27/02/2014

Saint Ambroise et les divers noms des dieux

st_amb13.jpgL’évêque de Milan saint Ambroise écrivit un jour une lettre à l’empereur romain Valentinien II pour répondre au rapport d’un sénateur païen demandant le rétablissement de l’autel de la Victoire à l’entrée du Sénat. Ce distingué orateur nommé Symmaque affirmait nécessaire de conserver la religion traditionnelle. Saint Ambroise s’interroge: pourquoi en ce cas a-t-on accueilli à Rome tant de dieux étrangers? Il dit: Quam Coelestem Afri, Mithram Persae, plerique Venerem colunt, pro diuersitate nominis, non pro numinis uarietate. (Celle que les Africains adorent comme Céleste, les Perses comme Mithra, la plupart l’adorent comme étant Vénus par la diversité des noms, non des divinités.) Il admettait qu’il s’agissait à chaque fois de la même divinité; il ne servait donc à rien d’adopter des noms étrangers: si on l’a fait, c’est bien parce qu’on n’était pas si attaché que cela au caractère national des dieux.
 
Cette phrase est remarquable en ce qu’elle restitue, chez un Père de l’Église, la pensée antique sur les dieux, et contredit radicalement Jean-Jacques Rousseau prétendant que les divinités étaient en réalité différentes selon les peuples, quoi qu’on ait pensé autrefois. Or, cette opinion s’est répandue et imposée dans la conscience moderne. L’idée que les dieux ne sont que des constructions du génie national n’appartient pourtant ni au paganisme, ni au christianisme, mais au seul matérialisme. 
 
Vénus était considérée comme une force objective, indiquée dans l’espace par son astre, et douée d’une 341px-Winged_genius_Boscoreale_Louvre_P23.jpgvolonté propre. Elle embrassait l’humanité entière, qui se contentait de la reconnaître sous divers noms, et en lui attribuant une forme extérieure différente. Mais en aucun cas elle n’était regardée comme une simple projection psychique vide, émanée de la collectivité. Même les chrétiens l’assimilaient à un démon particulier. Ils ne disaient pas que la déesse n’existait pas, mais qu’elle n’avait rien de saint, ou d’angélique, et qu’elle était soit le souvenir d’une reine antique, soit un ange déchu. Et on disait que sur son trône laissé vacant la Vierge sainte s’était assise, qu’elle avait restitué la dignité du trône en question! Elle était la vérité de ce qu’on avait cru adorer. C’est je crois la vraie origine des cultes païens qu’on dit repris tels quels par le christianisme: on ne comprend pas, en général, que les chrétiens aussi admettaient fréquemment l’existence des entités spirituelles du paganisme; leur problème était essentiellement la couleur morale qu’on leur donnait.
 
Cela dit, le poète chrétien Prudence, qui vécut peu de temps après saint Ambroise, doutait que le génie de Rome existât; mais il ajoutait que s’il existait, assurément, il s’était lui aussi converti au christianisme! Ou qu’il se réjouissait que les Romains l’eussent fait. C’est la logique qui prévalait. Le peuple des génies lui aussi pouvait être adorateur du Christ.
 
Ils devenaient alors les anges, dont Jacques de Voragine, dans son histoire de Gênes, écrit qu’ils protégeaient les cités.

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25/02/2014

Origines de la science-fiction

product_9782070447855_195x320.jpgEn lisant un écrivain de science-fiction français, j’ai eu un jour une révélation: son style portait la marque claire, à mes yeux, de l’école de Jules Ferry; il semblait être une langue imposée de l’extérieur, une rhétorique d’instituteur, émanée de la Troisième République.
 
La même se voyait à mon sens chez André Malraux. Or, celui-ci était d’origine modeste; il venait de la banlieue de Paris. Songeant aux autres œuvres de science-fiction, le genre me parut soudain être comme lui émané de la banlieue, des faubourgs.
 
Dans sa jeunesse, Malraux s’était adonné au surréalisme et au fantastique, avant d’aborder des genres plus en vogue dans la bourgeoisie, en particulier le roman d’aventures exotiques à portée politique et métaphysique. Mais les auteurs de la science-fiction en général restaient plus populaires, assumaient davantage leur goût pour l’extraordinaire et les machines.
 
