05/02/2014

Watchmen et la problématique du surhomme

watchmen.jpgJ’ai relu le roman graphique Watchmen, d’Alan Moore, au sein duquel il questionnait moralement le superhéros. Certains sont des mercenaires sans scrupules, d’autres des pusillanimes riches et sans courage, d’autres des fanatiques de l’ordre moral, d’autres encore des ambitieux démesurés qui veulent métamorphoser le monde, d'autres enfin sont issus d’accidents liés à la technologie moderne et leurs pouvoirs leur ont fait perdre tout intérêt pour l’humanité en général.
 
Ce remarquable réalisme psychologique touche souvent au burlesque, en même temps qu’il donne de la solidité à un monde au sein duquel les superpouvoirs ne sont pas feints: on nage en plein fantastique.
Mais il est toujours d’origine humaine, et c’est ce qui me fait penser que cet album n’a pas, en réalité, épuisé le sujet, tel qu’il s’est déployé en Amérique. Il manque en effet la partie de l’univers des superhéros qui a un rapport plus direct avec la mythologie ancienne: qui les fait être surhumains par nature, et les place parmi les hommes parce qu’ils ont une mission à remplir. Le pays des immortels entre alors en relation avec celui des mortels, comme dans Wonder Woman; et même les extraterrestres ont alors une relation avouée avec les anges - ou du moins les génies des peuples. C'est particulièrement sensible chez les New Gods de Jack Kirby. Or, dans Watchmen, la créature extraterrestre n’est qu’un mensonge d’un superhéros dévoyé qui cherche à créer un épouvantail pour l’humanité. La dimension cosmique du cycle créé par les comics ne s’y trouve pas, puisque lorsque les étoiles sont évoquées, elles sont vides: l’homme seul les peuple, lorsqu’il en a le pouvoir. Il n’y a pas ce mélange inextricable d’imagerie populaire et de religiosité qui est le propre de l’Amérique. On est dans un agnosticisme qui reste européen.
 
Il est vrai que l’extraterrestre tendait à matérialiser l’être angélique, comme en général dans la
science-fiction: on en fait une créature pensante plus évoluée, par exemple, et disposant d’une technologie supérieure. Mais la dimension transcendantale de ces êtres venus d’ailleurs pour aider les humains ou au contraire les attaquer, pour les guider ou les surveiller, n’a échappé au fond à personne. Si Alan Moore refuse d’entrer dans ce cosmos peuplé d’entités vivantes, pensantes, sentantes, c’est wonder_woman.gifprobablement qu’il a perçu, ne serait-ce qu’obscurément, qu’il était directement issu de la mythologie universelle.
 
Or, personnellement, je ne crois pas à la possibilité de créer d’authentiques surhommes par la seule intelligence humaine, par la volonté consciente et la technologie; et je dois dire que ce qui m’a le plus fasciné dans les superhéros, c’est justement leur lien avec la mythologie antique. Je comprends donc qu’il raille les sortes de superhéros qui me paraissent illusoires, mais je reste dubitatif sur l’idée, énoncée par certains, qu’il aurait rendu le superhéros désormais impossible: le divin peut encore être symbolisé par des figures.

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