31/12/2013

Le vaisseau spatial de Captain Córsica

Desert Agriates 41 - Plage de Saleccia.jpgEn Corse, l’été dernier, j’ai marché dans le désert des Agriates, qui bénéficie de plages fantastiques - à l’eau sublime, pareille à de la gemme fondue. Le chemin de sable où je cheminais était splendide; le paysage de collines sèches, magnifique.
 
Mais, dans le ciel, des nuages m’intriguèrent, que je n’avais pas vus auparavant. Ils avaient une curieuse forme circulaire, cylindrique, comme si les forces présentes dans le vent n’avaient rien d'hasardeux - ainsi qu'on s’imagine -, comme si elles obéissaient à la pensée géométrique. Comment l’expliquer? J’eus alors une révélation: ces nuages cachaient un vaisseau spatial - celui de Captain Córsica!
 
Car il en possède un, qui lui permet de se déplacer plus rapidement qu’on ne saurait le dire d’un endroit à l’autre de la Terre - mais qui lui permet, également, de rejoindre sans peine les étoiles où
vivent les génies dont il descend, dont son père est issu: car il n’est pas né sur Terre, le brave Cyrnos! Il est né sur une autre planète, pour ainsi dire dans un autre monde, situé dans le Ciel, mais on ne sait exactement où. D'ailleurs nommer un astre spécifique pourrait induire en erreur sur sa véritable nature, qui n'était pas celle d'un être physique. Pour autant, bien sûr, il ne remplissait pasdsc03610.jpg tout l’univers, il était bien lié à un astre particulier! Cyrano de Bergerac disait les génies, ou démons, originaires du Soleil et vivant sur la Lune; Cyrnos était certainement dans ce cas.
 
En tout cas, Captain Córsica se sert de son vaisseau spatial pour visiter l’espace intersidéral et rencontrer ceux qui y vivent. Il acquiert d’eux un surcroît de science, et y entretient des relations avec des représentants de son peuple; car sur Terre, il est comme en exil. Or, il faut le dire, son vaisseau spatial n’a rien de lourdement matériel: il n’est pas en fer comme ceux des mortels, mais tissé de clarté - pareil à de la lumière solidifiée. Sa substance éthérique peut avoir l'aspect extérieur du métal sans doute ; mais qui luit alors comme de l'or, quoiqu'il n'en soit pas. Il est tissé de ces rayons venus des astres qui pour les génies sont des fils de soie ou d'or et dont ils font des vêtements, des armes, des lampes, des véhicules - et ceux-ci sont bien différents des nôtres: vivants, ils ne polluent pas, ne font aucun bruit, laissent le silence régner ; à peine sent-on à leur passage un léger souffler d'air. Volontiers on les confond avec les comètes, parmi les mortels, et les anciens ont souvent peint ces nefs comme des étoiles que les modernes prennent pour des engins faits de métal physique - alors qu'il n'en est rien.
 
Serties de pierres précieuses qui flamboient, qui brillent jusque dans la nuit, elles sont d'abord des œuvres d’art! Et pvaisseaux-spatiaux-Mass-Effect-2-science-fiction-485x728.jpgourtant elles font tout ce que font les machines terrestres - et même davantage. Comment en serait-il autrement, puisque, en vérité, c'est sur leur modèle que nous avons inventés nos propres engins? C’est un grand secret du monde céleste.
 
Bientôt cependant le cylindre de nuages blancs s’étira vers les hauteurs: je sus que Captain Córsica s’en allait pour une visite au cœur des astres! Il rejoignait les siens. Je le perdis de vue. Et continuai mon chemin, songeant à ce que j'avais perçu des mystères du cosmos.
 
(En cette période de fêtes, je tiens à dire que quand Captain Córsica croise dans le ciel saint Nicolas qui descend sur terre dans son traîneau magique, il le salue joyeusement - ce que l'ange de Noël lui rend volontiers. On m’a même dit qu’il l’aidait et le relayait pour la Corse, ou qu’il transportait la fée qui le représente fréquemment en terres italiques, la soutenait dans ses efforts de tous les moyens qu’il possède: chose véridique.)

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28/12/2013

La Belle au bois dormant: un ballet russe

la-belle-au-bois-dormant.jpgJ’ai vu à Archamps, la semaine dernière, une retransmission filmée du ballet russe de La Belle au bois dormant, créé par Marius Petipa avec une musique de Tchaïkovski, et donné par le Bolchoï, à Moscou. Je n’ai pas vu beaucoup de ballets, mais suis toujours prêt à assister à des spectacles fondés sur la mythologie, et faisant intervenir le merveilleux. J’ai déjà évoqué ici ma déception face à deux opéras créés au Grand Théâtre, à Genève, parce que, selon moi, ils n’assumaient pas, dans leurs costumes, leurs décors, voire leur mise en scène, le mythologique inhérent à leurs sujets. Je dois dire que ce ballet m’a davantage plu dans la forme: le merveilleux m’y a paru cristallisé d’une façon plus authentique!
 
