18/11/2013

François Hollande et les Bretons

saint_yves.jpgL’université d’été de Régions & Peuples Solidaires, fédération de partis régionalistes français, a eu lieu cette année à La Roche sur Foron, et elle était organisée par le Mouvement Région Savoie; j’y ai participé à ce titre. J’ai alors pu admirer la belle organisation de l’Union Démocratique Bretonne, la composante armoricaine. Elle bénéficie d’un tissu associatif fort, marqué par le catholicisme social.  La figure de saint Yves, évêque local qui a tout donné aux pauvres au treizième siècle, cristallise certainement cet esprit.
 
Le parti régionaliste breton, proche des socialistes, a obtenu un député à l’Assemblée nationale. Les promesses de François Hollande concernant la régionalisation et la reconnaissance des langues et cultures minoritaires étaient donc très attendues; l’espérance était grande.
 
Personnellement, je n’y croyais pas tellement, car les socialistes sont proches des fonctionnaires, qui restent les héritiers des idéologues de la Révolution, de ceux qui promouvaient le français et sa culture propre au nom de son universalité supposée. Ils découlent de Condorcet, Rivarol, Condillac - de l’intellectualisme parisien. Le régionalisme au contraire émane du romantisme. Il naquit en Allemagne contre Napoléon et ses planifications uniformisatrices, et même en France, il est lié à la figure de Lamartine, qui défendit Frédéric Mistral et chanta la Savoie. Victor Hugo, pareillement, se montra passionné par le folklore local, en Franche-Comté, en Île-de-France, mais aussi en Savoie, et dans les îles anglo-normandes. Mais la révolution industrielle et la Troisième République ont ramené, à travers le naturalisme, ou leFeu-artifice-Paris-Tour-Eiffel-2013-5.jpg scientisme, la prétention parisienne à l’universalisme, dont la tour Eiffel est le symbole.
 
Et le fait est que j’ai toujours pensé que Nicolas Sarkozy était en réalité plus régionaliste que François Hollande. Mais il demeurait bonapartiste, étatiste, et François Hollande, s’étant allié avec les écologistes - eux aussi issus du romantisme, et fédéralistes en théorie -, pouvait toujours faire rêver. Seulement, les écologistes devenus ministres à Paris s’efforcent à leur tour de se servir de l’État central pour imposer leur vision du bonheur; le régionalisme ne les attire plus. Des ministres socialistes d’origine bretonne sont du reste venus annoncer à Rennes que la régionalisation promise n’arriverait pas: ce que décide le Conseil régional ne pourrait pas s’imposer aux collectivités d’un rang inférieur.
 
Les Bretons se sont alors plaints: traditionnellement, ce que décide le Conseil régional d’Île de France s'impose bien aux communes de la banlieue parisienne!
 
Au bout du compte, la liberté culturelle reste en France un vain mot. On invoque toujours des principes supérieurs pour ne pas la laisser s’installer. L’unité nationale, l’État-Nation, le pacte républicain, en sont des exemples.
 
Mais l’Union européenne s’est construite sur le principe de la libéralisation culturelle. Les politiques français, effrayés, ont décidé de ne plus s’impliquer davantage dans cette Europe à vocation fédérale. Un sentiment de stagnation s’est emparé du pays, et la population a de plus en plus de mal à l’admettre.

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