31/03/2014

Olaf Stapledon et les étoiles douées d’âme

th.jpgDernièrement, nous avons évoqué, dans le Star Maker de Stapledon, les problèmes rencontrés par les êtres pensants de notre galaxie, dans le futur révélé à l’esprit du narrateur détaché de son corps, de la terre, de l’espace et du temps: unis par la télépathie, ils constituent un être collectif grandiose, et décident de s’unir de la même façon à d’autres galaxies; mais c’est alors que des catastrophes inexpliquées surviennent: les étoiles tombent malades, se mettent à exploser, ou se diluent.
 
D’abord les espèces pensantes et évoluées s’efforcent de les soigner; puis, peu à peu, la vérité surgit, grâce à un contact télépathique renforcé: les étoiles sont vivantes, et leurs maladies sont des formes de suicides ou de réactions spontanées à la honte qu’elles ressentent d’être déviées dans leurs cours par les êtres qui habitent les planètes, et qui en ont acquis le pouvoir. On avait déplacé des systèmes planétaires entiers pour mieux s’unir à d’autres!
 
Loin de n’être que des objets soumis à des lois abstraites, les étoiles ont une âme, et elles se perçoivent mutuellement, sont en lien télépathique, psychique. Pour elles, le ciel est plein de couleurs: chacune fait rayonner sa teinte propre sur le fond noir de l’univers. Leurs organes sensoriels sont les tissus gazeux qui les entourent. Et alors, Stapledon énonce une chose magnifique: leurs mouvements, que nos savants croient mécaniques, sont, de leur point de vue, effectués librement, émanent de leur volonté propre. Ils renvoient à un sentiment esthétique, s’apparentent à une danse, et sont liés à la photo_873T1.jpgperception de l’harmonie globale. Les unes avec les autres, elles se conduisent avec amour, et produisent un ballet cosmique mû par un sentiment divin. Car leur vie est animée par un double désir: celui de se placer dans cette danse commune, celui de percer à jour la véritable nature de l’univers. Elles ont, en ce sens, quelque chose de profondément angélique: A star must be thought of as vaguely aware of the gravitational influence of the whole galaxy, and more precisely aware of the « pull » of its near neighbours; though of course their influence would generally be too slight to be detected by human instruments. To these influences the star responds by voluntary movement, which to the astronomers of the little minded worlds seems purely mechanical; but the star itself unquestioningly 436px-Johannes_Kepler_1610.jpgand rightly feels this movement to be the freely will expression of its own psychological nature.

N’est-il pas sublime que Stapledon affirme que l’idée de mouvements purement mécaniques dans les étoiles n’appartienne qu’aux little minded worlds?
 
Un des points fondamentaux du romantisme fut la question de la mécanique céleste: on voulait rejeter la vision de Newton et de Galilée, et on se référait à Kepler, qui attribuait aux astres une vie, une âme. Bien qu’il reprenne apparemment le modèle de la science moderne, Stapledon le retourne et y ramène l’ancienne mythologie. C’est d’ailleurs un trait de psychologie remarquable: quand on regarde agir les autres hommes, on pense volontiers que seule une mécanique comportementale les pousse à faire ce qu’ils font; à soi-même, au contraire, on attribue toujours de nobles aspirations! De l’homme aux objets cosmiques, cela s’applique aussi.

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29/03/2014

Michel Houellebecq et Teilhard de Chardin

0dd76fe20b6587ac1d4f429235dcea51.jpgComme c'est un roman plein de science-fiction et de visions futuristes, j’ai commencé à lire La Possibilité d’une île, de Michel Houellebecq, et je note un passage surprenant où sous couvert de son personnage celui-ci dit fondre en larmes à l’idée que Teilhard de Chardin puisse avoir des lecteurs: il éprouve, assure-t-il, une compassion réelle à leur égard, et pas du tout de la haine, du mépris, ou l’envie de se moquer. J’ai eu du mal à le croire, moi qui suis ou ai été justement été un grand lecteur de ce grand homme. Il faut dire qu’il cite Le Milieu divin, le livre le plus conventionnel du jésuite philosophe, celui où il développe simplement, à partir du dogme catholique, des vues sur l’être humain, sans rapport aucun avec les sciences.
 
Houellebecq compare ce noble auteur à ces savants romantiques allemands dont son cher Schopenhauer se moquait en disant qu’après avoir effectué des expériences dans leur laboratoire, ils développaient des idées sur leur Première Communion. C’est simpliste, car Goethe n’était pas dans ce cas, et même le catholique Ringseis essayait en réalité de saisir de l’intérieur les données de la science afin d’en saisir l’essence morale, selon le principe que rien n’était dénué de sens, et que la conscience morale humaine n’était pas une aberration, au sein de l’univers, mais émanait de l’univers même, en était une production au même titre que le corps. Pensée analogique préconisée déjà par Rousseau, en son temps.
 