En scrutant leurs inventions, il m’est fréquemment apparu, en outre, que, d’un point de vue scientifique réel, elles ne tenaient pas tellement debout, car elles attribuaient à la machine des pouvoirs que les mythologies attribuaient à la divinité: la Vie, l’Espace, le Temps. Mais il me paraissait, à l’inverse, que leurs figures entretenaient d’étroites relations avec le folklore, ou même les vieux mythes - consciemment ou pas. J’ai fait paraître un jour, alors que j’étais tout jeune - en 1992 -, un article sur ces relations dans une revue de science-fiction qui existait alors, Phénix, et qui était belge.
 
La Belgique n’a pas le dogmatisme qu’on observe en France, et mêle la science-fiction au fantastique de façon plutôt indistincte, comme dans le 1469809_10151808066813105_1931176698_n.jpgmonde anglo-saxon. À Paris, on tient davantage à ce que la science-fiction soit dominée par le scientisme et ne doive rien aux mythes! Mais est-ce crédible?
 
Pour moi, il s’agit d’un genre qui faisait persister spontanément le folklore au sein du cadre intellectuel imposé par Jules Ferry. Le scientisme pénétrant jusque dans les campagnes pendant que les paysans s’exilaient aux abords des grandes villes pour devenir ouvriers, a créé ce genre nouveau. Bien loin d’avoir montré que les anges étaient issus d'extraterrestres oubliés, comme il l’a souvent prétendu, il leur a donné leur visage, aux fées celui de femmes du futur ayant appris à voyager dans le temps, aux héros celui de messagers du progrès universel.
 
Quand on regarde les choses de l’extérieur, indépendamment de la croyance qu’on accorde ou non à ces figures, je crois que cela apparaît clairement. La différence radicale qu’on veut instituer entre la science-fiction et le merveilleux traditionnel est pour moi un reste factice de la lutte idéologique entre la philosophie des Lumières et le catholicisme - un reste de l’époque où les camps s’accusaient mutuellement de superstition et d'impiété.

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21/02/2014

Captain Córsica en images (3)

Oyez, oyez! L’excellent Régis Dabol a continué à créer de superbes images pour  évoquer plus directement que par écrit le combat de Captain Córsica contre l’horrible monstre de Fukushima, Acalcor.
 
Dans la première image, on voit le héros mal en point, dominé par l’effroyable créature:

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Dans la deuxième, on assiste à un étrange mystère: alors que le monstre s’apprêtait à broyer entre ses mains puissantes le vaillant héros, une grande lumière surgit, qui semble venir d’en haut, et qui se répand sur le Captain et éblouit Acalcor:

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Il s’avère ensuite que le génie de la Corse est rempli d’une énergie sublime, qui lui a été donnée comme une grâce, et qu’il est trop flamboyant pour que même ce monstre ignoble, fils d’Ortrocos, génie du néant stellaire, puisse encore le tenir:

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Et le plus extraordinaire, c’est que Captain Córsica ensuite rassemble entre ses mains cette énergie véritablement divine et la jette sur le monstre, qui évidemment ne peut plus rien, et est vaincu:

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Ensuite il ira précipiter la créature affaiblie dans la mer, où elle sera enchaînée dans un gouffre par les Tritons, que notre héros connaît grâce à sa mère, partie vivre parmi eux: des liens seront placés sur ses membres, qu'il ne pourra pas rompre, un puissant charme les fixant sur lui. Un anneau planté profondément dans un rocher et auquel la chaîne luisante sera rattachée le fixera à jamais dans ce lieu maudit, semblable à une caverne. Ce sera la fin de l'histoire de Captain Córsica contre le démon Acalcor, jusqu'au jour où ce dernier parviendra à rompre ses chaînes - celui de la fin du monde. Dieu sait si alors le héros pourra survivre; car ce sera l'heure où les immortels eux-mêmes mourront!