Il était peut-être moins ambitieux au départ, s’appuyant, non sur l’Edda ou le folklore tchèque, mais sur un conte français qui alliait le folklore allemand au style classique, et cherchant à rendre hommage à la cour des rois de France autant qu’à présenter un fragment du monde des fables. J’aime pourtant assez ce conte, que je trouve le plus beau de Perrault: le mystère de la septième fée oubliée y est magnifiqbolchoi-dornroschen_5087349.jpguement rendu. Mais le ballet faisait se vêtir le roi comme Louis XIV ou Louis XV, rappelant que la Russie des tsars, même romantique, regardait avec nostalgie vers ce moment glorieux de la patrie de Racine et de Voltaire!
 
La trame du livret en pâtit: le premier acte est magnifique, mais le second déçoit; au lieu d’un beau combat entre le prince, allié aux six bons génies qui accompagnaient les fées au début du spectacle, et les six démons de la sorcière, le baiser salvateur arrive rapidement, malgré les marques de colère de celle-ci. La fin, une revue dansée des personnages de Charles Perrault, donne l’impression que ce qui a précédé était artificiel et n’était destiné qu’à rendre hommage à l’ancienne France; cela gâche un peu.
 
Mais ce sont là des critiques adressées à Marius Petipa. Pour les artistes contemporains, je les ai
sleeping-beauty_bolshoi-10.jpgtrouvés très bons, et même si les sourires constants et les démonstrations athlétiques nuisent aussi à la dignité du tableau, l’esprit de la féerie était respecté maximalement. On entrevoyait, au-delà des ors, un monde plus beau, dont il venait des bouffées de lumière.
 
À cet égard, les Russes, davantage proches des Asiatiques que les Occidentaux, veulent peut-être plus souvent rester fidèles au merveilleux. Les Soirées du hameau de Nicolas Gogol, les poèmes de Pouchkine, l’ont jadis manifesté. La Belle au bois dormant, qui allie l’esprit oriental à celui de l’Occident, est quoi qu’il en soit une sorte de chef-d’œuvre.

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26/12/2013

Le merveilleux scientifique et la France conquérante

On a beaucoup essayé, ces dernières années, de réhabiliter le merveilleux scientifique - la science-fiction française d’avant-guerre, qui partait de la science moderne pour créer du fabuleux et s’efforçait, 1521270_607662299304680_1515288349_n.jpgen réalité, de ranimer le romantisme au sein du scientisme régnant. Car le naturalisme avait obligé la pensée à se lier aux phénomènes qu’on pouvait observer, mais la science-fiction voulait les extrapoler - et, ce faisant, elle réhabilitait, au fond, le Père Noël, mais à condition qu’il voyage en vaisseau spatial!
 
Elle se lia, du coup, au surréalisme, tout en demeurant en principe l’héritière des philosophes classiques, qui faisaient des peuples occidentaux, dotés de l’esprit rationaliste nécessaire, pensait-on, aux grandes découvertes nouvelles, les guides obligatoires de l’humanité sur la voie du progrès! Condorcet avait désigné explicitement les Français et les Anglais. (Ainsi est né, en vérité, l’esprit colonialiste.)
 
Dans les milieux intellectuels français, sous la Troisième République, ces idées étaient assez répandues - comme j’ai pu l’expérimenter en écrivant mon livre sur Victor Bérard, helléniste distingué, ancien élève de l’École Normale Supérieure, qui détestait l’Allemagne et son romantisme, et pensait que les Français devaient civiliser les Arabes en les gagnant à leurs idées propres.
 
de1af329787717267b237a2caa8a2b7f.jpgJ’ai vécu, à Paris, près de la Porte Dorée, où on peut admirer une belle statue dorée de la France civilisatrice - sorte de Pallas Athéna appelée à éclairer les peuples de ses lumières. Une jolie fontaine de faux marbre est à ses pieds, et l’eau de la science universelle apparemment y coule. À sa droite, de l’autre côté de la rue, s’élève un bâtiment qu’on nommait autrefois le Musée Colonial, et qui s’appelle à présent le Musée des Arts Africains et Océaniens: c’est plus chic. À quelques dizaines de mètres derrière, hasard ou non, se dresse le grand rocher du zoo de Vincennes!
 
C’était toute une époque. Jules Ferry, lui-même, était alors convaincu que l’école de la République était faite pour civiliser l’univers. La tour Eiffel, érigée à l’occasion de l’Exposition Universelle, participe du même esprit, puisque sa mission était de montrer au monde stupéfait le niveau technique inouï de la France - et, dans le même temps d’envoyer des ondes radiophoniques susceptibles d’unir intimement les esprits de toute la nation!
 
