02/01/2014

Couple et religion traditionnelle

110_BAL_17690.jpgCeux qui en couple se plongent dans des religions traditionnelles recherchent souvent une forme d’intimité intellectuelle qui les différencie du reste du corps social. Ils ont perçu qu’un couple fusionnel avait sa culture propre, et comme, néanmoins, ils n’ont pas eu la force de s’en créer une, ils se lient à des traditions anciennes, déjà établies, qui ne demandent en quelque sorte qu’à être adoptées.
 
À cela, la société répond souvent par un sentiment de scandale. Mais Teilhard de Chardin le disait: l’unité humaine devait amener à l’union de l’homme avec l’univers, mais devait en passer par l’unité au sein du couple, la fusion de l’homme et de la femme. Il faut donc partir du principe que la liberté, à cet égard, est indispensable, même lorsque dans les faits la tradition adoptée semble régressive. N’est-ce pas reculer pour mieux sauter? Car si, dans les faits, la liberté est réelle, et garantie par les lois, la singularité du couple finira par modifier la tradition adoptée dans un sens spécifique, qui se joindra au bout du compte au mouvement de progrès global.
 
Naturellement, l’équilibre du couple ne s’obtient pas seulement par  une forme de vie autonome; des dérives inquiétantes peuvent toujours être signalées - et la force publique intervenir. Mais elles ne peuvent pas être présumées à partir d’une coloration culturelle spécifique: en soi, une nuance spirituelle ne dit rien sur une dérive possible. De fait, un système moral théorique ne prouve rien sur la façon dont l’individu agit dans les circonstances de la vie. Une éthique en soi sublime peut ne jamais être appliquée par ceux qui l’expriment sans avoir le courage effectif d’en exécuter les clauses; un autre tableau moral moins brillant peut aussi bien ne pas être appliqué, et la conduite être bonne. À cet égard, inutile de s’illusionner sur ce que l’intellect est capable de présenter en théorie. Le comportement humain en dépend cent fois moins qu’on croit.
 
Ce qui réellement est prégnant, c’est la conscience morale telle que l’a façonnée émotionnellement l’éducation. Ce qui est conçu par l’intelligence reste comme dans une bulle, voletant au-dessus de 502px-Lorenzo_Lotto_061.jpgl’homme agissant. Ce qui fonde ce dernier est essentiellement l’exemple donné par les adultes fréquentés dans la prime enfance, d’une part, les images fortes distillées par l’éducation, d’autre part. Le reste est bien plus proche de la fumée inconsistante que les philosophes le croient, notamment quand ils s’énervent après des phrases contenues dans de vieux livres qui font l’objet d’une vénération abstraite, d’une forme de dévotion qui n’a qu’un impact assez indirect sur la vie réelle.
 
À la rigueur, les éléments de ces vieux livres qui ont un vrai effet sur l’âme sont ceux qui semblent à première vue ne ressortir qu’à la poésie: par exemple, dans le Coran, l’image de l’ange gardien notant les actions qu’on effectue durant sa vie. La conscience se déploie à partir de cette image bien souvent en dehors des doctrines claires, et de manière simplement conforme à l’exemple donné par les parents, ou par les récits par lesquels on a été frappé.
 
Il me paraît peu approprié de polémiquer à l’excès sur le contenu éthique des religions traditionnelles, par conséquent.

13:03 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

Si les couples qui se plongent danns des religions traditionnelles "recherchent souvent une forme d'intimité intellectuelle qui les différencie du reste du corps social", n'est-ce pas, avant tout, que ces couples, imbus d'eux-mêmes, sont vaniteux? La "religion" ne doit-elle pas avant tout "relier", nous relier les uns avec les autres? Une mère de famille avait de graves problèmes avec ses enfants, pourtant, confiait-elle, j'ai lu tout ce qu'il était possible de lire, d'apprendre au sujet des problèmes de mes enfants... Très bien, lui fut-il répondu, à présent, fermez vos livres, sortez et jouez avec vos enfants. Pourquoi pas faire de même avec éternellement les mêmes livres religieux ou allant dans le même sens en, finalementm tournant en rond... fermer ces livres, sortir, respirer puis voir ce que la nature nous dit?! Nous pouvons franchement ne pas savoir si Dieu existe mais le Vivant indiscutablement! Le Vivant avec sa compagne, l'Evolution. Bons voeux 2014!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 02/01/2014