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19/02/2014

Chateaubriand et le ciel des Anges

1364582354.JPGLa préoccupation de Chateaubriand de substituer aux figures du paganisme grec et latin celles du christianisme, jugées plus fraîches, plus vivantes, plus vraies, incluait évidemment le Ciel. Dans Les Natchez (1826), il consacra quelques pages d'épopée à un empyrée peuplé d'anges, d'intelligences célestes, de saints glorifiés. Un passage dit: L'Ange protecteur de l'Amérique […] montait vers le Soleil […]. Déjà il a laissé derrière lui les planètes les plus éloignées de l’œil du monde; il traverse les deux globes que les hommes plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, profanèrent par les noms de Mercure et de Vénus. Il entre ensuite dans ces régions où se forment les couleurs du soleil couchant et de l'aurore; il nage dans des mers d'or et de pourpre; et sans en être ébloui, les regards fixés sur l'astre du jour, il surgit à son orbite immense.

Puis il converse avec l’ange gardien de l’astre d’or, Uriel. Il lui demande notamment si ce que disent les hommes sur la création de celui-ci est véritable; or, l’archange répond qu'il n'en est rien: il est né d'un rayon de la lumière universelle primordiale que le Fils, Emmanuel, demanda l'autorisation de briser, parce que l'univers était menacé par la clarté trop forte du Saint des saints. En effet, de ce rayon brisé s'échappa une goutte de feu que le Fils nomma Soleil. Uriel reçoit alors l'ordre de s'asseoir à son foyer, moins pour veiller à la marche des sphères que pour empêcher leur destruction: le Fils a voulu tempérer le feu du Père pour permettre aux hommes de vivre. Le ressort profond de l'univers sensible est l'amour, non la mécanique. Chateaubriand s'efforce d'inverser lgod.jpega logique du matérialisme pour lui substituer un ordre cosmique moral. Ce faisant, il dédaigne les planètes comme objets physiques: il se contente de condamner l'appellation idolâtre de Vénus et Mercure sans évoquer même un ange pour les remplacer, sans dire ce qui s'y trouve. Il méprise trop la science de son temps, et est trop dans une perspective catholique, pour s'abaisser même aux conjectures d’un Bernardin de Saint-Pierre: seule l'histoire humaine dans ses rapports avec le Ciel le préoccupe.
 
Pourtant, de par son éducation, il se situe déjà dans une perspective physique: l'ange de l'Amérique parcourt des espaces, traverse les globes – et le narrateur l'accompagne dans son cheminement, jusqu’à rencontrer l’archange qui conserve au Soleil ses propriétés naturelles. Il place, ainsi, des esprits célestes en profondeur d'un cosmos mécanisé, comme le fera jusqu'à un certain point cet autre auteur chrétien que fut C. S. Lewis, lequel affirmait que la lumière est pleine d'anges pour qui les planètes physiques ne sont que des ombres dénuées de réalité propre.

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17/02/2014

Le Monde de Fernando d’Hervé Thiellement

fernando01.jpgJ’ai déjà évoqué la figure d’Hervé Thiellement, écrivain parisien installé à Genève après y avoir enseigné, à l’université, la biologie. Il y a à peine un mois, il a fait paraître un épais roman, fruit de toute une vie, Le Monde de Fernando, aux éditions Rivière Blanche. L’univers en est futuriste - postapocalyptique. Pendant des millénaires, les humains ont vécu sous terre sous forme de clones, parce que l’utilisation généralisée de bombes atomiques au cours d’une guerre a rendu impropre la vie à la surface. Des généticiens ont mis au point des clones susceptibles de coloniser à nouveau celle-ci une fois le moment venu, et c’est ce que fait un certain Fernando, issu de la lignée artificielle des fernands, répliques d’un homme appelé autrefois Fernand!
 
Mais les généticiens ont aussi placé des gènes d’homme dans des animaux afin qu’ils développent une intelligence, et lorsque les clones décident d’explorer une terre devenue verdoyante, ils les rencontrent et s’unissent à eux, à la fois physiquement et psychiquement, créant des hybrides et des égrégores - des sphères de pensée au sein desquelles les êtres conscients communiquent directement, sans passer par la parole.
 