Cet enthousiasme, il faut l’admettre, s’est atténué, à la suite du déclassement de la France au profit des États-Unis. L’idée n’a pas disparu, mais elle a donné lieu à des certitudes moins franches. Le merveilleux scientifique a été remplacé par une science-fiction souvent psychédélique, développée en imitation des Américains mais au sein de laquelle la science apparaissait de plus en plus comme un alibi. La littérature officielle, au contraire, s’est recroquevillée sur le psychologisme traditionnel, inventant l’autofiction; la cassure a été approfondie, entre le peuple et les élites. La nostalgie du merveilleux scientifique fait peut-être écho à l’aspiration à retrouver l’unité perdue…

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24/12/2013

Jean Reynaud et son temps

saint-denis-hierarchie-celeste.jpgJ’ai évoqué la figure de Jean Reynaud, qui pensait que les astres étaient répartis dans le ciel selon un ordre moral universel, et que les hommes pouvaient y renaître en monstres ou en anges selon leurs pensées et actions en cette vie. Il établit ainsi une hiérarchie, et affirme qu’on peut communier en esprit avec les êtres sublimes, que l’âme les touche invisiblement.
 
Victor Hugo reprendra cette image de la hiérarchie des êtres dans ses Contemplations. L’existence ne s’arrête pas à la matière, mais continue au-delà, affirme-t-il, pour se perdre à la fin dans la clarté divine:
 
Crois-tu que cette vie énorme, remplissant
De souffles le feuillage et de lueurs la tête,
Qui va du roc à l’arbre et de l’arbre à la bête,
Et de la pierre à toi monte insensiblement,
S’arrête sur l’abîme à l’homme, escarpement?
Non, elle continue, invincible, admirable,
Entre dans l’invisible et dans l’impondérable,
Y disparaît pour toi, chair vile, emplit l’azur
D’un monde éblouissant, miroir du monde obscur,
D’êtres voisins de l’homme et d’autres qui s’éloignent,
D’esprits purs, de voyants dont les splendeurs témoignent,
D’anges faits de rayons comme l’homme d’instincts;
Elle plonge à travers les cieux jamais atteints,
Sublime ascension d’échelles étoilées (…)!
 
Dans le même temps, en Savoie, Marguerite Chevron, inspirée par Lamartine, fit des poèmes sur la hiérarchie des anges et leurs vertus et attributs - mais d’une façon plus conforme et plus fidèle à l’ésotérisme chrétien, plus détaché de la science moderne, qui avait encore peu pénétré le Duché. Maurice Dantand, un peu plus tard, commencera à l’intégrer, tout en restant très catholique. Il se posait comme adorateur du Christ tout en évoquant avec sérieux les vies successives, ainsi que la présence d’hommes sur les autres planètes et des dieux de l’Olympe dans l’espace intersidéral!
 
Lorsqu’il évoquait les peuples extraterrestres, néanmoins, ils étaient en général infâmes, dirigés par de mauvais prêtres, parce que non régénérés par Jésus-Christ. Peut-être avait-il lu Reynaud, car il semble l’imiter; à moins FCLetters_1926 North. lights.jpgqu’il n’ait puisé dans la poésie de Victor Hugo. Tout en demeurant à certains égards classique, ayant pour clairs modèle Ovide et Virgile, il appartenait à la communauté oubliée de ces philosophes romantiques illuminés et auteurs de poèmes en prose - tels Ballanche, Quinet.
 
Henry Bordeaux a parlé de lui et de son Olympe disparu, de son veuvage et de ses filles extrêmement pieuses; c’est un auteur méconnu.
 
(Ce jour invite à ajouter plaisamment que ces strates invisibles des êtres évoquées par Hugo sont certainement le lieu d'habitation permanent de notre sympathique Père Noël - qui, je crois, en descend chaque année pour distiller ses grâces sur les cœurs; je souhaite donc aux lecteurs de ce blog un joyeux Noël.) 

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20/12/2013

Degolio XXIX: les Cybernanthropes du Spectre

996693_10152024343177420_616359949_n.jpgDans le précédent épisode de cette extravagante série, nous avons laissé le Génie d’or (Docteur Solcum) au moment où il venait de recevoir un coup puissant de son ennemi, Fantômas.
 
Or, celui-ci jadis n’avait été jadis qu’un homme; mais, voué aux puissances de l’abîme, il avait acquis la science qui lui permettait dorénavant d’être pour le moins aussi puissant que les génies: il pouvait désormais affronter Solcum sans crainte!
 
Pendant néanmoins qu’il s’occupait de le meurtrir, Captain Corsica, de son côté, se remettait de la terrible attaque subie par lui-même, et, bientôt, il put le viser de son fusil ravageur - rechargé par le flux des énergies cosmiques, lesquelles il pouvait capter, concentrer, et projeter en rafales. Or se nommait-il Orcïnder, comme revenant à dire foudre furieuse en langage ogre; un esprit l’habitait, placé en lui par Cyrnos et ses nains ouvriers.
 
