05/03/2014

Paul Éluard et les images

1303718785_paul-eluard.jpgAu moment de visiter l’exposition consacrée il y a quelque temps à Évian à Paul Éluard, je me suis dit qu’il me fallait connaître un peu mieux les poètes surréalistes, et j’ai acheté son recueil appelé Le Livre ouvert (1938-1944); je dois dire que je n’ai pas été enthousiasmé. Les images sont belles, chatoyantes, mais souvent abstraites, incompréhensibles, et quand on fait l’effort de les comprendre, on est de mon point de vue souvent déçu: elles n’illustrent que des idées banales, des pensées sur les belles femmes qui consolent les hommes, ou des pauvres qui vivent une vie difficile dans la société.
 
Pour moi l’image poétique doit ouvrir sur un mystère au sens propre: elle donne à voir ce qui, étant situé au-delà de l’entendement et des sens, ne peut pas s’exprimer autrement. Chez Éluard, j’ai eu le sentiment qu’elle était de la rhétorique.
 
Le surréalisme lui a certainement permis d’en renouveler les figures, mais il n’a pas ouvert sur un monde véritablement autre: les métaphores invraisemblables qu’il accumule ne renvoient qu’à des objets qui n’ont rien d’inaccessible, et n’illustrent que des sentiments ardents en leur faveur; l’effet en est une simple tendance à l’idéalisation, au grossissement. Nul pressentiment du divin, chez Éluard, n’a suscité ces images, mais une volonté d’exprimer pleinement des idées personnelles. Or je suis assez d’accord avec François de Sales lorsqu’il affirme que les sentiments intenses en réalité s’adressent au suprasensible pour trouver plutôt dérisoire une inventivité qui n’exprime que des sentiments relatifs à du sensible.
 
Il peut parler d’une femme - son sujet préféré - comme d’un être supérieur:
 
wonder-woman11.jpgUne fille volante
Descend vers moi très lentement
Dans le vent elle chante à peine
 
Cela ne renvoie à aucun être enchanté au sens propre, mais seulement à une impression traduite par une forme d’hallucination: la fille qui est venue vers lui ne volait pas, même s’il était galant de le dire, même si on pouvait être ému par cette forme d’idolâtrie s’adressant aux dames. La preuve en est qu’il ajoute:
 
Ne croyez pas qu’elle ait des ailes
 
Ce n’est donc pas un ange à visage de femme! Juste une de ces cristallisations dont parle Stendhal, et qu'il est sentimental de faire semblant de prendre au sérieux.
 
Il est pour moi difficile de faire pareil, même si ses images ont de la lumière et de la légèreté, et qu'elles envoûtent: leur auteur avait du talent. Mais je ne vois pas en leur sein ce qu’André Breton disait chercher, la présence des Grands Transparents: la transparence est trop grande, ou je n’ai pas l’œil assez fin.
 
Il est quand même triste que ce poète qui passe pour l’un des meilleurs de sa génération me laisse de glace. Mais ce sont des choses qui arrivent.

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