15/03/2014

Victor Hugo et l'exploration spatiale

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En 1859, dans son poème Plein Ciel, Victor Hugo évoqua les hommes qui s'affranchiront des basses couches terrestres par leurs machines pour pénétrer les mystères d'en haut; parlant du sublime aéroscaphe, il s'écria:

Intrépide, il bondit sur les ondes du vent;
Il se rue, aile ouverte et a proue en avant,
Il monte, il monte, il monte encore,
Au delà de la zone ou tout s'évanouit,
Comme s'il s'en allait dans la profonde nuit
À la poursuite de l'aurore!

Calme, il monte ou jamais nuage n'est monté;
Il plane à la hauteur de la sérénité,
Devant la vision des sphères;
Elles sont là, faisant le mystère éclatant,
Chacune feu d'un gouffre, et toutes constatant
Les énigmes par les lumières.

orion.jpgAndromède étincelle, Orion resplendit;
L'essaim prodigieux des Pléiades grandit;
Sirius ouvre son cratère;
Arcturus, oiseau d'or, scintille dans son nid;
Le Scorpion hideux fait cabrer au zénith
Le poitrail bleu du Sagittaire.

L'aéroscaphe voit, comme en face de lui,
Là-haut, Aldébaran par Céphée ébloui,
Persée, escarboucle des cimes,
Le chariot polaire aux flamboyants essieux,
Et, plus loin, la lueur lactée, ô sombres cieux,
La fourmilière des abimes!

Vers l'apparition terrible des soleils,
Il monte ; dans l'horreur des espaces vermeils,
Il s'oriente, ouvrant ses voiles;
On croirait, dans l'éther où de loin on entend,
Que ce vaisseau puissant et superbe, en chantant,
Part pour une de ces étoiles;

Tant cette nef, rompant tous les terrestres nœuds,
Volante, et franchissant le ciel vertigineux,
Rêve des blêmes Zoroastres,
Comme effrénée au souffle insensé de la nuit,
Se jette, plonge, enfonce et tombe et roule et fuit
Dans le précipice des astres!

Cela annonce le voyage interplanétaire de Blaise Cendrars dans son Eubage (1926), dont j'ai déjà 699px-Piero_di_Cosimo_-_Libération_d'Andromède_1.jpgparlé, mais les images ici ne sont que celles des constellations telles que les a définies l'antiquité: la différence n'apparaît pas, entre ce passage et celui des Métamorphoses d'Ovide qui évoque Persée muni d'ailes aux pieds touchant à diverses figures célestes pour finalement se rendre au royaume d'Atlas, aux confins occidentaux du monde. Le fond du texte de Hugo, qui ne décrit pas le détail des planètes, place le fantastique seulement dans la machine, moyen de réaliser ce qui chez les Anciens apparaissait comme prodige: Persée tenait ses ailes de Mercure; c'était un don, ou un prêt divin. Ici la machine n'est pas présentée comme telle. Dans un enthousiasme débordant Hugo salue le progrès humain, mais sans rien inventer.

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