On comprend néanmoins que Houellebecq ne la saisisse pas, car il regarde l’univers comme vide et, partant, se voit lui-même comme le seul à aspirer moralement à quelque chose, à avoir des sentiments réellement purs au fond de son âme. Mais cette aspiration est objectivement une bizarrerie, il le confesse - sans pour autant y renoncer, puisque écrire, affirme-t-il, c’est construire du sens dans le chaos régnant!
 
Il prétend qu’il est manifeste que le ciel est vide de toute divinité, et cela me rappelle l’espèce de vérité révélée de l’inexistence de Dieu à laquelle semblent adhérer spontanément, avec une sorte de foi, les écrivains parisiens dans leur majorité - ceux-là même qui évoquent Dieu en faisant fréquemment un anagramme du Vide. Pierre Jourde présentait pareillement l’absence de Dieu comme une évidence métaphysique, et il semble qu’il ne soit pas possible de réussir dans les lettres à Paris sans avoir admis lucifer-flipped.jpgce point de départ obligé, car on n’en voit effectivement pas qui s’imposent sans l’admettre, et d’ailleurs j’ai connu un éditeur à Saint-Germain-des-Prés qui me disait qu’on ne pouvait relier pas la poésie à Jésus-Christ, que cela privait de liberté les poètes.
 
Je trouve le ton de La Possibilité d’une île assez âpre, plein d’une sourde colère contre la création, on dirait qu’il a été écrit par l’ange déchu du Paradis perdu de Milton. Le ton plus doux et burlesque de La Carte et le territoire m’a davantage plu. 
 
Les visions des temps futurs, quoique sporadiques, sont quand même intéressantes et donnent une profondeur au temps présent, figurant comme leur essence, étant comme leur symbole.

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25/03/2014

Mythologie du smartphone

Smartphones (1).jpgJ’ai entendu une émission sur France-Inter qui évoquait le smartphone, et les mots utilisés m’ont rappelé ceux qu’on utilisait dans la religion chrétienne pour l’ange gardien: le compagnon intime, l’outil qui met en relation avec l’univers - et qui, même, montre l’invisible. Il est la matérialisation apparente du bon génie.
 
On se souvient sans doute que, dans l’enfance, on s’inventait un ami impalpable, qui n’était que la suite du doudou. On parlait avec lui. Matérialisation du bon ange dont l’enfant est si proche, eût dit François de Sales; souvenir de sa présence au moment où l’âme s’apprête à prendre corps, eût dit Rudolf Steiner. Le natel, ou téléphone portable, en est le prolongement, au sein de l’ère technologique.
 
Prolongement illusoire. L’outil ne met en relation qu’avec la partie de la noosphère qui se manifeste dans les machines. Comme l’être humain pressent que dans l’unité qui semble habiter les groupes 515px-Talisman_de_Charlemagne_Tau.jpgexiste un point immatériel de convergence, il a la superstition de croire que l’objet qui le relie au réseau téléphonique est une amulette lui permettant d’accéder à l’âme globale de l’humanité.
 
Naturellement, de l’ange qui relie à l’univers, il n’est qu’un reflet inversé, une copie. L’invisible que montre le smartphone n’est que le visible d’un autre œil, de ce qu’on a devant soi quand on s’est déplacé physiquement. Il n’entre pas, quoi qu’on dise, dans le monde des causes.
 
À cet égard, la paranoïa qui lie Internet aux États est également le symptôme qu’on attribue bien plus qu’il n’est légitime à ce monde mécanique intégrant une manifestation partielle, voire superficielle, de la noosphère. On entend dire que l’outil est un moyen de contrôle des âmes depuis tel ou tel service secret; mais c'est en réalité le culte qu'on voue à la machine et la croyance qu'elle est à même de pénétrer les profondeurs de l'Esprit, qui lient la conscience. Dès que l'objet apparaît comme ne touchant qu’à la surface des choses, et comme demeurant en dehors de l’esprit au sens propre, il cesse de prendre l’éclat de l’ami invisible; il n’apparaît plus que comme un fétiche vide, ne parlant pas, ne bougeant pas, ne pensant pas, comme dit la Bible.
 
Et si un esprit semble s'y trouver, il se révèle comme illusoire.

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23/03/2014

Degolio XXXIV: la fuite de Fantômas

wamxmas.jpgDans le dernier épisode de cette furieuse série, nous avons laissé nos deux héros, le Génie d’or et Captain Corsica, au moment où, ayant abattu trois mécanoïdes ennemis, ils se retrouvèrent face aux deux qui restaient.
 
À ce moment, Fantômas, qui avait voulu assister au combat pour mesurer la puissance de ses machines - et aussi parce qu’il l’espérait suffisante pour vaincre les héros, la lucidité dont il se targuait étant toujours en réalité brouillée par son orgueil -, monta sur une sorte de petite plateforme munie d’un guidon, puis s’éleva dans les airs, se dirigeant vers l’ouverture qu’avait créée Captain Corsica en entrant. Plus que jamais la rage enflammait son cœur.
 