Le héros tira, et l’être qui était dedans cracha son feu, puisé à celui des astres!
 
Le monstre parvint à l’éviter - si rapide était-il -, et l’éclair ne fit que raser son manteau. Mais des étincelles qui s’en détachaient atteignirent le tissu, et l’enflammèrent.
 
Fantômas s’en débarrassa, le jeta, et les deux héros virent en leur ennemi un corps absolument noir, mais comme tenu par des fils blancs, en réseau. Cependant, dans ses mouvements, ses membres 480359_10151455058498598_1685915935_n.jpgsemblaient se déformer, comme s’ils n’étaient faits que de fumée: étrange chose!
 
Or, se voyant face à ces êtres puissants, il s’exclama: Vous croyez que vous allez m’avoir! Hé bien, amusez-vous! Et, d’un cri qui s’acheva en un grand ricanement, il fit surgir d’un recoin sombre de son affreuse caverne des hommes semblables à ceux que Solcum avait combattus dans l’avion, mais plus mécanisés encore: ils étaient des sortes de robots, d’hommes auxquels on avait adjoint du métal et du plastique - et leur sauvagerie était inouïe, car ils avaient comme perdu leur âme!
 
Un ordinateur avait été intégré à leur cerveau pour commander aux mécanismes insérés dans leurs membres; parfaitement coordonnés entre eux, et comme dirigés par une seule conscience, ils étaient pareils aux doigts d’une main - dont ils avaient le nombre. Aussi les appelait-on les Cinq Cybernanthropes du Spectre!
 
L’appel soudain du démon n’avait, du reste, pas éveillé leur esprit - car ils n’en avaient plus, à proprement parler -, il ne leur avait pas donné un ordre au sens commun du terme, qu’ils eussent été libres de suivre ou non: il avait plutôt déclenché un mécanisme sensible au timbre de sa voix et à certains sons qu’il était le seul à connaître. Alors, spontanément, et pareils à des automates, ils étaient sortis de niches dans lesquelles ils s’étaient tenus jusque-là cachés, immobiles. Si on s’était approché, on aurait pu les voir debout, tels des statues, ou d’obscures sentinelles. Leur entendement, même, ne s’était animé qu’à la faveur de cet appel: sinon, ils étaient comme hors de toute conscience, comme en profond sommeil.
 
Ce qui s’ensuivit néanmoins ne pourra être dit qu’une fois prochaine.

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18/12/2013

Romantisme, régionalisme, fédéralisme

Ricarda_Huch,_1914.jpgLe romantisme authentique est né en Allemagne contre la France de Napoléon, et il rejetait fondamentalement le centralisme et l’uniformisme hérités des planifications des Idéologues, eux-mêmes issus du rationalisme philosophique des Lumières. Ricarda Huch, auteur d’un remarquable ouvrage sur le romantisme allemand, déclara, à ce sujet: Dans l’État français, la centralisation avait vaincu depuis des siècles, ce principe mécanique, nu, mesquin, tueur de vie, que le romantisme pourchassait dans tous les domaines. De même que le romantisme poursuivait Newton parce qu’il avait introduit le mécanisme dans la physique et l’astronomie à la place de la vie, de même il combattait la France parce qu’elle était l’État qui, par un calcul et une construction arbitraires, prétendait créer artificiellement des échanges organiques. En ce sens, la Prusse représentait elle aussi le principe ennemi, le concept mort en regard de l’idée vivante, le conscient opposé à l’inconscient, l’esprit sans la nature; l’État prussien dans son ensemble était la création arbitraire de quelques hommes, il n’avait aucune racine dans le passé lointain, il s’agrandirait d’une manière fatale; il était aux yeux des romantiques privé de la sanctification qui découle d’une participation constante à la source divine.
 
On voit poindre ici un lien avec la pensée de Joseph de Maistre, qui estimait que la République était artificielle, et ne puisait pas aux forces de l’univers, extérieurement naturelles, intérieurement guidées par la Providence - la différence étant, tout de même, que le Savoyard regardait la France polarisée par la personne royale comme justement émanée de cette nature imprégnée de divinité. Toutefois, il affirmait que la république était encore plus centralisée que la monarchie, et il l’en blâmait.
 
Ricarda Huch, quant à elle, affirme que les romantiques cherchaient d’abord à défendre les traditions locales dans toute leur richesse; et elle ajoute: Il était donc compréhensible qu’un État centralisé comme la France, où les provinces étaient opprimées au profit d’un pouvoir central dominateur, ne fût arton6783.jpgpas du goût d’un homme politique romantique. L’unité dont il rêvait ne devait nullement détruire le particularisme, ni l’indépendance - du moins jusqu’à un certain point. L’État fédéral hantait déjà les esprits.
 
