prédécesseur s’en prenait trop à des communautés, et créait des tensions; je regrette qu’il n’impose pas assez fermement à ses ministres de ne pas chercher à acquérir de la popularité par ce moyen plutôt négatif.

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