Le roman raconte comment cette humanité du futur progresse sans cesse vers la superconscience, s’unissant aussi à l’esprit de la Terre, et éveillant d’anciens dieux, des êtres vivant à la fois dans les deux mondes, celui de la Pensée et celui du Corps, ou en affrontant d’autres, selon leur tournure d’esprit plus ou moins positive. Hervé Thiellement visiblement a pris l’Égypte pour idéal, puisque ses personnages remodèlent les Sphinx-von-Gizeh.jpgpyramides américaines selon les siennes; les êtres psychiques qui habitent les édifices amérindiens sont d’ailleurs peu sympathiques, contrairement au Sphinx de Gizeh!
 
Les mœurs dans ce monde sont très libres, et rappellent les années 1970. Le mélange de biotechnologie futuriste et de spiritualisme semble également un reste du psychédélisme festif de cette époque. D’ailleurs Hervé Thiellement, culturellement, s’y réfère.
 
L’univers du livre est chatoyant. Le style est gai, car il se veut familier, quoiqu’en réalité il soit très travaillé: le langage est celui du peuple de Paris; un rapport avec Boris Vian, ou Robert Desnos, peut être établi!
 
Le défaut global est peut-être le manque d’épaisseur psychologique: on ne vit pas à l’intérieur des personnages, et on ne partage pas leurs souffrances, leurs doutes, ou leurs espoirs; la chaîne des événements est comme poussée par une logique pleine d’optimisme, que subissent plutôt les âmes. Comme Hervé Thiellement est biologiste, je me suis souvenu en le lisant du grand Lamarck, qui lui aussi voyait la vie et son évolution comme une mécanique grandiose et pleine d’éclat. D’ailleurs sa façon d’embrasser de vastes périodes de temps et d’y saisir des lignes de force se retrouve dans Le Monde de Fernando. Mais cette puissance plastique de la vie est aussi ce qui crée justement le merveilleux, la fantaisie chatoyante de cet univers imaginé.
 
C’est un livre à lire!

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13/02/2014

Degolio XXXII: l’attaque des Cybernanthropes

future-cyborg_tn2.jpgDans le dernier épisode de cette brutale série, nous avons raconté comment le chef des Cybernanthropes, F1C, s’était jeté sur le Génie d’or tout en lançant deux petits missiles de sa main droite vers Captain Corsica, qui en avait évité un mais avait pris l’autre sur la poitrine - ce dont, grâce à son pouvoir, il avait guéri rapidement.
 
Le voyant foncer vers lui le poing brandi, le Génie d’or évita son attaque en sautant - et, alors qu’il était encore dans les airs, il jeta son bâton luisant, s’en servant comme d’un javelot. Or, il transperça l’homme-machine par le dos, le blessant mortellement de ce premier coup! Le cybernanthrope tomba à terre dans un énorme fracas - et, le voyant ainsi rouler au sol, percutant voire brisant plusieurs meubles métalliques qui s’y trouvaient, Fantômas fut stupéfait de le voir aussi rapidement vaincu. Un éclair avait jailli au moment où l’arme l’avait percé de part en part - et il crut même entendre un coup de tonnerre!
 
Car ce bâton, il faut qu’on le sache, avait été taillé dans l’arbre divin du pays immortel; on en avait coupé une branche, pour le bâtir. Et il se nommait Astalcän - ce qui revient à dire, dans la langue des génies, doigt du dieu. Comme pour le fusil de Captain Corsica, un esprit l’habitait; il contenait le feu des étoiles!
 
F1C, qui comme homme s’était appelé Robert Paliard, vit alors sa vie partir en même temps que son sang et l’huile de ses rouages en fer.
 
Un instant surpris, les quatre autres s’arrêtèrent, hésitèrent, puis, entendant leur maître pousser un horrible cri de colère, ils se reprirent, et s’élancèrent tous en même temps sur le sage Solcum.
 
Ce fut leur erreur; car, de près, et sans leurs traits de feu, ils ne lui étaient pas supérieurs, comme ils le croyaient - et ce, malgré leur force énorme. Sa vivacité, son agilité étaient sans égales, même s’il était diminué par le sortilège qui pesait toujours sur lui dans l’antre de Fantômas et l’empêchait de se 3051468455_1_3_plIrE9VP.jpgtéléporter à volonté. Les chances des cyborgs étaient d’autant plus réduites que Captain Corsica s’était à présent remis de sa blessure.
 