En somme, la politique romantique est par essence celle de Denis de Rougemont, pour qui les particularismes devaient pouvoir s’épanouir librement, et le lien social être fondé sur l’amour - non sur la force. On sait que Teilhard de Chardin le rejoignait dans cette aspiration à respecter les colorations culturelles particulières - au fond toutes voulues par la Providence et l’Évolution, à ses yeux.
 
La Prusse tendait au centralisme, mais Hitler y tendit encore plus. Ricarda Huch s’est dressée contre son régime, et l’a fui. Le régionalisme et le fédéralisme ne sont pas un complot, comme on l’entend dire, pour affaiblir les grandes nations; ils sont le simple effet d’un romantisme mû par l’aspiration à un monde plus juste - davantage fondé sur la liberté, et la fraternité.

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16/12/2013

Science-fiction, culte des machines

28059.jpgLes machines sont des fétiches: elles matérialisent - cristallisent - les lois abstraites et globales de la matière; elles en sont le signe. Elles n’ont pas seulement une portée pratique, utile, elles donnent lieu à une forme de religiosité.
 
Les lois abstraites de la matière, de fait, sont inconsciemment assimilées au monde intelligible de Platon, et apparaissent comme tissant la divinité, telle que la perçoit le rationalisme traditionnel - à la façon d’un grand horloger, ou d’un grand architecte. Les machines émanent de ce monde comme les statues des anciens Grecs émanaient du monde des dieux, tel que le percevait le génie des artistes: Phidias était réputé avoir vu Zeus face à face.
 
Ce qui exprime cette religion de la machine, c’est la science-fiction. Elle s’appuie sur l’aura mystérieuse de la technologie pour stimuler et dynamiser l’imagination, qui se projette alors vers ce que la machine porte comme force divine, comme magie. L’extrapolation vers l’avenir ouvre l’âme sur l’infini, dont les techniques prodigieuses conjecturées sont le seuil, le point de passage, le nœud.
 
La science-fiction est une mythologie; il n’est pas vrai qu’on soit dans son cas seulement dans la rationalité: on est aussi dans la foi. La raison commande de n’user la machine qu’en cas de besoin, si elle est utile; mais ici, on est dans le cas où la machine fascine pour elle-même, parce qu’elle emporte l’âme aux limites du cosmos.
 
Ainsi s’explique que la science-fiction fait englober par la machine non pas seulement les propriétés constantes de la matière, mais l’univers entier, jusque dan11 Comet Time Machine.jpgs ce que la raison laisse dans une strate située en dehors des lois physiques: le mystère de la vie, à travers les êtres vivants présentés comme fabriqués artificiellement, apparaît comme percé, alors que le vivant se différencie du mécanique de façon claire à tout esprit non prévenu; le temps est dominé par les machines qui l’explorent, bien que saint Augustin ait eu manifestement raison quand il a déclaré que le passé n’était que le présent de la mémoire, que le futur n’était que le présent de l’attente, qu’en eux-mêmes le passé et l’avenir n’existaient pas; l’instantanéité des déplacements, que seule la pensée peut effectuer, est pareillement réalisée dans la science-fiction par des engins en apparence rationnels.
 
La science-fiction illustre la foi en le rationalisme scientifique et en les machines qui le matérialisent. Elle soumet l’Esprit à la matière, mais d’une façon quasi mystique, religieuse. Elle nous rappelle que dans l’antiquité la mythologie était un tissu de croyances, non un simple système d'images destiné à la littérature.

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12/12/2013

Pédagogie romantique

george10.jpgAlors qu’en France et en Grande-Bretagne, le romantisme fut essentiellement un mouvement artistique et littéraire, en Allemagne, il embrassa presque tous les domaines de la vie. Il y eut d’abord une philosophie romantique, notamment celle de Schelling, et puis une médecine romantique, celle de Carus, Oken, Passavant, une physique romantique, celle de Goethe, une politique romantique, essentiellement régionaliste et fédéraliste, une religion romantique, tentant de concilier christianisme et panthéisme, et même une pédagogie romantique, ainsi caractérisée par Georges Gusdorf, le grand spécialiste français au romantisme européen:

La pédagogie traditionnelle semble procéder du dehors au-dedans, selon la norme d’un utilitarisme social, préoccupé d’assurer la bonne intégration de la jeune génération à la société adulte; cette intention inspire les programmes des Jésuites aussi bien que ceux de Condorcet. L’éducateur s’efforce d’imposer aux enfants et adolescents les bonnes manières en vigueur dans le milieu social; il tente par ailleurs de donner aux élèves une masse de données stockées dans les livres et les manuels qui servent de base à l’enseignement. La pédagogie vise à meubler la mémoire d’un savoir quantitatif aussi vaste que possible, tout en formant la personnalité, en la faisant de l’informe à la forme, selon les normes qui définissent l’honnête homme, l’homme du monde, le citoyen utile…

Selon la conception romantique, le but de l’éducation est de promouvoir dans chaque individu l’éveil d’une conscience aussi totale que possible de la condition de l’homme dans l’univers. Le mouvement décisif va du dedans au dehors, dans une intention de libération, ce qui implique le primat de l’expression sur l’impression. Il ne s’agit pas de couler les individus dans le moule d’une pédagogie de masse, mais de libérer en chacun les possibilités en sommeil dans les replis de l’intériorité.

