14/11/2013

Le corps humain reflet de l’univers

Conversation-avec-Dieu.jpgPlusieurs savants ont fait remarquer que l’être humain, lorsqu’il créait des mythes, suivait des structures inscrites dans son cerveau: le Chambérien Gilbert Durand, disciple de Jung et de Bachelard, était de cet avis.
 
Personnellement, j’irais plus loin: pour moi, l’imagination de l’être humain est la projection de la manière dont il vit son corps tout entier; il tire ses symboles de la manière dont il ressent l’ensemble de son organisme.
 
La polarité entre l’ombre et la lumière, le bien et le mal, répond à mes yeux au dédoublement de plusieurs parties du corps: les deux lobes du cerveau, certes, mais aussi les yeux, les oreilles, les bras - et ainsi de suite. Cela donne le sentiment du choix. Un côté, selon que le hasard des circonstances présentent les choses depuis la droite ou la gauche, apparaît comme préférable à l’autre.
 
Cela renvoie aussi à l’opposition entre le haut et le bas: d’un côté, la pesanteur terrestre, ressentie en particulier dans les jambes, mais aussi dans le ventre, et qui tire vers la mort; de l’autre, l’élan vital qui monte, comme chez les plantes. Saint Augustin le disait, il est des éléments qui sont attirés vers le haut, dont la polarité est céleste: il prenait comme exemple la flamme. Le choix en devient qualitatif en soi.
 
Mais si ces polarités étaient les seules existantes, l’être humain serait comme tiré à hue et à dia sans disposer d'aucune liberté: il existe un point d’équilibre, ressenti comme étant lié à l’amour, au cœur, et aussi aux bras - dont le funambule use pour rester sur le fil.
 
Or, dans les mythologies, ces polarités et ces points d’équilibre selon moi se retrouvent. Dans l’Odyssée, Zeus roi du Ciel s’oppose à Poséidon roi de la Terre. Ulysse semble la proie passive de ces forces divines; mais en réta_5_39.jpgalité cela n’est en aucun cas à concevoir indépendamment de son but personnel, qui est de rentrer à Ithaque et de quitter Calypso. Car ce choix l’emmène vers l’horizon, mais, conforme à la volonté de Zeus, il le tire en même temps dans le sens du bien.
 
Il cherche à abandonner les flots amers pour rejoindre son île aux blés dorés, et il doit pour cela affronter les êtres merveilleux qui vivent sur Terre - monstres, magiciennes, liés à Poséidon - en se fiant à l’intelligence qu’Athéna, fille de Zeus, vient déverser dans son âme.
 
Ce choix qui va dans le sens de la raison pourtant s’opposait à la qualité objective de la vie terrestre, puisque Calypso lui promettait l’immortalité dans ses jardins et que rejoindre Pénélope, c’est accepter sa condition mortelle. Le dilemme d’Ulysse n’a rien de simpliste: il n’est pas entre la force pure qui assouvit les instincts, remplit le ventre, et la faiblesse qui affame; il se complexifie à la mesure de la manière dont l’homme vit son corps, qu’il ne peut ni nier ni laisser dominer son intelligence. Parfois le mieux est l’ennemi du bien, dit-on!
 
D’autres exemples selon moi pourraient être donnés qui étendent l’image intérieure du corps vers les lointains de l’univers…

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