Solcum 6.jpgVoyant cela, le Génie d’or, après avoir évité un missile sorti de la poitrine bombée de F2C, appela à lui son bâton, qui s’arracha du corps de F1C et vint à sa main, comme mû par une volonté propre, et d'un coup rapide il détruisit le missile qui s’était retourné vers lui - car il était doué d’une tête chercheuse, sensible aux mouvements. Il s’ensuivit une explosion dont le souffle le souleva mais ne le blessa pas; au contraire il s’appuya dessus pour bondir plus puissamment sur F2C, et l’abattre d’un coup terrible de son sceptre: l’os crânien du cyborg craqua, sous son enveloppe d’acier.
 
Pendant ce temps, Captain Corsica s’était jeté sur F4C, avait plongé ses doigts immenses dans son plastron, sa puissance lui ayant permis de les enfoncer dans un mince interstice, et avait arraché une large pièce de fer, sous laquelle la peau avait été enlevée, de sorte que les os du malheureux étaient à nu, tout comme ses organes mêlés de circuits, et qu’il hurla avant de s’évanouir, perdant du sang en abondance.
 
Quant au Génie d’or, il était déjà à la poursuite de Fantômas.
 
Or celui-ci se retourna, et fit partir un rayon jaune de sa main gantée: énergie concentrée, il frappa de plein fouet le chevalier céleste, qui en fut violemment repoussé, et qui retomba à terre dans un fracas impressionnant, aussitôt accompagné d'un nuage de poussière.
 
Captain Corsica, qui n’aurait pas eu le temps d’appeler à lui son vaisseau spatial resté suspendu dans les airs, et dont le vol n’était pas assez rapide pour suivre Fantômas, tendant à perdre du poids et de la force, lorsqu’il entrait en lévitation, se précipita pour voir si Solcum n’avait rien; mais il était indemne: sans dommage apparent, il se releva.
 
typhon.jpgLe fourbe nous a échappés, fit-il de sa voix sourde, obscure. - Oui, répondit le bon ange de la Corse; mais j’ai vu, attachés, ligotés, enchaînés à sa machine des sylphes qui l’emportaient dans les airs, et auxquels il commandait par son art noir, qui les jetait dans la douleur lorsqu’ils ne lui obéissaient pas; il n’eût pas été aisé de le suivre longtemps, de toute façon: ces êtres sont d‘une grande puissance, ils commandent au vent même. - Sans doute, répartit le Génie d’or, et du reste, c’eût été inutile; car je sais où il se rend: au cœur de Paris, dont je suis comme le bon ange, ainsi que tu le sais: le gardien tutélaire! Il y a sa base principale, en construction. C'est depuis la capitale de la France qu'il veut conquérir le monde! Ses pensées, à cet égard, me sont apparues, alors que je le combattais: car les corps ne sont pas pour moi un obstacle; les idées s'en exhalent sous forme de vapeurs où souvent  je les distingue.

Je retrouverai donc ce monstre bien assez tôt. Pour l’heure, je dois te remercier de ton intervention, sans laquelle je ne serais à présent qu’un amas informe dans le ventre de la grande aragne!
 
La suite de ce discours ne pourra cependant être donnée qu’une fois prochaine.

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21/03/2014

Olaf Stapledon et les êtres symbiotiques

9780486466835.jpgJ’ai laissé l’exploration de l’espace tel qu’il sera dans l’avenir selon Star Maker d’Olaf Stapledon au moment où les êtres pensants de la galaxie étaient comme dans une impasse. Un empire s’est créé, sur la base du don de la télépathie universelle; mais il est dominé par la technologie, et asservit les esprits à la pensée mécaniste, à l’intellect attelé à la matière. Les espèces marginales, qui ont des aspirations mystiques, sont exterminées peu à peu.
 
Or, en leur sein, un nouvel élan est donné. Une vieille race symbiotique, alliant des êtres qui tiennent au poisson et des êtres qui participent de l’araignée, et qui est parvenue à la conscience claire, va les sauver. Parce qu’elle a fait fusionner deux principes au départ différents, elle n’est pas sujette à la pensée univoque propre à l’empire galactique. Un équilibre constant entre l’aspiration à la technologie, propre aux arachnéens, et l’aspiration à la vie contemplative, propre aux poissonneux, permet à cette espèce d‘évoluer sans heurt - et de créer des lunes artificielles qui ont en elles de la vie, au lieu de n’être que des machines vides.
 
Or, tout en se cachant, les arachnéens influent sur la vie des espèces restées en arrière: par voies télépathiques, secrètes, sous forme de visions, de rêves, ils les aident à s’orienter vers l’affranchissement de l’esprit, à les arracher à ce qui les enferme dans l’enveloppe corporelle. Par-dessous l’empire galactique se développe ainsi une communion autre.
 
Stapledon a alors une idée sublime: ces initiateurs mystérieux se dissimulent parce qu’ils craignent d’effrayer les êtres inférieurs s’ils se dévoilent sous leur vrai visage… Lovecraft l’avait lu.
 