Cette philosophie pédagogique présuppose deux choses: d’une part, que l’être humain tende spontanément au même but, au sein de son âme profonde, d’autre part, que la société à venir ne soit pas nationale,Teilhard-de-Chardin.jpg mais universelle. De fait, le conformisme pédagogique regarde comme une déviance tout ce qui s’écarte d’un modèle national sans s’interroger sur le caractère profondément humain ou non de la déviance, et en postulant l’adéquation entre le modèle national et l’idéal.
 
Le romantisme allemand pressentait ce que Teilhard de Chardin énoncera clairement: l’être humain un jour assumera toutes les nuances des civilisations. C’est le sens du fédéralisme universel, auquel Teilhard de Chardin adhérait aussi. Toutes les traditions, tant familiales que régionales ou nationales, sont appelées à la plénitude de leur maturation - et à trouver, à leur frontière, l’humain complet, total.
 
Pour éveiller la conscience de chacun conformément à sa nature, il faut en passer par l’art, et le romantisme a aussi fait de la pédagogie un art, davantage qu’une science. Seul l’art développe l’individu sans le contraindre à des structures préétablies, en lui laissant la liberté de sa nature propre.

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10/12/2013

Olaf Stapledon et les civilisations du futur

galaxy_universe-normal.jpgPoursuivant son exploration de l’univers, le narrateur de Star Maker, d’Olaf Stapledon, se détache progressivement de sa nature de Terrien pour pénétrer les mystères des autres civilisations, grâce à une perception toujours plus vaste, toujours plus profonde, toujours plus étendue dans le temps et l’espace - dont sa conscience peu à peu s’affranchit.
 
Or, c’est dans le futur que se trouvent la plupart des espèces qui sont allées plus loin dans l’Évolution que l’humanité. Stapledon montre alors l’étendue de son génie. Il affirme que les créatures éclairées par la raison se sont toutes trouvées à une sorte d’impasse, à un moment donné: quand le monde devenait unitaire, quand les consciences devenaient planétaires, l’on parvenait au stade où en est la Terre actuellement: toute évolution ultérieure se heurtait à des conflits inextricables, parce que l’espèce douée d’esprit aspirait désormais à un monde plus beau, une société plus juste, de type utopique, mais ne comprenait absolument pas de quelle façon y parvenir, et s’engageait dans des voies dont aucune n’avait d’issue.
 
Alors, dit Stapledon, advinrent les miracles. Du moins parurent-ils tels sur le moment mais ensuite, ils semblèrent naturels, on les regarda comme des événements décisifs conformes en réalité aux lois normales du monde, bien qu’on ne les eût absolument pas prévues auparavant! Remarquable définition de l’Évolution, assurément…
 
Un miracle commun est l’acquisition d’une forme de télépathie consciente qui a permis l’unité réelle des esprits au niveau planétaire: on est soudain alors entré dans l’utopie sans même s’en rendre compte. Le changement devait être spirituel, et non matériel: il devait constituer en l’acquisition d’une faculté nouvelle, en la capacité à vivre dans un monde tissé de sentiments et de pensées d’une façon aussi f8ac3f620c82cfb4bbdff093c613b2a94.jpgamilière que dans le tissu physique. Ainsi sont nés des superorganismes. Stapledon ici se fait prophète. Teilhard de Chardin aurait parlé d’éveil collectif à la noosphère…
 
Il est apparu, cependant, de nouveaux problèmes: la vie intérieure collective a déclenché une pulsion effroyable, le désir de civiliser les autres planètes en leur imposant les principes, les valeurs acquises grâce à  ce seuil  franchi dans l’Évolution. Il s’en est suivi d’affreuses guerres, dans lesquelles les espèces fanatiques ont exterminé ou asservi les autres, même celles qui restaient saines tout en ayant atteint le même stade. Des empires intersidéraux se sont créés, tendant à l’abomination.
 
Une attitude étonnante fut celle de plusieurs planètes se résignant à l’extermination, à l’anéantissement, les âmes entrevoyant la façon dont leurs aspirations leur survivraient au sein de l’univers pris globalement. Cela augurait d’un avenir encore inexplicable pour le narrateur, non encore parvenu à un degré de clairvoyance suffisant…
 
À son regard, à ce moment, un drame se joue: les civilisations au sein de la galaxie sont toutes menacées de disparition. La solution va venir d’une espèce depuis longtemps parvenue, par un biais particulier, à l’osmose mentale. J’en parlerai une fois prochaine, si je puis.