D’abord, le Génie d’or dut subir, apparemment impuissant, l’assaut terrible de ces mécanoïdes à face d’hommes, qui le bourrèrent de coups de poing à mettre en miettes les os d’un homme ordinaire; mais s’il reculait, il encaissait sans faillir, gardant les dents serrées, les yeux fermes, la stature droite. Quand il semblait qu’un endroit de son corps était enfoncé par le poing d’un ennemi, on le voyait bientôt se reformer, redevenir plein, comme si une énergie formidable tissait en permanence l’ensemble de son enveloppe physique.
 
Bientôt néanmoins acculé contre la paroi rocheuse qui s’élevait derrière lui, il vit les quatre cyborgs, comme mus par une volonté unique, s’apprêter à lui lancer leurs missiles à bout portant - les uns par la main, les autres par le buste, les derniers par la crâne, selon l’endroit qu’avait choisi Fantômas pour placer le canon de leurs traits terribles.
 
Ce qu’il advint alors ne pourra être dit qu’une fois prochaine.

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11/02/2014

La bombe atomique et les populations civiles

atomic-blast.jpgLa bombe atomique est-elle légale? Au sein de la stratégie militaire, elle est orientée vers la destruction de villes, de populations civiles. Or, on entend toujours dire que c’est interdit. Même si dans les faits ce n’est pas exécuté, la menace peut-elle en être regardée comme permise?
 
On a cru qu’on pourrait l’utiliser dans un cadre militaire strict, au sein du combat; mais ce n’est pas le cas.
 
Certains ont ironisé sur la diabolisation dont elle fait l’objet; mais si son utilisation a des effets qui nécessairement ne sont pas conformes au droit, n’y a-t-il pas dans cette réaction spontanée une légitimité? Le diable est bien le symbole de ce qui est mauvais en soi.
 
On essaie d’empêcher de nouveaux pays d’avoir cette arme; mais ne serait-il pas logique en ce cas qu’on essaie aussi de contraindre ceux qui l’ont à la détruire?
 
Le nationalisme naturellement donne le sentiment qu’elle est autorisée à l’État dont on est citoyen; mais dans une époque mondialisée, cela a-t-il encore un sens?
 
Le goût de la technologie a fait dire à certains que les possibilités techniques méritaient toujours d’être exploitées; mais est-ce le cas? À ce sujet, J.R.R. Tolkien, dans sa correspondance, disait au contraire que l’être humain devait apprendre à faire la différence entre ce qu’il peut matériellement faire et ce qu’il est moralement justifié qu’il fasse.
 
J’ai déjà évoqué le problème de l’énergie atomique après le désastre de Fukushima, m’appuyant sur Isaac Asimov pour dire que cette source ne devrait être exploitée que si on savait maîtriser la radioactivité une fois qu’elle est répandue dans l’air. Le fait est que tant que la bombe atomique ne peut pas être exclusivement dirigée sur des objectifs militaires, on ne peut pas dire, à mon avis, qu’elle est conforme au droit.
 
Je suis donc favorable à un désarmement nucléaire total.

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09/02/2014

La prophétie comme miracle (François de Sales)

job.jpgDans le livre de Job, on trouve:
 
Dieu révèle les profondeurs des ténèbres, 
Et il fait paraître dans la lumière l’ombre de la mort.
 
Ce qu’on peut comprendre ainsi: il donne la vision de ce qu’est la mort, qui est cachée aux yeux physiques. Il montre le monde au-delà du voile de la matière. Dans ses Controverses, François de Sales regardait le don de prophétie, ou de clairvoyance, comme le plus grand miracle qu’on pût concevoir. Dans l’Imitation de Jésus-Christ, Thomas a Kempis disait que ces révélations étaient faites gracieusement aux âmes pures. François de Sales estimait, du coup, que des miracles de ce genre avaient été parfois accordés à des païens doués de vertus assez authentiques pour plaire à Dieu; il laissait entendre que Platon, sur le monde de l’au-delà, avait été privilégié dans ses idées, et qu’il était digne de respect.
 
