31/03/2014

Olaf Stapledon et les étoiles douées d’âme

th.jpgDernièrement, nous avons évoqué, dans le Star Maker de Stapledon, les problèmes rencontrés par les êtres pensants de notre galaxie, dans le futur révélé à l’esprit du narrateur détaché de son corps, de la terre, de l’espace et du temps: unis par la télépathie, ils constituent un être collectif grandiose, et décident de s’unir de la même façon à d’autres galaxies; mais c’est alors que des catastrophes inexpliquées surviennent: les étoiles tombent malades, se mettent à exploser, ou se diluent.
 
D’abord les espèces pensantes et évoluées s’efforcent de les soigner; puis, peu à peu, la vérité surgit, grâce à un contact télépathique renforcé: les étoiles sont vivantes, et leurs maladies sont des formes de suicides ou de réactions spontanées à la honte qu’elles ressentent d’être déviées dans leurs cours par les êtres qui habitent les planètes, et qui en ont acquis le pouvoir. On avait déplacé des systèmes planétaires entiers pour mieux s’unir à d’autres!
 
Loin de n’être que des objets soumis à des lois abstraites, les étoiles ont une âme, et elles se perçoivent mutuellement, sont en lien télépathique, psychique. Pour elles, le ciel est plein de couleurs: chacune fait rayonner sa teinte propre sur le fond noir de l’univers. Leurs organes sensoriels sont les tissus gazeux qui les entourent. Et alors, Stapledon énonce une chose magnifique: leurs mouvements, que nos savants croient mécaniques, sont, de leur point de vue, effectués librement, émanent de leur volonté propre. Ils renvoient à un sentiment esthétique, s’apparentent à une danse, et sont liés à la photo_873T1.jpgperception de l’harmonie globale. Les unes avec les autres, elles se conduisent avec amour, et produisent un ballet cosmique mû par un sentiment divin. Car leur vie est animée par un double désir: celui de se placer dans cette danse commune, celui de percer à jour la véritable nature de l’univers. Elles ont, en ce sens, quelque chose de profondément angélique: A star must be thought of as vaguely aware of the gravitational influence of the whole galaxy, and more precisely aware of the « pull » of its near neighbours; though of course their influence would generally be too slight to be detected by human instruments. To these influences the star responds by voluntary movement, which to the astronomers of the little minded worlds seems purely mechanical; but the star itself unquestioningly 436px-Johannes_Kepler_1610.jpgand rightly feels this movement to be the freely will expression of its own psychological nature.

N’est-il pas sublime que Stapledon affirme que l’idée de mouvements purement mécaniques dans les étoiles n’appartienne qu’aux little minded worlds?
 
Un des points fondamentaux du romantisme fut la question de la mécanique céleste: on voulait rejeter la vision de Newton et de Galilée, et on se référait à Kepler, qui attribuait aux astres une vie, une âme. Bien qu’il reprenne apparemment le modèle de la science moderne, Stapledon le retourne et y ramène l’ancienne mythologie. C’est d’ailleurs un trait de psychologie remarquable: quand on regarde agir les autres hommes, on pense volontiers que seule une mécanique comportementale les pousse à faire ce qu’ils font; à soi-même, au contraire, on attribue toujours de nobles aspirations! De l’homme aux objets cosmiques, cela s’applique aussi.

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