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08/12/2013

L’état de l’instruction en France

Tableau-résultats-PISA-2006.pngSelon un classement international, la France a encore rétrogradé pour ses résultats scolaires. La part d’élèves particulièrement mauvais ne fait qu’augmenter.
 
L’enseignement y est à mon avis trop élitiste: il se fonde entièrement sur l’instruction intellectuelle des masses, et c’est une erreur, car l’être humain doit pour moi être éduqué sur trois plans différents: intellectuel, émotionnel, corporel. L’éducation morale ne se rattache pas notamment à l’intellect, comme on le croit souvent, mais au sentiment; l’éducation manuelle se rapporte bien sûr au corporel.
 
L’orientation scientiste de l’éducation profite en réalité aux élites dont l’intellectualisme est une seconde nature. Il est en effet faux que l’intellect soit la fleur de l’humanité et que tout progrès spirituel doive y tendre. C’est l’héritage de la philosophie des Lumières; mais elle a une vue biaisée de l’être humain.
 
Certes, l’équilibre intérieur ne s’obtient pas si l’intelligence ne se développe pas: c’est entendu; mais cela ne suffit pas du tout. Car le manuel et l’émotionnel doivent également être instruits. Or, cela ne passe pas par l’intellect, mais directement par la pratique pour le premier, et par l’art pour le second - la dimension esthétique, fondée sur les images, les couleurs, les formes, les sons, les rythmes, les harmonies.
 
Cette dimension artistique n’est pas, comme on croit en France, secondaire, bénéfique à l’individu mais inutile à la vie moderne: au contraire, elle est centrale. Elle seule, en effet, est susceptible de créer un pont entre le manuel, ou le corporel, et l’intellectuel. La musique est manuelle, corporelle, elle s’appuie sur les sensations, et en même temps elle porte vers un ciel intellectuel; la poésie, de même; et la peinture, encore. Ce qui est purement intellectuel est détaché du corporel, ce qui est purement corporel est détaché de l’intellectuel.
 
Pour les enfants de sept à quatorze ans, la situation est extrêmement grave: la justification du classement de la France le dit. Il en est ainsi parce qu’à cet âge précisément il est rare que l’âme aPISA-OCDE1-300x280.jpgccède à une vie intellectuelle au sens propre; toujours cela passe par la dimension émotionnelle, c’est-à-dire par l’art. L’intellectualisme ne fonctionne qu’avec la minorité qui y est accoutumée par l’héritage familial - dont les parents parlent un lange d’emblée intellectuel. Cela explique la fixité sociale. On ne donne pas aux enfants une chance égale parce qu’on ne s’adresse pas à leur cœur, qui est la seule partie réellement égale chez tous les êtres humains.
 
Du reste, il est dangereux pour tout le monde de s’adresser d’abord à l’intellect, car chez les enfants cela rend les idées figées; c’est aussi ce qui crée le dogmatisme à l’âge adulte: on a voulu théoriser trop tôt, et l’esprit s’est enfermé dans des vérités toutes faites.
 
Il faut donc changer à mes yeux de point de vue, dans l’éducation: s’appuyer davantage sur le romantisme, moins sur le rationalisme.

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04/12/2013

Degolio XXVIII: le retour du Génie d’or

images.jpgDans le dernier épisode de cette cosmique série, nous avons laissé Captain Corsica au moment où, après avoir sauvé Docteur Solcum appelé par lui le Génie d’or - nom qui durablement lui restera -, il fut frappé du poing par Fantômas - et comme tout contact avec cet être abominé glaçait les âmes, le héros de l’île de Beauté se plia en deux sous le choc!
 
L’infâme allait lui asséner un second coup dont le brave guerrier eût eu de la peine à se relever, qui eût pu même l’achever - lorsqu’il sentit son bras retenu: notre Génie d’or, la force décuplée par la colère, avait brisé les liens dont l’araignée géante l’avait entravé, puis il s’était élancé, il avait bondi, et avait placé le bâton cosmique qu’il tenait en main devant le poignet du malfaisant - l’arrêtant dans son geste! Solcum s’apprêtait à enchaîner par un coup de son poing propre vers la mâchoire du hideux spectre, mais celui-ci, plus rapide qu’on ne saurait le dire, se retourna, et le frappa de sa main gauche.
 
Or, la chair du Génie d’or était moins épaisse, plus superficielle que celle de Captain Corsica, jadis nourri au lait d’une femme mortelle; lui n’avait créé que tardivement une enveloppe, pleine d’une énergie bleue qui lui venait de sa nature vraie, et elle ne ressemblait qu’extérieurement à celle que se crée l’être humain lorsqu’il cherche à naître; en vérité, elle était bien plus fine, et c’est à cause de cela qu’il pouvait disparaître et réapparaître à volonté: il s’en débarrassait comme d’un vêtement, et se tissait le même vêtement un peu plus loin, après avoir voyagé sur les ailes de la pensée!
 