L’empire officiel cherche à supprimer ces mondes en marge, mais il les connaît mal. Au lieu d’y parvenir, de nouveau par la voie télépathique, les Subgalaxiens les influencent en insérant dans l’esprit des particuliers le doute, l’angoisse, le sentiment que la belle structure globale de l’empire est creuse, stérile; l’individualisme renaît au sein de ce communisme psychique.
 
Il s’ensuit des guerres, des martyres en masse, des persécutions, et l’effondrement progressif de l’empire. Beaucoup de colonies constituées de ces individualités réfractaires elles-mêmes s’étiolent, sod5b51aab.jpgmbrant dans une sorte de désespoir, étant trop engoncées dans les anciennes habitudes psychiques, et ne voyant pas de lumière: elles se contentent de rejeter ce dont-elles sont issues. Quelques-unes tout de même trouvent une voie, rejoignant le concert toujours plus harmonieux de la galaxie.
 
Car les Subgalaxiens semblaient, au premier abord, stagner dans leur évolution, mais c’est parce que, tournés vers un progrès invisible à l’œil nu, celui de l’Esprit, ils s’efforçaient de percer le mystère de l’âme cosmique - cherchant à voir Dieu face à face, à saisir la source de la lumière, de la vie, de l’amour! Or, ils y parvenaient. Et c’est ainsi qu’ils purent relancer l’Évolution.
 
Cependant, le désir de se lier psychiquement avec les galaxies voisines devait entraîner de nouvelles catastrophes. C’est ce dont nous parlerons une fois prochaine.

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17/03/2014

La carte et le territoire de Michel Houellebecq

Houellebecq1cS.Bourmeau.jpgJ’ai lu La Carte et le territoire de Michel Houellebecq, et je l’ai trouvé agréable et amusant, en même temps que rempli d’une poésie qui touche à mon avis à la science-fiction.
 
En insérant dans un style classique et neutre un tas de mots propres au monde moderne, il crée une impression burlesque; d’un autre côté, il est traversé par des fantasmes liés au progrès technique et au capitalisme triomphant. À certains égards, cela m’a rappelé Michel Jeury - d’autant plus que Houellebecq y a mêlé des pensées pastorales inspirées par mon cher William Morris, et s’appuyant sur le goût de la province, de la campagne. Chez Jeury, la technologie et le pastoral fusionnent, notamment grâce à une physique quantique qui se pose comme parlant de la nature autant que des machines; or, chez Houellebecq il en va également ainsi, quoique de façon à la fois plus simple et plus édulcorée.
 
L’éternité n’appartient plus au vide comme dans ses romans précédents, mais plutôt à la vie végétale, comme c’est en général le cas dans la poésie agnostique contemporaine, qui admet dans la nature une force immortelle formatrice, mais se refuse à lui attribuer aussi une conscience; de ce fait celle-ci, chez l’homme, se sent isolée, délaissée, ne se retrouve pas dans le monde, qui lui apparaît comme déprimant.
 
Pourtant quelques métaphores inspirées par la science-fiction ordinaire et qui m’ont fait plaisir distillent une sorte de lumière. Un soir de décembre, le ciel de Paris est verdâtre; le narrateur dit qu’on y verrait bien survenir une invasion d’aliens. Ce n’est pas naturellement que ce genre d’images qui ne font en réalité,9781405865241.jpg comme chez Lovecraft ou Wells, que cristalliser la peur qu’inspire le ciel, le mystère de l’infini, donne en soi de l’optimisme; mais d’un simple point de vue artistique, elles représentent une respiration: pour l’âme, elles sont comme un air frais. Le fait est que la première étape qui mène à la connaissance des mondes d’en haut, la véritable tradition mystique l’a dit, est le sentiment du vide, et que la seconde est l’image des monstres émanés de l’époque dans laquelle on vit: raison pour laquelle les chrétiens ont fait du diable le prince de ce monde.
 
Cependant, de William Morris, Houellebecq ne retient que l’utopie champêtre développée dans News from Nowhere; or, dans certains de ses romans, qui appartiennent au genre de la fantasy, il disait plus clairement que, dans la nature végétale, immortelle, formatrice, se trouvent aussi des entités spirituelles bénéfiques pour l’humanité, qui ont une conscience, des pensées. Elles permettent justement de réaliser les projets humains sur terre, lesquels Houellebecq semble pourtant regarder comme vains, les dessins de son architecte adepte de Morris étant splendides, représentant des cités faites d’un cristal vivant, organique, végétal, mais délirants et à juste titre rejetés par les jurys fonctionnalistes des concours d’architecture. C’est en quelque sorte ce que concède Houellebecq à la pensée parisienne, avec laquelle Morris n’était vraiment pas en phase.

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15/03/2014

Victor Hugo et l'exploration spatiale

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En 1859, dans son poème Plein Ciel, Victor Hugo évoqua les hommes qui s'affranchiront des basses couches terrestres par leurs machines pour pénétrer les mystères d'en haut; parlant du sublime aéroscaphe, il s'écria:

Intrépide, il bondit sur les ondes du vent;
Il se rue, aile ouverte et a proue en avant,
Il monte, il monte, il monte encore,
Au delà de la zone ou tout s'évanouit,
Comme s'il s'en allait dans la profonde nuit
À la poursuite de l'aurore!

