02/12/2013

De Gaulle et le radium

4d2693cc-2f3c-11e2-bce1-acd3d4c06b2f-493x328.jpgL’écrivain Serge Lehman est un grand adepte du merveilleux scientifique, genre propre à la Troisième République, et dans son roman graphique La Brigade chimérique, il imagine que Marie Curie, par sa connaissance de ce qu’on appelait alors le radium, a pu libérer des archétypes spirituels de l’âme d’un Français de souche noble et les matérialiser, en faire des superhéros. Cette croyance que la science moderne peut créer une forme de surhumanité, et placer le mythe dans le réel, fait d’elle une pourvoyeuse de miracles. Elle est la voie des prodiges que l’humanité a acquise par ses propres forces rationnelles. Elle peut se passer désormais de la Grâce!
 
Joseph de Maistre déjà dénonçait comme illusion l’idée que la raison humaine pouvait, à grands renforts de constitutions, créer de but en blanc des systèmes politiques parfaits: c’est la nature qui crée les régimes, assurait-il! Et dans la mesure où ils sont une expression de la justice, cette nature est imprégnée de la divinité.
 
Or, Serge Lehman a également affirmé que quand Charles de Gaulle avait essayé de matérialiser le mythe, il n’y était pas parvenu, que c’était apparu comme fallacieux. A première vue, c’est étrange, car - on ne le mesure pas assez - par-delà son catholicisme affiché, le Général était complètement l’enfant de ce merveilleux scientifique...
 
Qui ignore qu’il croyait la technologie nécessaire à la réalisation des grands desseins de la France immortelle, qu’il estimait qu’elle seule avait la force de les cristalliser? Est-ce qu’il n’a pas, lui aussi, re63076405.jpegndu hommage à Marie Curie en faisant créer des centrales nucléaires, en acquérant la bombe atomique? Ne croyait-il pas cela indispensable à la gloire de la nation? N’attendait-il pas du radium qu’il donne corps à son idée de la France - qu’il regardait comme une personne, un être vivant? N’en espérait-il pas, pour elle, un surcroît de rayonnement?
 
Dans son autre roman graphique Masqué, Serge Lehman a rendu clair, à son tour, le lien entre la technologie et le génie national; car un préfet de Paris y initie un programme technologique qui provoque le surgissement d’un mystérieux plasme - flux spirituel dont va bientôt sortir, en même temps que des monstres, un superhéros au service du bien...
 
Néanmoins, je comprends le scepticisme, à l’égard de Charles de Gaulle, de Serge Lehman. Car je crois qu’en réalité les machines ne créent aucun merveilleux authentique, et que les superhéros n’ont rien de commun, quoi qu’on en dise, avec la technologie, qui n’est qu’une béquille rhétorique destinée à les rendre crédibles auprès du public, lequel est dominé par le scientisme. Le ressort profond des superhéros est mythologique; ils sont la matérialisation directe, symbolique, de forces d’en haut. Or, les machines, bien loin de permettre un tel miracle, apparaissent comme manquant le but. C’est dans la nature même que le prodige est attendu; non dans l’artifice.

13:48 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour, juste avoir lu cet article et j'ai trouvé cela très intéressant. merci.

Écrit par : Generique | 04/12/2013

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