Sans doute, dans son monde propre, dont il était originaire, il avait un visage d’homme, qui était visible à celui qui sait scruter les mystères: derrière son masque, au sein de la lumière d’azur, ses traits d’or po1989ThikseBuddha.jpguvaient apparaître à l’œil véritablement aguerri. Mais, sur Terre, qui eût pu le distinguer? Derrière l’enveloppe qu’il s’était créée, un mortel ordinaire n’eût vu qu’une vague d’énergie bleue dénuée de forme, ou ayant celle d’une sorte de pieuvre dénuée de centre, et il en eût été effaré, se croyant face à un monstre.
 
Mais il n’en était rien. Sa véritable forme était radieuse; il était beau comme un dieu, pareil à Apollon. La reine de son pays sublime l’aimait profondément, et le tenait continuellement à ses côtés: il était un de ses gardes principaux, son homme de confiance. N'avait-il pas, déjà, alors qu'il était tout jeune, protégé le royaume contre l'ennemi aux côtés du roi son père, qui depuis s'en était allé? Son expérience était grande, à cet égard.
 
Toujours est-il que sa nature était telle que la main de Fantômas n’eût pas le blesser, le geler, comme elle avait fait pour Captain Corsica, plus intimement mêlé aux mortels. Il ressentit à peine une brise glacée passer dans son corps, et encore ne fut-ce qu’à la surface. Il reçut plus péniblement le choc, cependant, car le spectre hideux possédait une force fantastique, grâce à l’art qu’il avait appris dans les profondeurs de l’Orc: il savait se servir des éléments, et modifiait la densité de son corps à peu près à volonté; il pouvait donc avoir la main extrêmement lourde, pareille à du plomb!
 
Cependant, cet épisode commence à être long: il faudra poursuivre une autre fois.

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02/12/2013

De Gaulle et le radium

4d2693cc-2f3c-11e2-bce1-acd3d4c06b2f-493x328.jpgL’écrivain Serge Lehman est un grand adepte du merveilleux scientifique, genre propre à la Troisième République, et dans son roman graphique La Brigade chimérique, il imagine que Marie Curie, par sa connaissance de ce qu’on appelait alors le radium, a pu libérer des archétypes spirituels de l’âme d’un Français de souche noble et les matérialiser, en faire des superhéros. Cette croyance que la science moderne peut créer une forme de surhumanité, et placer le mythe dans le réel, fait d’elle une pourvoyeuse de miracles. Elle est la voie des prodiges que l’humanité a acquise par ses propres forces rationnelles. Elle peut se passer désormais de la Grâce!
 
Joseph de Maistre déjà dénonçait comme illusion l’idée que la raison humaine pouvait, à grands renforts de constitutions, créer de but en blanc des systèmes politiques parfaits: c’est la nature qui crée les régimes, assurait-il! Et dans la mesure où ils sont une expression de la justice, cette nature est imprégnée de la divinité.
 
Or, Serge Lehman a également affirmé que quand Charles de Gaulle avait essayé de matérialiser le mythe, il n’y était pas parvenu, que c’était apparu comme fallacieux. A première vue, c’est étrange, car - on ne le mesure pas assez - par-delà son catholicisme affiché, le Général était complètement l’enfant de ce merveilleux scientifique...
 
Qui ignore qu’il croyait la technologie nécessaire à la réalisation des grands desseins de la France immortelle, qu’il estimait qu’elle seule avait la force de les cristalliser? Est-ce qu’il n’a pas, lui aussi, re63076405.jpegndu hommage à Marie Curie en faisant créer des centrales nucléaires, en acquérant la bombe atomique? Ne croyait-il pas cela indispensable à la gloire de la nation? N’attendait-il pas du radium qu’il donne corps à son idée de la France - qu’il regardait comme une personne, un être vivant? N’en espérait-il pas, pour elle, un surcroît de rayonnement?
 
Dans son autre roman graphique Masqué, Serge Lehman a rendu clair, à son tour, le lien entre la technologie et le génie national; car un préfet de Paris y initie un programme technologique qui provoque le surgissement d’un mystérieux plasme - flux spirituel dont va bientôt sortir, en même temps que des monstres, un superhéros au service du bien...
 
Néanmoins, je comprends le scepticisme, à l’égard de Charles de Gaulle, de Serge Lehman. Car je crois qu’en réalité les machines ne créent aucun merveilleux authentique, et que les superhéros n’ont rien de commun, quoi qu’on en dise, avec la technologie, qui n’est qu’une béquille rhétorique destinée à les rendre crédibles auprès du public, lequel est dominé par le scientisme. Le ressort profond des superhéros est mythologique; ils sont la matérialisation directe, symbolique, de forces d’en haut. Or, les machines, bien loin de permettre un tel miracle, apparaissent comme manquant le but. C’est dans la nature même que le prodige est attendu; non dans l’artifice.

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