Calme, il monte ou jamais nuage n'est monté;
Il plane à la hauteur de la sérénité,
Devant la vision des sphères;
Elles sont là, faisant le mystère éclatant,
Chacune feu d'un gouffre, et toutes constatant
Les énigmes par les lumières.

orion.jpgAndromède étincelle, Orion resplendit;
L'essaim prodigieux des Pléiades grandit;
Sirius ouvre son cratère;
Arcturus, oiseau d'or, scintille dans son nid;
Le Scorpion hideux fait cabrer au zénith
Le poitrail bleu du Sagittaire.

L'aéroscaphe voit, comme en face de lui,
Là-haut, Aldébaran par Céphée ébloui,
Persée, escarboucle des cimes,
Le chariot polaire aux flamboyants essieux,
Et, plus loin, la lueur lactée, ô sombres cieux,
La fourmilière des abimes!

Vers l'apparition terrible des soleils,
Il monte ; dans l'horreur des espaces vermeils,
Il s'oriente, ouvrant ses voiles;
On croirait, dans l'éther où de loin on entend,
Que ce vaisseau puissant et superbe, en chantant,
Part pour une de ces étoiles;

Tant cette nef, rompant tous les terrestres nœuds,
Volante, et franchissant le ciel vertigineux,
Rêve des blêmes Zoroastres,
Comme effrénée au souffle insensé de la nuit,
Se jette, plonge, enfonce et tombe et roule et fuit
Dans le précipice des astres!

Cela annonce le voyage interplanétaire de Blaise Cendrars dans son Eubage (1926), dont j'ai déjà 699px-Piero_di_Cosimo_-_Libération_d'Andromède_1.jpgparlé, mais les images ici ne sont que celles des constellations telles que les a définies l'antiquité: la différence n'apparaît pas, entre ce passage et celui des Métamorphoses d'Ovide qui évoque Persée muni d'ailes aux pieds touchant à diverses figures célestes pour finalement se rendre au royaume d'Atlas, aux confins occidentaux du monde. Le fond du texte de Hugo, qui ne décrit pas le détail des planètes, place le fantastique seulement dans la machine, moyen de réaliser ce qui chez les Anciens apparaissait comme prodige: Persée tenait ses ailes de Mercure; c'était un don, ou un prêt divin. Ici la machine n'est pas présentée comme telle. Dans un enthousiasme débordant Hugo salue le progrès humain, mais sans rien inventer.

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12/03/2014

Qui a peur du saint Suaire? demande Brice Perrier

9782916546834.jpgJ’ai lu récemment un livre de Brice Perrier, Qui a peur du saint Suaire? (éd. Florent Massot, 2011), qu'il m'a obligeamment donné, et qui est consacré au linceul de Turin, relique, objet de culte. Comme on sait, il est lié à la Savoie; il a été exposé à Chambéry, avant de suivre le duc dans la capitale du Piémont.
 
L'impresion de Brice Perrier, en écoutant les diverses personnes impliquées dans la recherche sur ce tissu, est qu'il n’a pas été assez étudié, que les datations en particulier qui ont placé sa création au treizième ou quatorzième siècle ne sont pas fiables, qu’il faut recommencer. Le principal argument qu’il donne est que seul un bout du suaire a été traité, et qu’il pouvait faire partie d’une restauration. Il ajoute l'hypothèse d'un cousin qui, dit-il, l'a poussé à s'intéresser à l'objet: une décharge de particules aurait rajeuni le lin! Cela fausserait les datations. Même si ce cousin en nie la possibilité, Brice Perrier évoque un éventuel lien, à la fin du livre, avec la résurrection.
 
Cela me rappelle la science-fiction, et j’ai le sentiment que l'auteur cherche, inconsciemment, à remplacer les miracles du vieux catholicisme par une science futuriste reposant sur les propriétés inconnues de la matière...
 
Il affirme qu’il est invraisemblable qu’un éclair ait touché le corps de Jésus dans son tombeau; c’était pourtant l’opinion de Rudolf Steiner. Je ne pense de toute façon pas que cela puisse rajeunir le lin...
 