Ce fut longtemps, je crois, la doctrine de l’Église romaine. Des visions des saints, on créa au Moyen Âge nombre de symboles qui ensuite se matérialisèrent dans les églises sous forme de tableaux, de statues. En préparant une conférence sur l’art baroque en Savoie et en lisant à cet effet un excellent livre de Fernand Roulier, j’ai appris que la Contre-Réforme, à la fin du seizième siècle, avait, pour empêcher les abus dénoncés par les Réfosaint-ignace-de-loyola-et-saint-louis-de-gonzague-adoration-du-sacre-coeur-de-jesus-1.jpgrmateurs, interdit la création de symboles nouveaux: seuls étaient permis de représentation ceux que la Bible contenait (par exemple la colombe figurant le Saint-Esprit, ou l’Ancien des Jours pour le Père céleste), ou ceux que la tradition avait consacrés, en particulier lorsqu’ils venaient de saint François d’Assise et de ses disciples - tel saint Bonaventure, qui aurait eu le premier la vision du Sacré-Cœur.
 
Or, la littérature catholique, effectivement, tendit à rejeter toute forme de figures nouvelles. D’abord,  il fut licite et même recommandé de vénérer les anciennes, comme on le voit chez François de Sales, qui à cet égard était encore médiéval; mais peu à peu, on rejeta tout ce qui était regardé comme impur, comme insuffisamment sublime, et Pierre de Bérulle, à Paris, n’accorda somme toute comme icône digne d’adoration que l’image de Jésus-Christ. Le rationalisme, notamment en France, s’empara du catholicisme et réduisit peu à peu le merveilleux chrétien à quelques figures, d’ailleurs subrepticement soumises au naturalisme historique: Ernest Renan, avec sa Vie de Jésus, ne fut pas désavoué.
 
Parallèlement, le besoin de créer des figures nouvelles se développa, et ce fut, bientôt, contre le catholicisme officiel. Dessin-Hugo-2.jpgMême Joseph de Maistre dut se nourrir du lait de l’illuminisme de Saint-Martin pour demeurer dans la vision prophétique. Et on sait que Victor Hugo rejeta l’Église latine parce qu’elle rejetait l’imagination libre. Goethe et Flaubert du reste se distancièrent d’emblée de la religion officielle.
 
Or, François de Sales, pour dénier aux Réformateurs le droit d’être inspirés par le Saint-Esprit, assura que les prophètes de l’Ancien Testament appartenaient à un collège réglementé, clairement organisé: ce qui n’avait à mon avis que peu de sens et marquait sa volonté qu’on se soumît à Rome. Lui-même ne fut jamais assez hardi pour imiter les saints visionnaires!
 
Pour moi, la défiance vis-à-vis de l’imagination romantique a cette source.

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05/02/2014

Watchmen et la problématique du surhomme

watchmen.jpgJ’ai relu le roman graphique Watchmen, d’Alan Moore, au sein duquel il questionnait moralement le superhéros. Certains sont des mercenaires sans scrupules, d’autres des pusillanimes riches et sans courage, d’autres des fanatiques de l’ordre moral, d’autres encore des ambitieux démesurés qui veulent métamorphoser le monde, d'autres enfin sont issus d’accidents liés à la technologie moderne et leurs pouvoirs leur ont fait perdre tout intérêt pour l’humanité en général.
 
Ce remarquable réalisme psychologique touche souvent au burlesque, en même temps qu’il donne de la solidité à un monde au sein duquel les superpouvoirs ne sont pas feints: on nage en plein fantastique.
Mais il est toujours d’origine humaine, et c’est ce qui me fait penser que cet album n’a pas, en réalité, épuisé le sujet, tel qu’il s’est déployé en Amérique. Il manque en effet la partie de l’univers des superhéros qui a un rapport plus direct avec la mythologie ancienne: qui les fait être surhumains par nature, et les place parmi les hommes parce qu’ils ont une mission à remplir. Le pays des immortels entre alors en relation avec celui des mortels, comme dans Wonder Woman; et même les extraterrestres ont alors une relation avouée avec les anges - ou du moins les génies des peuples. C'est particulièrement sensible chez les New Gods de Jack Kirby. Or, dans Watchmen, la créature extraterrestre n’est qu’un mensonge d’un superhéros dévoyé qui cherche à créer un épouvantail pour l’humanité. La dimension cosmique du cycle créé par les comics ne s’y trouve pas, puisque lorsque les étoiles sont évoquées, elles sont vides: l’homme seul les peuple, lorsqu’il en a le pouvoir. Il n’y a pas ce mélange inextricable d’imagerie populaire et de religiosité qui est le propre de l’Amérique. On est dans un agnosticisme qui reste européen.
 
