08/04/2014

Jean-Pierre Dionnet entre chiens et loups

dieux-et-hommes-tome-2-entre-chiens-et-loups-2.jpgAprès le premier tome de sa série de bande dessinée Des Dieux et des hommes, Jean-Pierre Dionnet a fait paraître le second, Entre Chiens et loups (2011). Je l’ai lu, en peu de temps. Beaucoup d’images sont sans textes et ne font pas avancer rapidement l’action: on est dans cette tradition qu’on voit souvent en France du temps suspendu, du mystère entretenu par le silence. Je dois dire que je n’en suis pas grand amateur. En général, je trouve que les secrets percés au cours de ces méditations narratives ou poétiques ne sont pas très grands, et que la forme ne convient pas.
 
Mais j’aime Jean-Pierre Dionnet parce que, tout de même, il dit des choses concrètes, il énonce des idées belles et fortes. L’histoire principale de cet album montre comment une jeune femme gourou d’une secte hippie est d’abord accusée par une déesse authentique (qui vole dans les airs et est comme une personnification de la nuit) de participer d’une imposture, avant de montrer ses vrais pouvoirs en lévitant - avec le secours complice de cette déesse. C’est provocateur, dans une France qui déteste le spiritualisme lorsqu’il se mêle au miraculeux et fait de tous les gourous d’impénitents imposteurs. Il y a quelque chose de la provocation de Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île, qui affectait de prendre au sérieux les projets de clonage à l’infini d’une secte fondée sur le lien avec les extraterrestres.
 
Jean-Pierre Dionnet fait dire à sa guide occulte que la ligne droite de l’architecture moderne renvoie à une perte de repères, et que seule la ligne courbe est vivante: idée que Jean-Jacques Rousseau avait défendue pour les jardins, attaquant pour cette raison ceux de Versailles. Je m’amuse bien, avec les artistes qui osent s’en prendre à l’absolutisme rationaliste!
 
Un peu plus loin, dans un faux dossier sur un dessinateur d’affiches, il est question, constamment, de rejeter le réalisme et d’aller toujours vers le symbolisme, quitte à le mêler de femmes pulpeuses et à demi dévêtues, comme dans l’art populaire - comme dans cet art baroque, sensuel, érotique développé par le mythique magazine créé jadis par Jean-Pierre Dionnet, Métal Hurlant. C’était toute une époque, dont mon ami Hervé Thiellement est un survivant, et où, de mon point de vue, Charles Duits brillait comme un soleil. Dans l’illustration, il y avait, on s’en souvient, Moebius, Druillet, Caza. C'était beau.

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