François de Sales évoquait encore autre chose: les visions que François d’Assise eut du Crucifié, créées dans l’espace céleste, dans l’air lumineux d’en haut, par les anges. Or, le Suaire fut dès le départ lié aux Franciscains, extrêmement puissants à Chambéry; et c’est un pape franciscain qui en a consacré le culte, au seizième siècle. L’Église a d’ailleurs dit l’image non créée d’une main d’homme
 
photos-spirites-02 (1).jpgCela me rappelle les idées de H. P. Blavatsky sur le spiritisme: les médiums eux-mêmes créaient les phénomènes étranges qui se manifestaient au cours des séances, leur volonté en réalité s’imprimant dans l’air ambiant au-delà de leurs membres; les images que les participants croyaient voir émanaient de ces médiums: elles matérialisaient ce qu’ils avaient à l’intérieur d’eux-mêmes. Le problème en effet de ce Suaire est que, s’il est un faux, on ne sait pas du tout comment on aurait pu fabriquer une telle image. Les expériences effectuées à cet égard sont peu convaincantes. Peut-être bien qu’elle a été créée par des propriétés inconnues de la nature humaine: des forces psychiques qu’on méconnaît. Est-ce que des volontés puissantes concentrées sur une matière peuvent lui imprimer une forme spécifique? Beaucoup l’ont pensé. Or les Franciscains étaient d’ardents mystiques, à l’origine.
 
Si la science se penche sur cet objet en particulier, en tout cas, ce n’est pas tant à cause de ses applications possibles en médecine ou en physique que parce qu’il reste nimbé de mystère.

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09/03/2014

Captain Córsica en images (4)

Après le combat contre Acalcor, l’excellent Régis Dabol a voulu donner un aperçu d’une autre aventure de Captain Córsica - qui, cette fois, a eu lieu dans le ciel de Vienne, en Dauphiné:

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Le terrible gnome-œil, divinité déchue de la Vienne antique, a en effet voulu dévaster la ville moderne, qui ne lui rend plus aucun hommage, ne lui offre plus aucun sacrifice - n'immole plus à sa gloire ni bêtes ni hommes, ainsi qu'autrefois elle faisait:

Dabol 08.jpg

Il a décidé de se servir lui-même sur la population, pour se venger. Une épouvantable maladie s’est dès lors répandue, sans que nul n’en connaisse l’origine véritable, ce monstre étant invisible aux yeux des mortels; lorsqu’il leur apparaît, ils l’assimilent à une hallucination! Il leur ôtait, en vérité, leur énergie vitale, en l’aspirant depuis leur foie. Les médecins n’ont rien pu faire, si ce n’est déceler le bacille qu’il laissait derrière lui. De tous une langueur profonde s’est emparée, et les peaux sont devenues purulentes, pleines de scrofules.
 
Pourquoi cet être immonde, répondant au nom de Tarlacor, n’a-t-il pas agi avant? se demanderont quelques-uns. À vrai dire, des hommes l’ont permis: ils lui ont eux-mêmes ouvert la porte de la prison secrète dans laquelle l’avait jeté le grand évêque de Vienne saint Avit, précepteur du roi saint Sigismond, ami du roi Gondebaud et thaumaturge:

Mamertus_von_Vienne.jpg

Il est une crypte sous la cathédrale:

Cathedrale.vienne38.01.jpeg

Là, par une formule enchantée, il l’avait confiné, avant de refermer sa geôle au moyen d’une clef d’or.
Or, au sein de la ville moderne, certains rêvent encore de la splendeur antique de la vieille capitale des Allobroges; aussi ont-ils cherché la sainte clef d’Avit, et, après l’avoir trouvée, ils ont ouvert la geôle maudite, libérant le gnome-œil, pensant qu’il pourrait ramener cette splendeur!
 
Mal leur en a pris! Ils furent les premières victimes de sa rage. Surgissant en effet des profondeurs du puits infâme dans lequel il avait été placé, il répandit bientôt son haleine fétide sur la ville. Non seulement il a frappé d’une terrible langueur nombre d’habitants, mais l’ensemble a été contaminé par son souffle impur, et plusieurs ont commencé à avoir des visions, prenant leurs bons et simples voisins pour des êtres venus d’un autre monde dans le but de les envahir; les agressions se sont multipliées, les batailles de rue, et il y eut même des morts, des assassinats, horrible chose.
 
Captain Córsica, dès qu’il eut entendu, par la voix de Dévote Réparate-Brown (pour lui équivalente à la Bath-Kôl du judaïsme, car elle lui transmettait les paroles des anges), ce qui se passait dans cette cité de Vienne - voyant que Captain Savoy, lui-même voisin de celle-ci et tenant par plus d’un lien à elle, était occupé déjà à Annecy, où il combattait la grande pieuvre du lac, - et constatant que tout était calme dans sa propre chère patrie -, accourut au secours de ses frères humains, en s’attaquant au gnome-œil.
 
Le premier coup vint de l’être épouvantable:

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Mais notre héros ne s’en laissa pas compter:

Dabol 10.jpg

La suite dans un prochain épisode, peut-être...

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07/03/2014

Le voyage lunaire chez l'Arioste

Ludovico_Ariosto_2.jpgAvant qu’en 1657 Cyrano de Bergerac fît paraître ses États et empires de la Lune, le poète italien Ariosto, dans son Roland Furieux, composé entre 1503 et 1532, avait déjà raconté une visite de la Lune par un de ses dignes chevaliers, Astolphe.
 