Il est vrai que l’extraterrestre tendait à matérialiser l’être angélique, comme en général dans la
science-fiction: on en fait une créature pensante plus évoluée, par exemple, et disposant d’une technologie supérieure. Mais la dimension transcendantale de ces êtres venus d’ailleurs pour aider les humains ou au contraire les attaquer, pour les guider ou les surveiller, n’a échappé au fond à personne. Si Alan Moore refuse d’entrer dans ce cosmos peuplé d’entités vivantes, pensantes, sentantes, c’est wonder_woman.gifprobablement qu’il a perçu, ne serait-ce qu’obscurément, qu’il était directement issu de la mythologie universelle.
 
Or, personnellement, je ne crois pas à la possibilité de créer d’authentiques surhommes par la seule intelligence humaine, par la volonté consciente et la technologie; et je dois dire que ce qui m’a le plus fasciné dans les superhéros, c’est justement leur lien avec la mythologie antique. Je comprends donc qu’il raille les sortes de superhéros qui me paraissent illusoires, mais je reste dubitatif sur l’idée, énoncée par certains, qu’il aurait rendu le superhéros désormais impossible: le divin peut encore être symbolisé par des figures.

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03/02/2014

Drames du vingtième siècle

angkar.jpgJ’ai évoqué dans un précédent article le problème de l’irrespect de certains à l’égard des souffrances liées à l’Holocauste, aux crimes de masse d’Adolf Hitler et de son administration - étendue par ses victoires militaires à des pays tels que la France. J’ai dit que pour moi on parlait souvent mal de cela, parce qu’on essayait d’imposer une idée sans toucher, sans faire vivre les choses de l’intérieur.
 
Mais à mon avis, le partage de la souffrance humaine nécessite qu’on évoque également les autres grands crimes de masse du vingtième siècle. Cela donne de ce dernier une image globale. J’ai été profondément ému, étant jeune, par ceux des Khmers Rouges, après avoir notamment vu le film La Déchirure (The Killing Fields), de Roland Joffé. Il y a deux ans, quand je suis allé au Cambodge, j’ai de nouveau été bouleversé, en voyant les maisons détruites, en pensant à la guerre, aux ravages. Je n’ai pas de lien ancestral avec le Cambodge; mais le lien corporel ne fait pas tout: peut-être que dans une autre vie j’étais moi-même khmer?
 
Or, à ce sujet, je dirai ceci. D’abord, le Cambodge ne se résume pas à ces morts par millions: il y a d’autres choses en son sein, qu’il faut savoir voir aussi. Ensuite, les Khmers Rouges, contrairement à ce qu’on croit souvent, n’ont pas seulement eu des motivations idéologiques abstraites: ils étaient persuadés que le peuple khmer ancestral vivait ou avait vécu de façon naturellement conforme aux 450px-Stalin_statue.jpgprincipes du socialisme. Ils ont donc développé des pensées nationalistes, et même racialistes. Les Chinois, en Asie, passent pour être très doués pour le commerce, et Marx avait assimilé le commerce à une activité d’accapareur; on pourchassait donc les gens qui avaient une physionomie réputée chinoise, le modèle idéal du Khmer étant perçu au travers des vieilles représentations d’Angkor.
 
Staline lui-même n’a-t-il pas dit que seuls les Russes étaient d’authentiques communistes par nature, les autres devant par conséquent leur être soumis? Or, le partage de la souffrance humaine peut aussi s’appuyer sur les crimes de masse qu’il a pu commettre: on se souvient par exemple de ce qu’il a fait subir aux Ukrainiens parce qu’il les assimilait à une classe de petits producteurs agricoles égoïstes et dénués du sens du partage qui caractérisait les Russes à ses yeux.
 