Je pense que le couple doit avoir des références particulières, communes aux deux membres du couple et distinctes de celles qui sont communes à tous, et que bien sûr chacun doit aussi avoir. Il ne s'agit pas de se couper du monde, mais de sentir une complicité, un lien particulier. La religion je pense relie l'humain avec le divin, en principe. Rousseau disait aussi que le divin était dans la nature, mais la nature propose toute sorte d'exemples contradictoires. La construction du couple chez les animaux diffère selon les espèces et en fait la conscience morale de l'être humain choisit certains modèles et en rejette d'autres. L'éducation ne peut donc pas se faire seulement selon la nature, l'éducateur choisit de présenter certaines pratiques comme meilleures que d'autres. On parle par exemple des oiseaux qui vivent durablement en couple, et on admire. Ou alors on envie les animaux qui changent de partenaires à chaque saison, selon les cas. Mais chaque couple précisément peut avoir à cet égard un totem, un animal emblématique, auquel il a envie de ressembler: c'est là aussi sa culture propre, ou sa religion propre, même, s'il se dit que cette espèce manifeste un certain esprit. L'évolution du reste ne se fait pas indépendamment de la question morale, on peut toujours estimer que certains modes de relations au sein du couple sont plus évolués que d'autres.

Écrit par : Rémi Mogenet | 02/01/2014

Meilleurs voeux 2014 à vous aussi, quoi qu'il en soit! Et merci.

Écrit par : Rémi Mogenet | 02/01/2014

Mais, Rémi Mogenet, ne pensez-vous pas que le couple, "ses dérives inquiétantes", il faut, ce couple, le laisser chercher selon son ressenti, le ressenti des deux partenaires, ce qui convient? vu que ce qui fut écrit, en contextes donnés, n'est plus, en contextes contemporains, quotidiens, forcément adapté?! Les personnes qui consultaient Jung, dans la durée, sortaient de leurs processus d'identification à ceci ou à cela, ou tel héros, ou star, pour entrer en un processus d'"individuation" parce que contraintes, obligations, semblants, feintes, etc., pour répondre aux attentes (écoles, études, travail, bref, exigences diverses et, bien entendu, du couple et de ses partenaires entre eux) nous font bien souvent nous perdre du vue, ou perdre contact avec nous-même... à force de se "prendre pour":telle une violette s'identifiant à une pivoine... ou un fauteuil à un tabouret (si faire se pouvait)! Je veux le redire ici, un bon psy qui débute une cure reconnande à son patient, ou analysant, d'éviter de trop lire...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/01/2014

Mais même sans lire on peut se prendre pour un personnage dont parle la presse sonore ou en images, la radio, la télé, Internet, ou bien pour un animal qu'on admire dans les prés ou la forêt. Je ne pense pas que cela ait de rapport. Par ailleurs mon article affirme que les idées abstraites contenues dans les livres ont en fait peu d'impact sur la conduite réelle des gens. Enfin les vieux livres sont en vente libre, les religions sont libres aussi, la liberté d'un couple peut l'amener à pratiquer en particulier un vieux livre ou une religion traditionnelle.

Mon avis est qu'on est soi-même insaisissable à soi-même, et qu'on se projette toujours à travers des images intermédiaires, lesquelles se recoupent avec celles de la vie culturelle, ou même naturelle. Celles-ci ne nuisent donc pas, du moment qu'elles ne sont pas regardées comme un absolu, mais comme une aide dans le chemin qu'on fait vers soi-même, comme une série de pavés dont est constitué le chemin. La dérive correspond psychologiquement à l'image naturelle ou culturelle regardée comme un absolu. Mais cela peut arriver à mon avis avec n'importe quel type d'images, car cela vient de soi, pour ainsi dire de son karma.

Écrit par : Rémi Mogenet | 03/01/2014

Monsieur je suis en train de chercher comment s'écrit Sinbad le marin.
Cet humble travailleur se prend pour un prince tant que la vie ne vient pas lui remettre la tête à l'endroit... de façon extrêmement douloureuse... (situation analysée par Bruno Bettelheim),. Sans être le moins du monde théologienne, pas mal de printemps accumulés, en revanche, je dis que nous avons une religion extraordinaire: qui sort de l'ordinaire en nous indiquant un chemin de vie et de vérité (connais-toi toi-même)... Sans, bien entendu, me permettre de dire aux uns ou aux autres ce qu'ils ont à penser, dire et faire, le karma, il est vrai, nous tend comme un miroir (de même qu'était miroir le bouclier de la déesse Athéna qui permettait aux personnes concernées de se voir telles qu'elles étaient) qui nous permet de réaliser ce qui est à améliorer... en vue de sortir du cycle des naissances et renaissances...Du temps de J. de Nazareth, chez lui, un groupe mystique enseignait karma et réincarnation...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/01/2014

Oui...

Une belle image, que celle du bouclier d'Athéna... Et un grand mystère, que ce qu'il montre.

Une belle histoire aussi que celle de Sindbad, le marchand qui croyait qu'il allait vivre heureux avant que tout s'effondre. La roue de la Fortune, sans doute. Et des épreuves pour se purifier, aussi.

Écrit par : Rémi Mogenet | 03/01/2014

Les commentaires sont fermés.