Il avait commencé par se rendre au sommet d’une montagne qui abritait le paradis terrestre, et y avait retrouvé les saints antiques, en particulier Jean l’Évangéliste, qui ensuite l’avait emmené, sur le char d’Élie, attelé à des chevaux plus rouges que la flamme, à travers la sphère de feu qui entoure la Terre jusqu’à la Lune: Toute cette région, dit le poète, brillait comme l’acier qui n’aurait eu aucune souillure. […] Là, Astolphe éprouva un double étonnement, ce fut de voir si grande cette région qui, depuis nos campagnes terrestres, semble une petite assiette; puis, en regardant en bas, de n’apercevoir que difficilement la terre et les mers qui l’entourent. Le manque de lumière faisait qu’en effet on la distinguait à peine. Les fleuves, les lacs, les campagnes, sont, là-haut, tout autres que ceux qu’on voit chez nous. Les plaines, les vallées, les montagnes sont toutes différentes. Il en est de même des cités et des châteaux. Le paladins n’avait jamais vu jusqu’alors, et depuis ne vit jamais rien de si beau. Il y a de vastes et sauvages forêts, où les nymphes chassent éternellement les bêtes fauves.
 
Diane étant liée à la Lune, on ne peut pas être étonné que les nymphes chasseresses qui formaient sa suite vivent sur l’astre des nuits.
 
Astolphe découvre bientôt quelque chose d’étonnant: la Lune matérialise les actions et les penchants des êtres humains, tout ce qui s’est perdu dans l’ordre spirituel, les chagrins, les vœux, les prières, les haines, les flatteries - devenues par exemple des hameçons d’or et d’argent -, et même le bon sens - Astolfo_sulla_Luna.jpgdevenu une vapeur subtile ayant la forme d’une montagne. Le monde moral a trouvé une apparence visible. Au contraire, ce qui est terrestre n’y existe plus. L’astre d’argent est le lieu où les métaphores sont devenues des réalités. Cela donne l’occasion à l’Arioste de plaisanter sur la véritable forme de ce à quoi les hommes sur Terre attachent tant d’importance, et aussi sur l’épaisseur du bon sens qui à l’insu de ses propriétaires a été égaré.
 
Mais le plus fascinant est la rencontre d’Astolphe avec les Parques, qui y vivent. Là filent-elles les destins, en soie ou en fibres hideuses selon qu’ils mènent au paradis ou à l’enfer; et de ces liens les hommes après leur mort sont entourés d’une façon qu’ils peuvent désormais clairement déceler. 
En outre, les Parques gravent le nom des défunts sur des plaques de fer, d’argent ou d’or, et un vieillard plein de célérité s’empresse de les jeter dans le fleuve du Pô, où elles sombrent dans l’oubli. Cependant, deux cygnes d’une blancheur de neige parviennent parfois à en sauver quelques-unes: recueillies par des nymphes dédiées à un temple, elles sont portées à l’immortalité. Le vieillard qui accomplit cette œuvre n’est autre que le Temps, ainsi que cela est révélé par le guide sacré d’Astolphe, saint Jean.
 
Le poème ensuite passe à un autre sujet et signale simplement un peu plus loin que le chevalier est redescendu sur la Terre. Cyrano de Bergerac s’inspirera évidemment d’Arioste, en décrivant plus en détail le séjour lunaire, et en le détachant davantage de la morale, mais en conservant la fantaisie de son prédécesseur.

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05/03/2014

Paul Éluard et les images

1303718785_paul-eluard.jpgAu moment de visiter l’exposition consacrée il y a quelque temps à Évian à Paul Éluard, je me suis dit qu’il me fallait connaître un peu mieux les poètes surréalistes, et j’ai acheté son recueil appelé Le Livre ouvert (1938-1944); je dois dire que je n’ai pas été enthousiasmé. Les images sont belles, chatoyantes, mais souvent abstraites, incompréhensibles, et quand on fait l’effort de les comprendre, on est de mon point de vue souvent déçu: elles n’illustrent que des idées banales, des pensées sur les belles femmes qui consolent les hommes, ou des pauvres qui vivent une vie difficile dans la société.
 
Pour moi l’image poétique doit ouvrir sur un mystère au sens propre: elle donne à voir ce qui, étant situé au-delà de l’entendement et des sens, ne peut pas s’exprimer autrement. Chez Éluard, j’ai eu le sentiment qu’elle était de la rhétorique.
 
Le surréalisme lui a certainement permis d’en renouveler les figures, mais il n’a pas ouvert sur un monde véritablement autre: les métaphores invraisemblables qu’il accumule ne renvoient qu’à des objets qui n’ont rien d’inaccessible, et n’illustrent que des sentiments ardents en leur faveur; l’effet en est une simple tendance à l’idéalisation, au grossissement. Nul pressentiment du divin, chez Éluard, n’a suscité ces images, mais une volonté d’exprimer pleinement des idées personnelles. Or je suis assez d’accord avec François de Sales lorsqu’il affirme que les sentiments intenses en réalité s’adressent au suprasensible pour trouver plutôt dérisoire une inventivité qui n’exprime que des sentiments relatifs à du sensible.
 