Je crois qu’il faut diversifier les sujets de commémoration, afin d’avoir une vision globale de l’être humain, et éviter de donner l’impression qu’on se fixe sur telle ou telle partie. Les politiques, du reste, devraient rester en retrait, et laisser les historiens ou les associations effectuer ce travail ouvert à tous.
 
Il est important que cela émane de gens qui se sentent réellement touchés; sinon, la fibre humaine reste silencieuse.

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01/02/2014

Degolio XXXI: la bataille des Cybernanthropes

tv4.jpgDans le dernier épisode de cette ébouriffante série, nous avons évoqué les véritables origines de Fantômas, afin de bien expliquer pourquoi ses cinq cyborgs lui étaient voués corps et âme.
 
Il savait, en vérité, qu’ils ne seraient pas assez puissants pour arrêter nos deux héros, dont il connaissait la véritable nature. Il leur en faudrait bien plus, pour les vaincre! Eux n’étaient pas réellement des hommes, quoiqu’ils en eussent l’apparence - soit qu’ils l’eussent reçue au cours de leur enfance, soit qu’ils l’eussent choisie pour mieux intervenir sur Terre. Ils étaient des génies au sens propre, antique. Ils tiraient leur puissance du Ciel - et elle demeurait supérieure à celle qu’il avait pu emmagasiner dans ses hommes-machines.
 
Il n’en espérait pas moins gagner du temps, et rejoindre ainsi sans dommage sa base de Paris, encore en construction, mais destinée à devenir immense, invincible, avec en son sein des êtres encore plus grandioses que ses Cybernanthropes, encore plus surhumains! Et qui, cette fois, auraient la puissance d’abattre le Génie d’or, qui ne serait sans doute pas secondé par Captain Corsica, resté sur son île.
 
Or, ses cinq cyborgs avaient eu, à l’origine, des noms qui leur étaient propres; mais il leur en avait donné de nouveaux, faits de nombres et de lettres. Ainsi réduits à des sortes de formules chimiques, ils semblaient toucher à l’essence de la matière - mais c’était là pure tromperie, pur mensonge. Ils avaient perdu par ce biais leur personnalité! Car ils s’appelaient F1C, F2C, et ainsi jusqu’à F5C. F était pour Fantômas, C pour Corse. Ces noms - si on peut les appeler tels - étaient écrits en blanc sur leur sein gauche en lettres régulières, mécaniquement créées.
 
F1C était le chef; il portait au sein droit un insigne rouge, qui le montrait, et qui avait une forme ronde. Grand, large, il pouvait jeter de ses yeux des rayons dévastateurs, et ses doigts contenaient de petits
missiles. Il volait grâce aux jets de feu de ses pieds - et, grâce à son squelette renforcé, il possédait la force de v1382182_614695181907570_1828075283_n.jpgingt hommes. Il s’élança le premier. Captain Corsica fit partir un nouveau coup de feu de son fusil, qui rebondit sur son plastron d’acier: Fantômas l’avait doué d’une vertu incroyable, renforcé au moyen d’un fer météorique!
 
À son tour il fit partir, en plein vol, deux missiles de sa main droite, et Captain Corsica put n’en éviter qu’un - qui alla exploser contre la paroi de pierre, derrière lui. L’autre le toucha de plein fouet. Malgré son costume qui le protégeait (car il avait été tissé dans les salles de Cyrnos par des fées aux doigts purs et, quoiqu’il n’en eût pas l’aspect, il possédait les vertus d’un haubert), la partie humaine de son corps saigna, et une déchirure apparut dans ses mailles, à la poitrine droite. Cependant, sa partie divine eut tôt fait de guérir la plaie; elle se referma à vue d’œil, si son costume resta déchiré. Il en fut quitte pour une atroce mais brève douleur.
 
Il n’en fut pas moins retardé: l’attaque, si elle n’avait pas été meurtrière, laissait son ami le Génie d’or seul face aux cinq monstres, et en particulier à F1C, qui se précipitait vers lui.
 
Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

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