Il peut parler d’une femme - son sujet préféré - comme d’un être supérieur:
 
wonder-woman11.jpgUne fille volante
Descend vers moi très lentement
Dans le vent elle chante à peine
 
Cela ne renvoie à aucun être enchanté au sens propre, mais seulement à une impression traduite par une forme d’hallucination: la fille qui est venue vers lui ne volait pas, même s’il était galant de le dire, même si on pouvait être ému par cette forme d’idolâtrie s’adressant aux dames. La preuve en est qu’il ajoute:
 
Ne croyez pas qu’elle ait des ailes
 
Ce n’est donc pas un ange à visage de femme! Juste une de ces cristallisations dont parle Stendhal, et qu'il est sentimental de faire semblant de prendre au sérieux.
 
Il est pour moi difficile de faire pareil, même si ses images ont de la lumière et de la légèreté, et qu'elles envoûtent: leur auteur avait du talent. Mais je ne vois pas en leur sein ce qu’André Breton disait chercher, la présence des Grands Transparents: la transparence est trop grande, ou je n’ai pas l’œil assez fin.
 
Il est quand même triste que ce poète qui passe pour l’un des meilleurs de sa génération me laisse de glace. Mais ce sont des choses qui arrivent.

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01/03/2014

Degolio XXXIII: la défaite des Cybernanthropes

38705642_cd566a97a1_z.jpgDans le dernier épisode de cette ésotérique série, nous avons laissé notre héros le Génie d’or, descendu de sa colonne de Juillet grâce à la puissance de projection intérieure de Charles de Gaulle, alors qu’il était sur le point d’être la cible de quatre cyborgs disposant dans leur arsenal de mini-missiles.
 
Mais à ce moment, la lueur bleue qui à travers le heaume du génie indiquait la place de ses yeux se mit à flamboyer, à devenir éblouissante - et, plus vif que l’éclair, avant même que ses adversaires eussent déclenché le mécanisme fatal, il se jeta sur eux, assénant un coup de poing au premier, un coup de pied au second, un coup de poing de l’autre main au suivant, un coup de tête au dernier. Il fut si prompt qu’ils ne le voyaient pas passer de l’un à l’autre, et qu’il ne leur offrait qu’une brève image au moment de les frapper. À peine apercevaient-ils une ligne de lumière, furtive, soudaine, étoile filante dans leur caverne, lorsqu’il se mouvait d’un mécanoïde à l’autre. Cependant des étincelles jaillissaient à chacun de ses coups, et même, des pièces de métal volaient, tant ils étaient puissants. La douleur ne survenait pas tout de suite; mais bientôt elle fit son apparition.
 
Il en fallait néanmoins davantage pour les abattre; et, après être demeurés un instant interdits, stupéfaits de cette vitesse, les hommes de Fantômas se reprirent, pensant toucher cette fois de leurs propres mains leur ennemi, afin que le bref délai que lui donnait le déclenchement du mécanisme des mini-missiles ne pût pas être exploité à son profit.
 
F3C ainsi chercha à donner un coup de poing au Génie d’or - et s’il avait atteint un mur, il l’eût, en spawn_desktop_1920x1080_wallpaper-1007311.jpgvérité, abattu; mais le héros l’évita, se baissant brusquement. Dans son élan, le cyborg heurta le rocher, qui en fut entamé; une fissure, même, apparut dans la paroi. Mais sa main également en fut meurtrie; deux de ses doigts d’acier se brisèrent, et son poing perdit sa forme; sous son casque, on l’entendit crier.
 
L’instant d’après - et plus vite qu’on ne saurait le dire -, Solcum évita un uppercut de F5C en tournant sur lui-même - puis il lui asséna, dans le même mouvement, un violent coup de pied au ventre, qui le fit se plier en deux. Il évita semblablement une attaque de F2C et F4C, répliquant toujours par des coups fracassants, dont le bruit était énorme.
 
Malgré l’incroyable allure des cyborgs, il était plus rapide! L’éclair même eût perdu contre lui une course. Il était plus prompt que la pensée.
 
Le Génie d’or fit alors ce qu’il ne fait que rarement: il éclata de rire.
 
Les quatre Cybernanthropes semblèrent soudain exténués; pourtant, si forte était la volonté de leur maître que de nouveau, quoique sans conviction, ils levèrent les bras, ou bombèrent le torse, ou bDr Strange.jpgaissèrent le front, tentant une dernière fois d’utiliser leur arsenal explosif. Le Génie d’or était lui-même fatigué: il avait perdu de l’énergie; peut-être cette fois l’eussent-ils atteint si, derrière les mécanoïdes, Captain Corsica n’avait surgi, et, du tranchant de sa main, fendu en deux le crâne de F5C, qui se tenait juste devant, puis, de son pied, donné un coup sidérant de force dans le dos de F3C - dont les vertèbres d’acier se rompirent. Il ne restait plus que deux adversaires, pour les deux génies.
 
La suite ne pourra néanmoins être présentée au lecteur qu’une fois prochaine.

08:16 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook